A M. DE PANGE L'AINÉ
De Pange, le mortel dont l'âme est innocente, Doot la vie est paisible et de crimes exempte, N'a besoin ni du fer qui veille autour des rois, Ni des traits dont le Scythe a rempli son carquois. Ni du plomb que l'airain vomit avec la flamme. Incapable de nuire, il ne Toit dans son âme Nulle raison de crainte; et, loin de s'alarmer, Confiant, il se livre aux délices d'aimer.
O de Pange! ami sage, est bien fou qui s'ennuie. Si les destins deux fois nous permettaient la vie , L'une po^r tes travaux et les soins vigllans , L'autre pour les amours, tes plaisirs nonchalans. On irait d'une vie âpre et laborieuse Vers l'autre vie au moins pure et voluptueuse ; Mais, si nous ne vivons, ne mourons qu'une fois, Ëhl pourquoi, malheureux, sous de bizarres lois Tourmenter cette vie et la perdre sans cesse, Haletant vers le gain, les honneurs, la richesse; Oubliant que le Sort, bnmuable en son cours.
Nous fit des jours mortels: et combien peu de jours!
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Sans les dons de Vénus quelle serait la vie?
Dès l'instaut où Vénus me doit être ravie.
Que je meure : sans elle ici-bas rien n'est doux.
Humains, nous ressemblons aux feuilles d'un ombrage, Dont au ùâte des cieux le soleil remonté Rafraîchit dans nos bois les chaleurs de l'été. Mais l'Hiver, accourant d'un vol sombre et rapide, Kous sèche, nous flétrit; et son souffle homidde Secoue et fait voler, dispersés dans les vents. Tous ces feuillages morts, qui font place aux vivans. La Parque sur nos pas fait courir devant elle Midi, le soir, la nuit, et la nuit éternelle; Et par grâce, à nos yeux qu'attend le long sommeil. Laisse voir au matin un regard du soleil.
Quand cette heure s'enfiiit, de nos regrets suivie, La mort est désirable, et vaut mieux que la vie. O jeunesse rapide! ô songe d'un moment!
Puis l'infirme Vieillesse, arrivant tristement, Presse d'un malheureux la tête chancelante.
Courbe sur un bâton sa démarche tremblante; Lui couvre d'un nuage et les yeux et l'esprit, Et de soucis cuisans l'enveloppe et l'aigrit: C'est son bien dissipé, c'est son fils, c'est sa femme, Ou les douleurs du corps, si pesantes à l'âme; Ou mille autres ennuis; car, hélas! nul Mortel 'Ne vit exempt de maux sous la voûte du ciel.
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ELEGIES. aaS
Oh! quei présent fiineste eut l'époux de l'Aurore, De vieillir chaque jour, et de vieillir eocore, Sans espoir d'échapper à l'immortalité !
Jeune, son front plaisait; mais quoi! toute beauté Se flétrit sous les doigts de l'aride Vieillesse. Sur le front du vieillard habite la tristesse: Il se tourmeute, il pleure, il veut que vous pleuriez. Ses yeux par un beau jour ne sont plus égayés ; L'ombre épaisse et touffue, et les prés, et Zéphire, Ne lui disent plus rien, ne le font plus sourire. La troupe des enfans, en l'écoutant venir, Le fuit, comme ennemi de leur jeune plaisir; Et, s'il aime, en tous lieux sa faiblesse exposée Sert aux jeunes beautés de fable et de risée.
CKoTrcj poitbaiiies.
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