‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 67 sur 99 · ÉLÉGIE XXXVII · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE XXXVII

(Imité ifAsdépudr.) LA LAMPE.

O KUiT ! j'avais juré d'aimer cette infidèle ; Sa bouche me jurait une amour étemelle; Et c'est toi qu'attestait notre commun serment: L'ingrate s'est livrée aux bras d'un autre amant, Lui promet de l'aimer, le lui dit, te lui jure; £t c'est encore toi qu'atteste la parjure!

Et toi, Lampe nocturne! astre cher à l'Amour! Sur le maiiire posée, 6 toi, qui, jusqu'au jour, De ta prison de verre éclairais nos tendresses! C'est toi qui fus témoin de ses douces promesses. Mais, hélas! avec toi son amour incertain Allait se consumant, et s'éteignit enfin.

Avec toi les sermens de cette boudie aimée S'envolèrent bientôt en légère fiiroée.

Près de son lit , c'est moi qui fis veiller tes feux Pour garder mes amours, pour éclairer nos jeux; Et tu ne t'éteins pas à l'aspect de son crime! Et tu sers aux plaisirs d'un rival qui m'opprime!

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ÉLÉGIES. i37

Tu peux, fausse comme elle, et comme elle sans foi. Être encor pour autrui ce que tu fus pour moi; Montrant à d'autres jeux, que tu guides sur elle, Combien elle est perfide, et combien elle est belle!

— Poète malheureux, de quoi m'accuses-tu?

Pour te la conserver j'ai fait ce que j'ai pu.

Mes yeux dans ses forfaits même ont su la poursuivre.

Tant que ses soins jaloux me permirent de vivre.

Hier, elle semblait en efforts languissans

Avoir peine à traîner ses pas et ses accens;

Le jour venait de fuir; je commençais à luire;

Sa couche la reçut; et je l'ouïs te dire

Que de son corps souffrant les débiles langueurs

D'un sommeil long et chaste imploraient les douceurs;

Tu l'embrasses, tu pars, tu la vois endormie :

A peine tu sortais que cettf porte amie

S'ouvre; un fiwntjeune et blond se présente; et je vois

Un amant aperçu pour la première fois.

Elle alors, d'une voix tremblante et favorable,

Lui disait: «Non, partez; non, je suis trop coupable.»

Elle parlait ainsi, mais lui tendait les bras;

Le jeune homme près d'elle arrivait pas à pas :

Alors je vis s'unir ces deux bouches perfides.

Je vis de ses beaux flancs l'albâtre ardent et purj Lis, ébène, corail, roses, veines d'azur: '

Telle enfin qu'autrefois tu me l'avais montrée ,

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a38 ELEGIES.

De sa nudité »eiUe embellie et parée, Quand vos nuita s'envolaient , quand le mol omller La vît sous tes baisers dormir et s'éveiller. Et quand tes cris joyeux vantaient ma complaitance; Et qu'elle, en souriant, maudissait ma présence. En vain, xu Dieu d'Amour, que je cms ton aj^t, Je demandai la voix qu'il me dornie aujourd'hui ; Je voulais reprocher t^ pleurs à l'iafidèle; ' Je l'aurais appelée ingrate, criminelle.

Du moins , pour réveiller dans leur pmfene sein Le remords, la terreur^je magitai soudain; Et je Gs à grand bruàt de la mèche brûlante Jaillir en mille éclairs la flamme pétillante: Elle pâlit, trembla, tourna sur moi les ;eux; Et, d'une voix mourante, elle dit : « Ah ! grands Dieux! « Faut-il, quand tes désirs font taire mes murmures, «Voir encor ce témoin qui compte mes parjures!» Elle s'élance; et lui, la serrant dans se& kras, La retenait, disant ; « Non, m», ne l'éteins pas! *

Je cessai de brûler ; suis mon exemple : cesse. On aime un autre ama»t : aiote une autre Bmtresse. Souffle sur ton amour, ami, si tu me cvoi.

Ainsi que, pour m'^eindre, elle a soufflé sur moi.

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ÉLÉGIE XXXVÏII.

Je suis né pour l'Amour, j'ai connu ses travaux, Mais, certes, sans mesure il m'accable de maux. A porter ce revers mon âme est impuissante.

£h quoi! beauté divine, incomparable amante, Je vous perds! Quoi, par vous nos liens sont rompus! Vous le voulez ; adieu! vous ne me verrez plus. Du besoin de tromper ma inite vous délivre ; Je vais loin de vos yeux pleurer au lieu de viVre. Mais vous fûtes toujours l'arbitre de mon sort: Déjà vous prévoyez, vous annoncez ma mort.

Oui, sans mourir, hélas! on ne perd point vos charmes. Ah ! que n'êtes- vous là pour voir couW mes larmes, Pour connaître mon cceur, vos fers, vos cruautés. Tout l'amour qui m'embrase et que vohs méritez î Pourtant que faut-il faire? oa dit (dois-je le croire?) Qu'aisément de vos tniits- on bannit la mémoire; Que juscpi'ici vos bras, inconstans et légers. Ont reçu mille amans, comme moi passagers; Que l'ennui de vous perdre, où mon âme succombe. N'a d'aucun malheureux accéléré la tombe !

Commeeuxj'aipuvousplaire,etcommeeux vous lasser;

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a4o ÉLÉGIES.

De vous comme eux eocor je pourrai me passer. Mais quoi! je vous jurai d'éternelles tendresses; £t,quaiidvousm'avezfait,vous, tes mêmes promesses, Était-ce rieu qu'un piège? It n'a point réussi. J'ai fait comme vous-même: ah! 1 on tous trompe aussi, Vous, dans l'art de tromper maîtresse sans émule! Vous avez donc pensé, perfide trop crédule!

Qu'un amant , par vous-même instruit au changement, N'oserait, comme vous, abuser d'un serment?

En moi c'était vengeance; à vous ce fut un crime. A tort un agresseur dispute à sa victime Des armes dont son bras s'est servi ie premier: Le fer a droit d'ouvrir le flanc du meurtrier. Trahir qui nous trahit est juste autant qu'utile; Et l'inventeur cruel du taureau de Sicile ', Lui-même à l'essa^ justement condamné, A fait mugir l'airain qu'il avait fa^nné.

Maintoiant, poursuivez; il suffit qu'on vous voie:

Vos filets aisément feront une autre proie.

Je /m'en fie à votre art moins qu'à votre beauté.

Toutefois, songez-y, fuyez la vanité.

Vous me devez un peu (»tte beauté nouvelle;

Vos attraits sont à moi : c'est moi qui vous fis belle.

Soit orgueil , indulgence , ou captieux détour;

Soit que mon cœur, gagné par vos semblans d'amour,

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