‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 14 sur 117 · VI · texte numérisé non relu

VI

Ce contrat nous invite à des douceurs étranges; J'oublie avec ardeur, sur ce chaste sommet, Ce quMl nous interdit dans ce qu'il nous permet. J'ai droit de m'enlacer à ton âme immortelle, De l'attirer sur moi, de m'appuyer sur elle, D'entrer dans ses douleurs et de les partager; De l'avoir pour refuge à l'heure du danger; De cueillir, sans remords, ses pleurs ou son sourire ; De tout entendre d'elle, heureux de tout lui dire; Et, dans cet infini, comme au ciel les élus.

Ayant tout, j'ai le droit d'espérer encor plus!

— Oui, Dieu nous a donné, dit sa vive compagne, Un jour de paradis dans ce coin de montagne.

Notre plaine est si loin qu'on se croirait aux cieux. Tout un monde nouveau se révèle à mes yeux, Et je sens, aux rayons de cette clarté pure, Comment l'on ressuscite et l'on se transfigure. »

Pierre ajoutait :

« Ce lieu si sévère et si doux, Nous voudrons le revoir quand nous serons époux. Fiers de nous reporter au temps de nos épreuves, Nous y retremperons nos amours toujours neuves; Et dans l'heureux désert plein de ce souvenir Sous les regards de Dieu nous viendrons rajeunir. »

Ainsi, l'air des hauteurs, et l'amour et leur âge Avec l'oubli du mal leur donnaient le courage; Ils s'emparaient tous deux de l'avenir lointain. Comme si le présent, hélas ! était certain.

Les hommes et le monde et ses lois insensées,

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