‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 65 sur 99 · ÉLÉGIE XXXV · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE XXXV

HiEH, ea te quittant, enivré de tes charmes, Belle Dsphaé! vers moi, tenant en main des âmes. Une troupe d'enfans courut de toutes parts :

Ils portaient des flambeaux , des chaînes et des dards. Leurs dards m'ont pénétré jusques au fond de l'âme; Leurâ ûamheant but mon sein ont secoué la Sainme ; Leurs chaînes m'ont saisi. D'une cruelle voix : u Aimeras-tu Daphné? » crîaient-ils à la fois; a L'aimera s*tutoujours?D—Troupeauguste et suprême! Ah! vous le savez trop. Dieux wifens! si je l'aime. Mais qu'avez-voUE besoin de chines et de traits? Je n'ai pbint voulu fuir: pourquoi tous ces apprêts?* Sa beauté pouvait tout : mon âme, sans défense, N'a point contre sas yeux cherché de résistance. Oui, je brûle; ô Daphné I laisse-mot du repos; Je brûle; M. de mon cœur éloigne ces flambeaux. Ah! plutôt que soufirir ces douleurs insensées , Combien j'aimerais m>«iB[ sur des Alpes glacées Être une pierre aride, ou dans le sein des mers Un roc battu des vents , battu des flots amers ! . O Terre! ô Mer! je brûle : un poison moins rapide Sut venger le Centaure el consumer Alcide.

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Tel que le faon,blessé,luît,court,inaisclanssoii flanc Traîne le plomb mortel qui &it couler son sang : Ainsi, là, dans mon cœur, errant à Taventure, Je porte cette belle, auteur de ma blessure.

Marne! Seine! Apollon n'est plus dans vos forêts; Je ne le trouve plus dans vos antres secrets. Ab! si je vais encor rêver sous vos ombrages. Ce, s'est plus que d'amour: du seîn de vos feuillages, Dapbné, fantôme aimé, m'environne, me suit De bocage en bocage, et m'attire et me fuit.

Si dans mes tristes murs je me cherche un asile, Hélas! contre l'Amour en est-il un tranquille? Si de livres, d'écrits, de sphères, de beaux-arts. Contre elle, contre lui, je me fais des remparts, A l'aspect de l'Amour une terreur subite Met bientôt les Beaux-arts et les Muses en fuite. Taciturne, mon front appuyé sur ma main.

D'elle seule occupé , mes jours coulent en vain. Si j'écris, sou nom seul est tombé de ma plume; Si je prends au hasard quelque docte volume, Encor ce nom chéri, ce nom délicieux, Partout, de ligne en ligne, étincelle à mes yeux. Je lui parle toujours; toujours je l'envisage; Dapfané, toujours Daphné: toujours sa belle image Erre dam mon cerveau, m'assiège, me poursuit. M'inquiète le jour, me tourmente la nuit.

Adieu donc, vains succès! studieuses chimères! Et Beaux-arts tant aimés! Muses, jadis si chères'

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ËLËGIËS. a33

Malgré moi mes pensers ont un objet plus âoux: Ils sont tous à Daphné; je n'en ai plus pour vous. Que ne puis-je à mon tour, ah ! que ne puis-je croire Que loin d'elle toujourt j'occupe sa mémoire !

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