‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 64 sur 99 · ÉLÉGIE XXXIV · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE XXXIV

A LE BRUN

Qd'on autre soit jaloux d'illustrer sa mémoire :

Moi, j'ai besoin d'aimer. Qu'ai-je besoin de gkiire,

S'il iaut, pour obtenir ses regards complaisaos,

A i'ennui de Tétude immoler mes beaux ans;

S'il faut, toujours errant, sans lien, sans maîtresse,

Étouffer dans mou cœur la voix de la jeunesse,

£t, sur un lit oisif, consumé de langueur.

D'une nuit solitaire accuser la longueur?

Aux sommets où Phœbus a choisi sa retraite,

Enfant, je n'allai point me réveiller poète:

Mon cœur, loin du Permesse, a connu dans un jour

Les feux de CaUiope et les feux de l'Amour.

L'Amour seul dans mon âme a créé le génie;

L'Amour est seul arbitre et seul dieu de ma vie.

En faveur de l'Amour, quelquefois Apollon

Jusqu'à moi volera de son double vallon :

Mais que tous deux alors ils donnent à ma boudie

Cette voix qui séduit, qui pénètre, qui touche;

Cette voix qui dispose à ne retuser rien;

Cette voix, des amans le plus tendre lien !

Fuisse un coup-d'œil flatteur, provoquant mon hommage

A ma langue incertaine inspirer du courage !

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Sans dédain, sans courroux, putscé-je être écoulé! Puisse un vers caressant séduire la beauté!

Et, si je puis encore, amoureux de sa chaîne, Célébrer mon bonheur ou soupirer ma peine; Si je puis, par mes sons touchaos et gracieux, Aller grossir un jour ce peuple harmonieux De cygnes dont Vénus égayé ses rivages.

Et se plaît à parer les eaux de ses bocages, Sans regret, sans envie, aux vastes champs de rair" Mes yeux verront planer l'oiseau de Jupiter,

Sans douté heureux celui qu'une peinte certaine Attend victorieux dans l'une et l'autre arène; Qui, tour à tour convive et de Gnide et de» ûeux, Des bras d'une maîtresse enlevé chez les l^ux , Ivre de voluptés, s'enivre eneor efe gloire; Et qui, cher à Vénus et cher k la Vietrare, Ceint des lauriers thi Pinde et des flears de Papfros, Soupire l'Etes et diante les béro»!

Mais qaî aut à ce point , sou9 un astre profnee , Vaincre da Ciel jaloux Fiaflexible a'varicei' Qui put voir, en naissant, par un accord nouveau, Tous les Dieux à la fois sourire à son berceau? Un seul a pu franchir cette double carrière : C*est celui qui bientôt, loin des yeux du vulgaire, Va graver sa mémoire aux festes d'Hélicon, Digne de la Nature et digne de Buffbn.

Fortunée Agrigente! et toi. Reine orgueilleuse, i5.

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sa8 ÉLÉGIES.

Rome, à tous les combats toujours victorieuse! Du poids de vos grands noms nous ne gémirons plu». Par l'ombre d'Ëmpédocle étions-nous donc vaincus? Lucrèce aurait pu seul, aux Sambeaux d'Épicure, Dans ses temples secrets surprendre la ^Nature ? La Nature aujourd'hui de ses propres crayons Vient d'armer une main qu'éclairent ses rayons. C'est toi qu'elle a choisi! toi, par qui lllippocrène Mêle encore son onde à l'onde de la Seine!

Toi , par qui la Tamise et le Tibre en courroux - Lui porteront encor des hommages jaloux!

Toi, qui la vis couler plus lente et plus facile, Quand ta bouche animait la flûte de Sicile I Toi, quand l'Amour trahi te (it verser des pleurs, Qui l'entendis gémir et pleurer tes douleurs ' 1 Malherbe tressaillit au-delà du Ténare, A te voir agiter les rênes de Pindare.

Aux accens de Tyrtée enflammant nos guerriers, Ta voix fît dans nos camps renaître les lauriers. Les tyrans ont pâli, quand ta main courroucée Écrasa leur Thémis sous les foudres d'Alcée *. D'autres tyrans encor, les méchans et les sots.

1. royez rode contre Adélaïde, Œuvres de Le Bnut ,hj. Ul, ode IX. {Note de VÈditeur.)

3. Ibid. l'Ode d'Alcëe contre Im juges de Lesbos, UireV, ode XV. {Idem.)

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Ont fîii devant' Horace armé de tes bons mots ' ; Et maiotenaDt, assis dans le centre du monde, Le front environné d'une clarté profonde, Tu perces les remparts que t'opposent les Cieux ; Et l'Univers entier tourne devant tes yeux'.

Les fleuves et les mers , les vents et le tonnerre , Tout ce qui peuple l'air, et Tliétis et la terre , A ta voix accouru , s'ofTrant de toutes parts, Rend compte de soi-même , et s'ouvre à tes regards. De l'erreur vainement les antiques prestiges Voudraient de la Nature étoufier les vestiges: Ta main les suit partout ; et sur le diamant Us vivront, de ta gloire éternel monument.

Mais toi-même. Le Brun! que l'amour d'Uranie Guide à tous les sentiers d'où la mort est bannie; Qui, roi sur lllélicon, de tous ses conquérans Réunis dans ta main les sceptres différens ; Toi-même, quel succès, dis-moi, quelle victoire Chatouille mieux ton cœur du plaisir de la gloire? Est-ce lorsque Buffon et sa savante cour Admirent tes regards qui fixent l'œil du jour ^ ;

. Vojez l'ÉplUe Bur la bonne et la mauvaise plaisi !»àtheBTaa,liv.I,ipil.l.{Tfole de l'Éditeur.) a. liid. le Poëme intitnl^ La Nature. (Idem.) 3. 11 eU ici question de l'ode contre l'£ni>ie, que Le Brun ré cita en effet chez fiufTon devant un nombreux audiloife, et qui

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a3o ELEGIES.

Qu'aux rayons dont l'éclat ceint ta tête brillante

Ils suivent dans tes airs ta route étiacelante;

Animent de leurs cris ton vol audacieux.

Et d'un <eil étonoé te perdent dans les cieux ?

Ou lorsque, de l'AnKHir interprète fidMe,

Ta naïve Ërato fait sourire une bdle;

Qiie son âme se peiut dans ses regiwds toudums,

Et vole sur sa bouche au*devant de tes chants;

Qu'elle interrompt ta voix , et d'une voix timide

S'informe de Faoni, d'Églé , d'Adélaïde ';

£t, vantant les honneurs qui suivent tes chansons.

Leur envie un amant qui fait vivre leurs noms?

dam pltuienrs endroits, eiciu des monvemeiu d'entbooiiawie. I Note ilff l'Mditeur.)

1. Fanni fut Tobjet du premier amour de Le Brun. Cette iDcliuation le conduisit, en 1760, à un mariage qui le rendit heureux pendant prè* de qtntOTM ans; nnia un fatal procès, «arrena, B" 1774) ^ ^ suite de plusieurs qiierdlas demeetiquiei , dtntta mère et sa sœur furent les principaux, auteurs, le for^ à se ■^rer de sa femme.

Addaide et itgt^ , jeunes artistes, et amies intimes de c«t homme illustre, occupaient au Louvre un It^ement voisin du sien. Le Brun leur a d^ië ud grand nombre de ses poésies. ( Note de VÊdit. )

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