ANDRÉ
Oui, l'astre du génie éclaira ton berceau; , La Gloire a sur ton front secoué son flambeau; Ijes aboies du Pinde ont nourri ton enfance.
Pbébus vit à la fbis naître aux murs de Bysance, Chez un peuple farouche et des arts eancsnî , A la gloire un amant, à mon cœur un ami.
Que le nom de Péra * soit vanté d'âge en âge ! Dans ces mêmes instans, sur ce même livage.
Qui donnèrent Sophie' à l'Amour enchanté,
I. Nom do fanhonrf de CoiutantinôpU où est né rauteor. Ceat du» ce qiuirtier que ràîdent les ambasudeun d'Europe ; et Fon sait qae le père d'André Ch^nier remplissait à ConsUntinople lei fonctions de Consul génëral de France. (Note de l'Éditeur. )
a. Sophie de Ton, fille du baron de ce nom , qui habitait aiiHi ConstuitiDople, et à laquelle Le Brun ■ didi^ plusieurs po^ «e*. (Ifote de l'Éditeur).
EPI TRES. 5î
Apollon te vouait à l'immortalité.
Lui-même sur les flots guida la oef agile Qui portait des Neuf Soeurs l'espérance fragile; Lui-même, sur nos bords, dans ton sein généreux. Souffla Tamour des arts, l'espoir d'un nom fameux. Le vulgaire jamais n'eut cet instinct sublime. Sur les arides monts que voit au loin Solyme, Ije cèdre, dans son germe invisible à nos yeux, Médite ces rameaux qui toucheront les cieux.
Ton laurier doit un jour ombrager le Parnasse : J'entrevois sa hauteur dans sa naissante audace, Si, modeste en son luxe, et docile aux Neuf Sœui'S, ■ Il permet de leurs soins les beureuses lenteurs.
Non , non ; j'en ai reçu ta fidèle promesse : Tu ne trahiras point les nymphes du Permesse; Non, tu n'iras jamais, oubliant leurs amours, Adorer la fortune et ramper dans les cours.
Ton front ne ceindra pas la mitre et le scandale; Tu n'iras point, des lois embrouillant le dédale. Consumer tes beaux jours à dormir sur nos lis', Et vendre à ton réveil les arrêts de Tbémis.
Ton jeune cœur, épris d'une plus noble gloire.
I. Oq dit de ceux qui exerceat quelque charge de judicaUire royale qa'ilt sont asiU sur les lis, parce que leun sièges sont couverts de lapii sema de fleurs de Us : c'est dans le même sens que le root lis est id employé. (Note lie FÉditeur.)
:,q,t,=cdbïGoogle
A choisi le sentier qui mène à la victoire. Les armes sont tes jens : Tole à nos étendards; Les muses te suivront sous les tentes de Mars. Les muses enflammaient l'impëtueun Eschyle.
J'aiine à voir une lyre aux mains dn jeune Achille, Un cœur ivre de gloire et d'immortalité Porte dans les combats un courage indompté.
Du vainqueur des Persans la jeunesse guerrière Toujours à son épée associait Homère.
Frédéric, son rival, n'a-t-il pas sous nos yeux ' Fait parler Mars luiH«éme, en vers mélodieux? Couché sous un drapeau noir de sang et de poudre, ITa-t-i! pas, d'une main qui sut tancer la foudre. Avec grâce touché la lyre des Neuf Sœurs, Et goûté dans un camp les paisibles douceurs? Son camp fut leur séjour; son palais fut leur temple.
Imite ces hcnw, suis leur auguste exemple.
Laisse un oisif amaa de braves destructeurs ,
De l'antique ignorance orgueilleux protecteurs.
Eriger en vertu leur stupide manie.
