‹ Œuvres posthumes d'André Chénier, augmentées d'une notice historiqueChapitre 80 sur 99 · A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY · texte numérisé non relu

A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY

Quoi! tfHtdis que partout, ou sincères ou feinte^, Des lâches, des pervers les larmes et les plaintes CkiQsacrent leur Marat parmi les Immortels ' , Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile, Des fanges du Parnasse un impudent rejïtile Vomit un hymne inlame au pied de ses autels ^ ,

hà Vérité se tait! Dans sa bouche glacée, Des liens de la peur sa langue embarrassée Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux! Vivre est-il donc si doux! De quel prix est la vie, Quand sous un joug honteux la pensée asservie, Tremblante, au fcmd du coeur,se cache à tous les yeux !

1. On sait qu'après sa mort Marat reçut des honneurs presque dWins; que, dans toutes 1e9 places publiques, on lui érigea des matisolées et des arcs de triompbe; et que, plus tar<t, ses cornplices pouBsèrent leur frénésie jusqu'à porter en triomphe ses restes au Panthéon. {Note de l'Editeur.)

a. Cet hymne est d'Audoin, le dëpnlé. {Note de l'Éditeur.)

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filon, non: je ne veux point t'honorer en siloice.

Toi qui crus par ta mort ressusciter la France,

Et dévouas tes jours à punir des forfaits!

Le glaive arma tOQ bras , Fille grande et sublime !

Pour feire honte aux Dieux, pour réparer leur crime,

Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les traits!

Le noir serpent, sorti de sa caverne impure,

A donc vu rompre enfin, sous ta main ferme et sûre.

Le venimeux tissu de ses jours abhorrés !

Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,

Tu viens redemander et les membres livides ,

Et le sang des humains qu'il avait dévorés 1

Son œil mourant t'a vue , en ta superbe joie.

Féliciter ton bras, et contempler ta proie;

Ton regard lui disait : « Va, Tyran fiirieux!

« Va, cours fra^r la route aux tyrans, tes complices!

« Te baigner dans le sang fîit tes seules délices:

a Baigne-toi dans le tien, et reconnais des Dieux! »

La Grèce, ô Fille illustre! admirant ton courage.

Epuiserait Pai'os pour placer ton image

Auprès dTIarmodius, auprès de son ami';

£t des chœurs sur ta tombe, en une sainte ivresse.

Chanteraient N^émésis, la tardive déesse,

Qui frappe le méchant sur son trône endormi.

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