‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 8 sur 99 · I. if^oyez la Notiue au sujet du marquis de Brazats · texte numérisé non relu

I. if^oyez la Notiue au sujet du marquis de Brazats

3. André Chéuier était alors en garnison à Strasbourg, sous-lieuleiiaut dans le régiment d'Augoumois. Il louchait à sa vingtième aaaée. (iVoftr rfe l'Éditeur.)

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Malheur au jeune enfant, seul, sans ami, sans guide, Qui, près de la beauté, rougit et s'intimide; Et, d'un pouvoir nouveau leotemenC dominé, Far l'appât du plaisir doucement entraîné, Crédule, et sur la foi d'un sourire volage, A. cette mer trompeuse et se livre et s'engage! Combien de fois, tremblant et les larmes aux yeux, Ses cris accuseront l'inconstance des Dieux ! Combien il frémira d'entendre sur sa tête Gronder les aquilons et la noire tempête;

Et d'éoueil en écueil portera ses douleurs.

Sans trouver une main pour essuyer ses pleurs !

Mais heureux dont le zèle, au milieu du naufrage,

Viendra le recueillir, le pousser au rivage;

Endormir dans ses flancs le poison ennemi ;

Récbauffer dans son sein le sein de son ami;

£t de son fol amour étouffer la semence.

Ou du moins dans son cœur ranimer l'espérande!

Qu'il est beau de savoir, digne d'un tel lien,

Au repos d'un ami sacrifier le sien ;

Plaindre de s'immoler l'occasion ravie;

Être heureux de sa joie et vivre de sa vie!

Si le Ciel a daigné d'un regard amoureux Accueillir ma prière et sourire à mes vœux , Je ne demande point que mes sillons avides Boivent l'or du Pactole et ses trésors liquides ; ^i que le diamant, sur la pourpre enchaîné,

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Pare mon cœur esclave an Louvre prosterné ;

Ni même, vœu plus doux! que la main d'Uraaie

Embellisse mon front des palmes du génie ;

Mais que beaucoup d'amis , accueillis dans mes bras ,

Se partagent ma vie et pleurent mon trépas;

Que ces doctes héros dont la main de la gloire

A consacré les noms au temple de Mémoire ,

Plutôt que leurs talens, inspirent à mon cœur

Les aimables vertus qui firent leur bonheur;

Et que de l'amitié ces antiques modèles

Reconnaissent mes pas sur teurs traces fidèles.

Si le feu qui respire en leurs divins écrits

D'une vive étincelle échauffa nos esprits;

Si leur gloire en nos cœurs souffle une noble envie;

Oh! suivons donc aussi l'exemple de leur vie:

Gardons d'en négliger la plus belle moitié;

Soyons heureux comme eux au sein de l'amitié.

Horace, loin des flots que tourmente Cythère,

Y retrouvait d'un port l'asile salutaire;

Lui-même au doux Tibulle, à ses tristes amours ' ,

Prêta de l'amitié les utiles secours.

L'amitié rendit vains tous les traits de Lesbie ;

. Foyez son ode ad Âlbium TWulbim, ode xxxiii , Ub. I :

Albi, UG dolejis plus nimio, uuimor Immilû Glycel-x , f II-.

( Note de l'Éditeur.)

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Elle essuya les ye«x que fit pleurer Cinthie'. Virgile n'a-t-îl pas, d'un vers doux et flatteur. De Gallus expiratit consolé le malheur ' ?

Voilà l'exemple saint que mon cœur leur demande. Ovide, ah! qu'à mes yeux ton infortune est grande, Non pour n'avoir pu faire aux tyrans irrités Agréer de tes vers les lâches faussetés !

Je plains ton abandon , ta douleur solitaire. Pas un cœur qui , du tien zélé dépositaire , Vienne adoucir ta plaie, apaiser ton effroi, Et consoler tes pleurs, et pleurer avec toi'!

1. Leabie était l'ainante de Catulle, et Cinthie celle de Properce. Le premier de ces poètes cultivait beaucoup l'amitié de Cicéron et de Plancus ; le second fut intimement lié avec Ovide etTibulle.

a. Dans sa dixième ^glogue iutilulée Gallus, et principalement Ters la fin de son quatrième livre des GÂii^ques.

• Pnit in prîmis Pubilo Virgilio amicus Gallus, adeo ut quartus ■ Georgicomm liber , à medio nsque ad fiuem , ejus laudes coiitio neret ; quas posteà , jubenle Augusto , in Arist^i fabuiam com- • mulavit.-fC/iœiCorne/iï GalliVitaex Petro Crinito deiumpta.) {Note de rÉdùeur.)

3. Rien de si touchant que la plupart de ses Tristes, et anrtout que la sixième élégie du livre III, • in quâ accusât ' amicum quod ab eo litteras non acceperit, > Il est impossible délire, sans éprouver une vive émotion, les vers de cette élégie, où, après avoir adressé ■ son ami les plus tendres reproches , il termine en lui disant :

Dt ftdant at Tajae palem

( Noie de CÉdiieur. )

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Ce n'est pat nous, amis, qu'un tel foudre menace. . Que des Dieux et des rois l'éclatante disgrâce Nous frappe ; leur tonnerre aura trompé leurs mains : Nous resterons unis en dépit des Destins.

Qu'ils excitent sur nous la Fortune cruelle; Qu'ellearme tous ses traits : nous sommes trois contre elle. Nos cœurs peuvent l'attendre, et dans tous ses combats, L'un sur l'autre appuyés , ne chancelleront pas.

Oui, mes amis, voilà le bonheur, la sagesse.

Que nous importe alors si le dieu du Permesse

Dédaigne de nous voir, entre ses favoris.

Charmer de t'Hélîcon les bocages fleuris?

Aux sentiers où leur vie offre un plus doux exemple.

Où la félicité les reçut dans son temple.

Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau.

De leur double laurier su ravir le plus beau.

Mais nous pouvons, commeeuxjlescueillirl'unetrautre.

Ils reçurent du ciel un cœur tel que le nôtre:

Ce cœur fut leur génie, il fut leur Apollon,

Et leur docte fontaine , et leur sacré vallon.

Castor charme les Dieux, et son frère l'inspire;

Loin de Patrocle, Achille aurait brisé sa lyre;

C'est près de PoUion , dans les bras de Varus ,

Que Virgile envia le destin de Nisus.

Que dis-je? Us t'ont transmis ce feu qui les domine.

N'ai-je pas vu ta Muse au tombeau de Racine ',

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