Dégrader l'art des vers et âfHcr le géoie :
Le langage des Dieux n'est point fait pour les sots.
t. Ctà'venraplwUeatnBtureTIeinent le beau portrait qne H. J. Chéaler k tnic^ de Prédàid dans son ÉpItR i Voltaire, foyes te wm* in de ses OBavm aneittutes. ( Note de l'Édit.)
:,q,t,=cdbïGoogle
L'art qui rend immortel ne plaît qu'à des héros.
Insensés! que du moiDS vos iiireun indiscrètes
Sachent des vils rimeurs distinguer les poètes!
A ces fils d'Apollon, ingrats! n'en doutez plus,
Vous devez des plaisirs, des arts et des vertus.
Ëhl sans ressusciter les merveilles antiques.
Les chênes de Dodone et leurs vera prophétiques,
Et la lyre d'Orphée assemblant l'homme épars ,
Et la voix d'Amphion lui créant des remparts ,
Quel autre qu'un poète , en ses vives images ,
Sut rendre à la vertu de célestes hommages ,
La placer dans l'Olympe, et , sur les sombres bords,
Des supplices du crime épouvanter les morts 7
Les oieux à nos accens s'ouvrirent pour Àlcide;
Et l'Érèbe engloutit la pâle Danaïde.
Un monde juste est né des vers législateurs ;
Et l'homme dut une âme à leurs sons créateurs.
Avant que la parole À nos yeux fât tracée, £t qu'un papier muet fît parler la pensée.
Par un art plus divin les vers ingénieux Fixèrent dans l'esprit leur sens harmonieux.
L'âme, en sons mesurés, se peignit à l'oreille; lia mémoire retint leur frappante merveille.
Seuls festes des mortels, ce langage épuré, Des usages, des lois , &it le dépôt sacré.
Grâce aux vers immOTtels, la seule Mnémosyne,
5G EPITHES.
Des sî^les et des arts conserva Torigine.
Nul art n'a [N'écédé l'art sublime des vers:
11 remoDte au berceau de l'antique univers; £t cet art, le premier qu'inspira la Nature, S'éteindra le dernier chez ta race future.
Aime cet art céleste, et vole sur mes pas Jusqu'aux lieux ou la gloire affronte le trépas. Soit que ton Apollon, vainqueur dans l'Épopée, T'honore d'une palme à Yoltaire échappée; Soit que, de l'Élégie exhalant les douleurs.
De Properce, en tes vers, tu ranimes les pleurs; Soit qu'enivré des feux de l'audace lyrique Tu disputes la foudre à l'aigle pindarique ; Ou soit que, de Lucrèce effaçant le grand nom. Assise au char ailé de l'immortel BufTon, Ta Minerve se plonge au sein de la nature.
Et nous peigne des Cieuxla mouvante structure, Tu me verras toujours applaudir tes succès, £t du haut HélicoD l'aplanir les accès.
Que du ftûte serein de ce ten^le des sages Tu verras en pitié le monde et ses orages , Tant d'aveugles mortels s'agiter follement.
Aux sentiers de la vie errer confusément, Se croiser, se choquer, disputer de richesse. Combattre d'insolence ou lutter de bassesse.
S'élever en rampant à d'indignes honneurs ,
:,q,t,=cdbïGoogle
£t se précipiter sur l'écueil des grandeurs ! Mais, tandis qu'agité du souffle de l'Envie, Fuyant, touchant à peine aux. rives de la vie, Ce torrent de mortels roule h flots insensés A travers les débris des siècles entassés, La Gloire et l'Amitié, plus douce que la Gloire, Fixeront nos destins au temple de Mémoire.
Lb Bruit.
:,q,t,=cdbïGoogle
A LE BRUN
Ahi, chez nos Français ma Muse voudrait plaire; Mais j'ai fîii la satire, à leurs regards si chère. Le superbe lecteur, toujours content de lui , £t toujours plus content s'il peut rire d'autnii, Veut qu'un nom imprévu , dont l'aspect le déride , Égaie au bout du vers une rime perfide:
11 s'endort si quelqu'un ne pleure quand il rit. Mais qu'Horace et sa troupe, irascible d'esprit, DaigAent me pardonner, si jamais ik pardonnent : J'estime peu cet art, ces leçons qu'ils nous donnent D'immoler bien un sot, qui jure en son chagrin. Au rire acre et perçant d'un caprice malin.
