‹ Œuvres poétiques: Pernette; le livre d'un pèreChapitre 88 sur 117 · VI. JI · texte numérisé non relu

VI. JI

349 I>B tXVRB d'un PÈRE.

Des flaides sacrés dont les forêts sont ivres. Des atomes ardents qui gonflent notre chair.

Il s'anime au contact des choses animées, Au galop des coursiers, à l'odeur des prés verts. En passant de l'école aux campagnes aimées.

Et de ces chiffres morts au vivant univers.

Tout savoir n'est pas fait de calculs et d'étude ; La vie excelle, enfants, à nous le dispenser. Il est bon de gravir par quelque sentier rude. De sentir et de voir autant que de penser.

Allons prendre conseil de la terre natale ; Interrogeons Tesprit des vallons familiers; Pour nous verser à flots sa science vitale, La nature enseignante attend ses écoliers.

Voici la chasse ouverte et les vignes sont mûres ! Je veux voir, dans la classe où demain nous entrons, Au lieu d'encre à vos doigts le jus pourpré des mûres, La poussière à vos pieds et le hâle à vos fronts.

Le livre aimé palpite et s'ouvre à notre approche ; Il est écrit de fleurs, illustré de soleil.

Chaque pas fait jaillir,, de l'herbe et de là roche, Quelque brin de science, une image, un conseil.

Ce vaste mont, fendu de la base à la crête.

Des temps amoncelés nous trahit l'épaisseur ; Cette plante me livre une vertu secrète;- La ruse de l'oiseau se transmet au. ciiaM!e.ur>

Ce pâtre industrieux nous instruit, sur les landes, Tressant l'osier flexible ou découpant le bois ; Du lait de ses troupeaux, du miel de ses légendes, Le rustique chanteur nous abreuve à la fois.

Avec, nous le semeur, à l'affût d'un présage, Interroge le ciel si prompt à varier ; Conduite sous nos yeux, l'œuvre du labourage Nous apprend le respect de son mâle ouvrier.

Partout c'est un conseil inculqué par l'exemple ; Et le soir, en rentrant, disciples des forêts, Pleins du vivant esprit qui souffle dans ce temple, Nous savons mieux prier, voyant Dieu de plus près.

Ainsi, même en nos jeux, l'étude se consomme. Et, du sombre lycée aux lumineux sommets, Sur les pas de l'enfant, pour en tirer un homme, Marche un doux précepteur, qui ne s'endort jamais.

Venez donc et montons à travers les bruyères. Aspirant l'air chargé de parfums et d'accords Qui des flots et des fleurs porte en haut les prières. Nous travaillons pour l'âme en exerçant le corps.

Toute vertu s'accroît de leur mâle équilibre. Dans ces temps de bassesse et d'appétits sans frein, Il faut, pour rester juste, il faut, pour rester libre. Un ferme cœur servi par des membres d'airain.

Aussi bien qu'un penseur le sage est un athlète ; Un fier combat l'attend, à toute heure, en tout lieu.

344 ^' tIVRE d'vR Pft&B*

Il faut, pour lui forger une armure complète, Que la sainte nature aide l'esprit de Dieu.

Allons nous raviver^ nous recréer en elle !

Nous reviendrons plus forts et mieux prêts aa combat,

Si nous pressons du cœur la terre maternelle

Qui relève son fils dès que l'ennui l'abat.

Armons-nous, mes amis, pour les luttes prochaioes, Du souffle des hauts lieux sous les pins toujours verts : ADons respirer l'air que respirent les chênes... Les livres sont fermés et les bois sont ouverts.

Avril 1867.

Cf^

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