‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 110 sur 209 · Œuv., t. XXI, p · texte numérisé non relu

Œuv., t. XXI, p

dans l'erreur, doit être attribué aux premiers pasteurs, c'est-à-dire aux évêques et surtout au souverain pontife qui conduit toute l'Église ; car ils ne défendent pas la doctrine de l'Église en leur propre et privé nom, mais au nom de l'Eglise et de ses pasteurs, et surtout au nom et par l'autorité du prince des pasteurs, et ils ne doivent se regarder que comme des instruments dont ceux qui gouvernent veulent bien se servir. » . Quoiqu'un tel langage soit de lui-même condamné, je crois devoir rapporter les observations de Maultrot. « Tous ces textes , dit-il , -sont propres à faire sentir l'inconvénient de ces compliments outrés qu'on regarde comme sans conséquence; ils fournissent des armes aux ennemis de la saine doctrine et de la hiérarchie ; ils auraient eu beaucoup moins de danger dans les premiers siècles de l'Église, où les évêques, remplis d'humilité, étaient bien éloignés d'entreprendre sur les droits des pasteurs inférieurs. Qu'on ait fait ces mêmes compliments à la fin du dernier siècle, dans un temps où les évêques ne négligeaient rien pour ériger en dogme leur domination absolue, c'est ce qu'on ne peut pardonner à MM. de Port-Royal, si dignes d'ailleurs de toute vénération. Pesons tous ces mots au poids du sanctuaire, et on verra à quoi ils se réduisent.

« Tout ce que font les théologiens particuliers pour ramener les hérétiques par leurs soins et par leurs écrits, tout cela doit être attribué aux évêques et par-'

^ ticulièrement au pape, soit le travail même , soit le fruit du travail.

« Si on disait qu'en cela les théologiens particuliers font tout ce que devraient faire les évèques, on dirait vrai ; si Ton disait qu'en cela les théologiens particu-

liers, rendant service à l'Eglise entière, en rendent par conséquent aux évoques , qui en sont les gouverneurs en chef, en leur facilitant le moyen de contenir les fidèles dans l'unité et d'y faire rentrer les hérétiques, on dirait vrai encore ; mais malgré toute l'humilité du célèbre docteur, jamais je n'attribuerai à Clément IX, ni l'excellent ouvrage de la Perpétuité de la foi , ni les heureux effets qu'il a produits ; il n'y a pas plus de part que moi, et nous en profitons chacun daps notre ordre, moi en ce que je suis par là confirmé dans la foi de mes pères , lui comme chef visible de l'Eglise, en ce qu'il aura une plus grande facilité à convaincre les calvinistes d'avoir abandonné l'ancienne doctrine sur la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Vouloir que cet ouvrage soit attribué au pape, c'est vouloir qu'il en soit jugé l'auteur. Je ne vois rien, dans sa primauté, qui doive faire regarder comme des productions de son esprit tous les livres utiles à l'Église. Le succès d'un livre ne vient d'ailleurs ni de l'auteur, ni des évèques, ni du pape, mais du Père des esprits, qui les tourne où il veut et les ouvre aux vérités enseignées dans un livre. Cette vérité semble

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avoir été oubliée pour faire place à un hommage excessif rendu au Pape et aux évéques.

« Ce n'est pas en leur nom que les théologiens particuliers défendent la doctrine de V Eglise; c'est au nom, par V autorité et la puissance de l'Église, de ses pasteurs et surtout du prince des pasteurs.

« Je soutiens, moi, que c'est en son nom cpie le célèbre docteur a fait et a dû faire l'ouvrage de la Perpétuité de la foi, et qu'il aurait dû le faire quand le pape et une grande partie des évoques s'y seraient opposés* Il était docteur en théologie ; il avait juré sur l'autel des martyrs de verser son sang pour la défense de la vérité : c'était pour lui un devoir, et un devoir étroit, d'employer contre l'erreur les grands talents qu'il avait reçus de Dieu; il en avait le droit et l'autorité comme prêtre et comme docteur.

« Veut- on absolument que cet ouvrage n'ait pu être fait que par l'autorité des pasteurs ? Celle de l'archevêque de Paris ne suffisait-elle pas ? En quel seps peut-il être vrai qu'un livre de controverse publié dans le diocèse de Paris par un docteur en théologie de la Faculté de Paris, n*a pu être fait qu'au nom, par l'autorité et la puissance du pape?