Le malheureux déjà me semble assez à plaindre D'avoir même avant lui vu sa gloire s'éteindre, £t sou livre au tombeau lui montrer le chemin. Sans aller sous la terre, au trop fertile sein. Semant sa renommée et ses tristes merveilles ,
:,q,t,=cdbïGoogle
Faire à tou& les roseaux clunter quelles oreilles Sur sa tâte ont dressé leurs sommets et leurs poids.
Autres sont mes plaisirs. Soit, comme je le crois, Que d'une débonnaire et généreuse argile On ait pétri mon âme imaocente et facile; Soit , comme ici , d'un œil caustique et médisant , Ëii secouauft lefnwt, dira quelque plaisant, Que le ciel moins propice , enviât à ma plume D'un sd ingénieux la piquante amertume.
J'en profite à ma gloire, et je viens devant toi Mépriser les raisins qui sont trop haut pour moi. Aux reproches sanglans d'un vers noble et sévëre Ce pays toutefois offre une arapie matière :
Soldats tyrans du peuple obscur et gémissaut, Et juges endormis aux cris de l'innocent; Ministres oppresseurs dont la main détestable Plonge au fond des cachots la vertu redoutable. Mais, loin qu'ils aient senti la fureur de nos vers, Nos vers rampent en foule aux pieds de ces pervers. Qui savent bien payer d'un mépris légitime Le Ucbe qui pou^ eux feint d'avoir qUelque estime. C«Tte,un courage ardent qui s'armerait ccmtre eux Serait utile au moins s'il était dangereux ; Sans aller, aiguisant une vaine satire.
Chercher sur quel poète oa a drcnt de médire; - Si tel livre deux fois ne s'est pas imprimé , Si tel est mal écrit, tel autre mal rimé.
:,q,t,=cdbïGoogle
Ainsi donc, sans coûter de lannes à persoaiie, A mes goûts innocens, ami, je m'abandonoe.
Mes regards vont errant sur mille et mille objets. Sans renoncer aux vieux, plein de nouveaux projets. Je tes tiens; dans mon camp partout je les rass^nble^ Les enrôle , les suis , les pousse tous ensemble. S'égarant à son gré, mon ciseau vagabond Achève à oe poème ou les pieds ou le front ; Creuse à l'autre les flancs, puis l'abandonne, et vole Travailler à cet autre ou la jambe ou l'épaule. Tous, boiteux, suspendus, traînent ; mais je les vois ' Tous bientôt sur leurs pieds se tenir k la fois. Ensemble lentement tous couvés sous mes ailes. Tous, ensemble quittant leurs coques maternelles. Sauront d un beau plumage ensemble se couvrir. Ensemble sous le bois voltiger et courir.
Peut-être il vaudrait mieux, plus constant et plus sage. Commencer, travailler, fîair un seul ouvrage; Mais quoi ! cette constance est un pénible ennui. ■ Ëh bien ! nous lirez-vous quelque chose aujourd'hui ? » Me dit un curieux, qui s'est toujours fait gloire D'honorer les Neuf Sœurs, et toujours, après boire, Étendu dans sa chaise et se chauffant les pies, Aime à dormir au bruit des vers psalmodiés.
