ÉLÉGIE XVII
Ah! des pleurs! des regrets! lisez. Amis: c'est elle. On m'outrage , on me chasse , et puis on me rappelle. Non : il fallait d'abord m'accueillir sans détours. Non, non: je n'irai point. La nuit tombe, j'accours: On s'excuse, on gémit; enfin on me renvoie.
Je sors ; chez mes amis je viens trouver la joie ; £t parmi nos festins un billet repentant Bientât me suit, et vient me dire qu'on m'attend,
« Ecoute, jeune ami de ma première enfance, «Je te connais: malgré ton aimable silence, « Je connais la beauté qui t*a contraint d'aimer, « Qui t'agite tout bas, que tu n'oses nommer. « Cette, un beaujourn'estpasplus beau que son visage; « Mais, si tu ne veux point gémir dans l'esclavage, « Sache que trop d'amour excite leur dédain.
« Laisse-la quelquefois te désirer en vain:
« Il est bon, quelque oi^ueil dont s'enivrent ces belles, « De leur montrer pourtant qu'on peut se passer d'elles. « Viens; et, loin d'être faible, allons, si tu m'en crois, « Respirer la fraîcheur de la nuit et des bois ;
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« Car, dans cette saison de chaleur étouffée, ■ Tu sais, le jour n'est bon qu'à donner ù Morphée. « .allons; et, pour Camille, elle n'a qu'à dormir. »
Passons devant ses murs: je veux, pour la punir. Je veux qu'à son réveil demain on lui rapporte Qu'on m'a vu; je passais sans regarder sa porte. Qu'elle s'écrie alors, les larmes dans les yeux. Que touthommeestparjure, et qu'il n'est point deDieuxl Tiens; c'est ici: voilà ses jardins solitaires. Tant de fois attentifs à nos tendres mystères ; £t là , tiens , sur ma tête est son lit amoureux . Lit chéri, tant de fois fatigué de nos jeux.
Ah! le verre et le lin, délicate bamère.
Laissent voir à nos yeux la tremblante lumière, Qui, jusqu'à l'aube, au teint moins que le sien vermeil , Veille près de sa couche, et garde son sommeil! C'est là qu'elle m'attend! Oh! si tu l'avais vue. Quand, fermant ses beaux yeux, mollement étendue. Laissant tomber sa tête, un calme pur et frais, Comme aux anges du Ciel , fait reluire ses traits ! Ah! je me venge aussi plus qu'elle ne mérite; Un vain caprice! un rien!... Ami, fuyons bien vite; Fuyons vite , courons : mes projets seront surs Quand je ne verrai plus sa porte ni ses murs.
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