« Si on veut absolument faire intervenir l'autorité des pasteurs, pourquoi ne parler que des premiers? Un livre de controverse doit être fait au nom de tous les pasteurs qui sont chargés de l'enseignement. Les

évêques le sont-ils seuls? Les curés ne partagent-ils pas avec eux, quoicpi'avec subordinatiou, le droit d'enseigner les fidèles?

tt Les théologiens particuliers doivent se regarder comme des instruments que les gouverneurs de l'Église^ daignent employer pour lui rendre quelques petits ser-^ vices.

c( C'est porter l'humOité trop loin. II résulte de ces paroles que les évêques accordent une grâce, qu'ils font une œuvre de surérogation , en permettant aux plus savants théologiens de défendre la cause de l'É* glise. Eh! qui pourrait soutenir un pareil excès? C'est une condescendance de la part du pape d'avoir permis au grand Amauld de composer et de publier l'ouvrage de la Perpétuité de la foi, comme si le pape, comme si l'archevêque de Paris, qui était le diocésain, eussent pu légitimement y mettre obstacle.

« On s'écriera qu'il ne faut pas prendre à la rigueur et presser ainsi des épîtres dédicatoires , où Ton ne trouve ordinairement que des louanges et des adula* tions. De là on doit convenir aussi qu'on a tort de vouloir y puiser un dogme, et c'est tout ce que je demande^. »

D'ailleurs, si les prêtres ne sont que des instruments du pape et des évêques , s'ils ne peuvent parler qu'au

4 • Les Prêtres juges de la foi , part. I, p. 304 .

nom d'eux, que signifient donc les approbations de vingt-quatre prêtres qu'AraauId a imprimées, avec celles des dix-neuf évéques, en tête de la Frégtiente communion? Ah! si lui, Saint-Cyran, Nicole, avaient vu, comme il arriva au temps dt; la bullt' l'iiigenitus, l'épiscopat se tourner contre leurs principes et le clergé du second ordre les défendie, avec quelle ardeur ils auraient fouillé l'Écriture et la tradition, entassé autorités sur autorités, exemples sur exemples, raisonnements sur raisonnements, pour démontrer que les prêtres sont juges de la foi! Au surplus quelquesuns de leurs disciples qui furent leure contemporains, Noulleau, De la police ecclésiasli/jue , 1665; Boileau. De l'antique droit du presbytère dans le régime ecclétiastique, iGilh; Duguet, dans ses Conférences ecclésiasliques, 1679, avaient revendiqué les droits du second ordre. En 1707, six ans avant cette bulle. Drapier publiait son livre Du gouvernement des diocèses en commun par les évêques et par les curés.

u MM. Bordas-Demoulin et Iluet, dit l'Observateur, professent la plus haute admiration pour l'épiscopat constitutionnel. Eh bien! qu'ils lisent les actesdu concile de 1801, et ils y trouveront la réfutation, faite par plusieiu-s évêques, des ouvrages dans lesquels Maultrot prétendait que les prêtres avaient le droit , comme les évêques, de délibérer dans les conciles et de prononcer sur les questions doctrinales. Qu'auraient-ils dit en en-

et même des femmes ; donc les fidèles et les femmes même pourraient prétendre, d'après le concile de Je* rusalem, qu'ils auraient aussi le droit de juger dans les conciles. Je n'examine point si cette prétention est bien ou mal fondée , ce n'est pas le moment ; mais je dis des fidèles et des femmes qu'ils ont jugé en sous<* crivant, et il est dit seulement des prêtres qu'ils ont éerit en jugeant. Ainsi le droit des fidèles bien ou mal fondé, ne préjudicie pas aux droits des prêtres^. »

Frappier ne semble pas très-loin d'admettre que 1^ simples fidèles peuvent juger dogmatiquement, et si la question se fût engagée là-dessus, le parti qu'il eût pris ne paraît guère douteux. On ne s'aperçoit nullement que le concile ni qu'une partie du concile ait frémi d'indignation. Je crois qu'il n'existe aucune différence réelle entre juger en souscrivant et écrire en jugeant.

En 1763, l'Église port-royaliste de Hollande tint un concile. « Les erreurs de Pierre Le Clerc, retiré en Hollande depuis quelques années , en furent la princi* pale occasion. Mais on y traita plusieurs autres matières importantes de dogme, de morale et de discipline.. • La canonicité de l'exécution répondit à celle des préparatifs. Las évêques de Harlem et de Deventer et les archiprêtres du diocèse d'Utrecht ayant, chacun

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