« — Qui, moiPNon. Je n'ai rien. D'ailleursjenelisguère. - " — Cerle,imtelnouBluthieruneépltre!...etsonfrère • oTermina par une ode où j'ai trouvé des traits!... M Ces messieurs plusféconds,dis-jc,sont toujours prêts;
:,q,t,=cdbïGoogle
ÉPURES. fîf
■ Mais moi, que le caprice ou le hasard inspire, «Je n'ai jamais sur moi rieu qu'on puisse vous lire. « — Bon! bon! Et cet Hebhès, dont vous ne partez pas, «Que devient-il ? — Il marche , il arrive à grandspss. n — Oh!jem'enfieàvou8.-i- Hélas, trop,jevousjure. ■ — Combien dechantsde&its? — Pas un, je vous assure. M — Comment?» Vousavezvusouslaniaind'unfondeur Ensemble se former, diverses en grandeur, Trente cloches d'airain, rivales du tonnerre? Il achève leur moule enseveli sous terre , Puis par un long canal, en rameaux divisé, Y fait couler les flots de l'airain embrasé; Si bien qu'au même instant cloches, petite etgrande. Sont prêtes , et chacune attend et ne demande Qu'à sonner quelque mort, et du haut d'une tour Réveiller la paroisse à la pointe du jour.
Moi , je suiq ce fondeur : de mes écrits en foule Je prépare long-tems et la forme et le moide; Puis sur tous a la fob je &is couler l'airain. Rien n'est fiiit aujourd'hui , tout sera &it deaiaiii.
Ami , Phœbus ainsi me verse ses largesses.
Souvent des vieux auteurs j'envahis les richesses. Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux, M'embrasent de leur flamme; et jecrée avec eux. Un juge sourcilleux, épiant mes ouvrages.
Tout-à-coup à grands cris dénonce vingt passages Traduits de tel auteur qu'il nomme; et, les trouvant,
:,q,t,=cdbïGoogle
6a ÉPITRES.
Il s'admire et se plaît de se voir si aa.vaat. Que ne vient-il vers mot? je Ivû £erai connaître Mille de mes larcins qu'il ignore peut-èU^.
Mou doigt sur mon muitrau. lui dévoile » l'instant La coature iavisible et qui va serpentant Pour joindre à mon étofie une pourpre étraji^ère. Je im montrerai l'art, ignoré du vnlgaire, De séparer aux yeux, en suivant leur liea^ Tous ces métaux unis dont j'ai formé le mien. Tout ce que des Anglais la aause inculte et brave, Tout ce que des 1>Moaas la voix fière et suave, Tout ce que les Romains, ces rois de l'univers, M'ofiraient d'or et de soie est passé dans mes vers. Je m'abreuve «urtout des Sots que le Permeaïe, Plus féconds et plus purs, 6t couler dans la Grâce. Là, Proméchée ardent, je dérobe les feux Dont j'anime l'ar^iile, et dont je fais des Dieux, Tantôt <4ieE Un auteur j'adopte une pensée , Mais qui rev^t dues siai, souvent entrelacée. Mes images, vues tours : jewie et frais ornement. Tantôt je ne retiens que les mots seulement; ' J'en détourne Je seo»; et l'Art .sait tes eontoùndre Vers des «hjets oonvfiaux qMlilsâ'étoanentde jteindre. La preae plus sauvant vient :subir d'autres iois,. Et -se transfome^ et fuit m» pLoétiqwes dûigt$. De rimes ■counonnée, -et .I^g^ ^t ^1111500164 Sn .aranbnee <n)0»urés Jfile s'agite .et cbante, Des antiques vergers ces rameaux empruntée
:,q,t,=cdbïGoogle
Croissent sur mon terrain, motlemeat transplantés. Aux troncs de mon verger ma maia avec adresse Les attache; et bientôt même écorce les presse. De ce mélange heureux l'insensible douceur Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. Dévot adorateur de ces maîtres antiques, Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques; Dans leur triomphe admis, je veux le partager; Ou bien de ma défense eux-mêmes les chaîner.
Le critique imprudent, qui se croit bien habile, Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile; Et ceci ( tu peux voir si j'observe ma loi ) , Montaigne, il l'en souvient, l'avait dit avant moi.
:,q,t,=cdbïGoogle