ÉLÉGIE XVI
O lOtiRS de mon printems, jours couronnés de rose, A votre fuite en vain un long regret s'oppose ! Beaux jours, quoique souvent obscurcis de mes pleurs, Vous doat j'ai su jouir, même au sein des douleurs, Sur ma tête bientôt vos fleurs seront l&nées! Hélas! bientôt le char des rapides années VoQS aura loin de moi fait voler sans retour! Oh! si du moins, alors, je pouvais à mon tour, Champêtre possesseur, dans mOD humble (lumière Offrir à mes amis une ombre hospitalière; Voir mes Lares charmés, pour les biien recevoir, A de joyeux banquets, la nuit, les faire asseoir; Et là nous souvenir, au milieu de nos fêtes, Combien chez eux long-tems, dans leurs belles retraites, Soit sur ces bords heureux , opulens avec choix. Où Montigny s'enfonce en ses antiques bois.
Soit où la Marne lente, en un long cercle d'îles, Ombrage de bosquets l'herbe et les prés fertiles, J'ai su, pauvre et content, savourer à longs traits Les Muses, les plaisirs, et l'étude et la paix. Qui ne sait être pauvre est né pour l'esclavage-
:,q,t,=cdbïGoOglc
JiLJililIlS. 179
Qu'il serve donc les Grands, les flatte, les ménage; Qu'il plie, eu approchant de ces superbes fronts, Sa tête à la prière et son âme aux affronts.
Pour qu'il puisse , enrichi de ces affronts utiles , Enrichir à son tour quelques têtes servîtes : De ses honteux trésors je ne suis point jaloux. Une pauvreté libre est un trésor si doux!
Il est si doux, si beau de s'être fait soi-même; De devoir tout à soi , tout aux beaux arts qu'on aime ; Vraie abeille en ses dons, en ses soins, en ses mœurs, D'avoir su se bâtir, des dépouilles des fleurs, Sa cellule de cire, industrieux asile, Où l'on coule une vie innocente et facile ; De ne point vendre aux grands ses hymnes, avilis; De n'offrir qu'aux talens de vertus ennoblis , A l'amitié sincère, à de tendres faiblesses.
D'un encens libre et pur les honnêtes caresses! Ainsi l'on dort tranquille; et, dans son saint loisir, Devant son propre cœur on n'a point à rougir. Si le S*wt ennemi m'assiège et me désole, Je pleure; mais bientôt la tristesse s'envole; Et les Arts dans un cœur de leur amour rempli Versent de tous les maux l'indifférent oubli. Les délices des arts ont nourri mon enfance : Tantôt, quand d'un ruisseau, suivi dès sa naissance, La Nymphe, aux pieds d'argent, a sous de longs berceaux Fait serpeiiter ensemble et mes pas et ses eaux, Ma main donne au papier, sans travail , sans étude,
:,q,t,=cdbïGoogle
lUo ÊI.ÉGIES.
Des vert, fils de l'Amour et de ta Solitude ;
Tantôt de mou pinceau les timides essais
Avec d'autres couleurs cberchent d'autres succès :
Ma toile avec Sapho s'attendrit et soupire;
Elle rit et s'égaie aux danses du Satyre;
Ou l'aveugle Ossian y vient pleurer ses yeux,
£t pense voir et voit ses antiques aïeux ,
Qui, dans l'air appelés à ses hymnes sauvages.
Arrêtent près de lui leurs palais de nuages.
Beaux Arts ! ô de la vie aimables enchanteurs ,
Des plus sombres ennuis rians consolateurs,
Amis sûrs dans la peine, et constantes maîtresses,
Dont l'or n'achète point l'amour et les caresses;
Beaux Arts! Dieux bienfaisans, vous que vos ^voris
Par un indigne usage ont tant de fois flétris!
Je n'ai point partagé leur honte trop commune;
Sur le front des époux de l'aveugle Fortune
Je n'ai point feit ramper vos lauriers trop jaloux ;
J'ai respecté les dons que j'ai reçus de vous.
Je ne vais point, à prix de menscmga servîtes ,
Yous marchander au loin des récompenses viles ,
Et partout, de mes vers ambitieux lecteur,
Faire trouver charmant mon luth adulateur.
Abel, mon jeune Abel, et Trudaine et son frère.
Ces vieille» amitiés de l'enfonce première.
Quand tous quatre , muets , sous un maître inhumai»,
Jadis au châtiment nous présentions la main;
Et mon frère et Le Brun , les Muses elles-même ;
:,q,t,=cdbïGoOglc
ELEGIES. hSt
DePange, fugitif de ces nœufsïeurs qu'il aime: Voilà le cercle entier qui le soir quelquefois A des vers non sans peine obtenus de ma voix. Prête une oreille amie, et cependant sévère.
Puissé-je ainsi toujours dans £ette troupe chère Me revoir, chaque fois que mes avides yeux Auront porté long-tems mes pas de lieux en lieux, Amant des nouveautés compagues de voyage, Courant partout , partout cherchant à mon passage Quelque ange aux yeux divins qui veuille me charmer, Qui m'écoute, ou qui m'aime, ou qui se laisse aimer!
:,q,t,=cdbïGoogle