SUR LA. MORT DTJN ENFANT
L'iiTHOCBHTB Victime, au terrestre séjour, N'a vu que le printems qui lui donna le jour; Rien d'elle n'est resté qu'un nom , un vain nuage, Un souvenir, un songe, une invisible image.
Adieu! fragile enfant, échappé de nos bras; Adieu ! dans la maison d'où l'on ne revient pas. Nous ne te verrons plus , quand , de moisson couverte, La campagne d'été rend la ville déserte ; Dans l'enclos paternel nous ne te verrons plus, De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus. Presser l'herbe et les fleurs dont les nymphes tle Seine Couronnent tous les nns les coteaux de Lucienne.
:,q,t,=cdbïGoogle
ÉLÉGIES. a55
L'axe de l'humble char à tes Jeux destiné , Par de fidèles mains avec toi promené, Ne sillonnera plus le& prés et le rivage.
Tes regards, ton murmure, obscur etdoaxkagage, N'inquiéteront plus nos soins>o£Geicux; Nous ne recevrons plus, avec des cris joyeux, Tjes efforts impuissans de ta: bombe -ven»eil(e A bégayer les sons offerts à ton oreille.
Adieu ! dans la demeure où nous nous suivrons tous; Ou ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.
Partohs: la veileest prête; et Bysance m'appelle. Je suis vaincu : je sois au joug d'une enielle. Le tems, les longues mers peuvent seuls m'arracher Ses traits, que malgré moi je vais toujours chercher. Son image, partout à mes 'yeux répandue; Et les lieux qu'elle habite, et ceux-iaù je l'ai vue; Son' nom qui- me poursmt: toutoifre à tout moinent Au feu qui me cfmsume un'faneste aliment.
Ma chère Ijberté, mon uuiqne héritage, Trésor qu'on méconnaît tant qu'on en a l'usage. Si doux à perdre, hélas! et sitôt regretté!
M'attends-tu sur ces bords, ma chère Liberté?
Tout mortel se soulage à parler de ses maux.
:,q,t,=JdbïGoogle
a56 ELEGIES.
he suc que d'Amérique enfantent les roseaux
Tempère au moins un peu les breuvages d'absinthe :
Ainsi le fîel d'amour s'adoucit par la plainte;
Soit que le jeune amant raconte sob ennui
A quelque ami jadis agité comme lui;
Soit que, seul dans les bois , ses éloquentes peines
Ne s'adressent qu'aux vents , aux rochers , aux fontaines.
( Londres , décembre i ■jii.)
Sans parens, sans amis, et sans concitoyens.
Oublié sur la terre, et loin de tous les miens, Par les vagues jeté sur cette île Ëiroucfae, Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche. Auprès d'un noir foyer, seul, je me plains du Sort; Je compte les momens, je souhaite la mort; Et pas un seul ami dont la voix m'encourage; Qui près de moi s'asseye, et, voyant mon visage Se baigner de mes pleurs, et tomber sur mon sein, Me dise : « Qu'as-tu donc? » et me presse la main!
La. grâce, les talens, ni l'amour le plus tendre, D'un douloureux affront ne peuvent nous défendre.
:,q,t,=cdbïGoOg[c
ELEGIES. a57
Encore si vos yeux daignaient, pour nous trahir, Chercher dans vos amans celui qu'on peut choisir. Qu'une belle ose aimer sans honte et sans scrupule, Et qu'on ose soi-même avouer pour émule !
Mats Dieux! combien de fois notre orgueil ulcéré A rougi du rival qui nous fut préféré !
Oui, Thersite souvent peut faire une inconstante: Souvent l'appât du crime est tout ce qui vous tente.
Le courroux d'un amant n'est point inexorable. Ah ! si tu la voyais cette belle coupable Rougir, et s'accuser, et se justifier, Sans implorer sa grâce et sans s'humilier; Pourtant de l'obtenir doucement inquiète, Et, tes cheveux épars, immobile, muette.
Les bras, la gorge nus, en un mol abandon, Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon ! Crois qu'abjurant soudain le reproche farouche, Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche.
Viens près d'elle au matin, quand le Dieu du repos Verse au mol oreiller de plus légers pavots,
:,q,t,=cdbïGoogle
a58 ELEGIES.
Voir sur sa couche, encor du Soleil ennemie,
Errer nonchalamment une main endormie,
Ses yeux prêts à s'ouvrir, et sur son teint vermeil
Se reposer eucor les ailes du Sommeil.
:,q,t,=cdbïGoOglc