‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 124 sur 209 · Mém. déjà cité, p · texte numérisé non relu

Mém. déjà cité, p

Voilà parfaitement distinguée Tautorité propre à l'évêque de celle qu'il tire de son Église.

L'évêque du Puy, Pompignan, va le développer davantage. « Tout enseignement épiscopal sur la foi, dit-il, est un véritable jugement, et dès lors d'une autorité supérieure, dans l'Église, à toute instruction dont l'auteur n'a pas le même caractère. Il n'est pas nécessaire pour cela que cet enseignement soit publié, avec une adresse aux fidèles de tout un diocèse, avec cet appareil qui annonce que l'évêque leur parle comme leur père et leur pasteur ; encore moins avec cet exercice de juridiction , qui consiste à ordonner ou à défendre.

« Ces formes ont été utilement établies pour imprimer aux fidèles plus de vénération. Mais on n'en connaissait pas l'usage dans les premiers siècles de l'Église, dans ces siècles où l'autorité épiscopale, plus révérée qu'elle ne l'a été dans la suite, n'avait pas besoin de ces secours accessoires pour faire distinguer par le peuple chrétien la voix des successeurs des apôtres. Il nous reste des honiélies que les évêques prêchaient dans leurs chaires, des lettres qu'ils envoyaient dans leurs églises, lorsqu'ils en étaient éloignés. A cela près, ils écrivaient sur la religion comme ils l'auraient pu faire s'ils n'avaient pas eu le gouvernement d'un diocèse. Ils commentaient l'Écriture sainte; ils composaient des traités de controverse; ils répondaient à des lettres

qu'on leur écrivait de loin pour les œnsulter. Dans tous œs écrits, dont la forme n'avait rien de particulier aux évêques, ils exerçaient aussi autbentiqueinent leur qualité de juges de la doctrine que s'ils avaient donné des mandements, tels qu'ils ont été depuis en usage. Aussi ces écrits étaient cités comme les principaux monuments de la doctrine, comme des ténKÛgnages décisife eontre les nouvelles hérésies. Saint Augustin ^ ne donne à Julien d'Eclane, qui se {daignait qu'on refusât à son parti un jugement épiscopal, d'autres juges que dix évêques déjà niorts qu'il avait choisis entre beaucoup d'autres pour constater, par leurs ouvrages, la foi uniforme et perpétuelle des deux Églises, celle d'Orient et celle d'Occident. > Ce sont, lui dit-il, des évêques sa- Cl vants, graves, saints, ardents défenseurs de la vérité, ce Vous ne pouvez leur contester ni la sagesse, ni la u science, ni la liberté : trois avantages que vous attrin bnez à un bon juge... Autant que vous devriez déa sirer de pareils juges, si vous souteniez la foi catho- « lique, autant devez-vous les craindre dès que vous la « combattez. »

a S'il ajoute aux suffrages de ces évêques celui de saint Jérôme, il prévient d'abord l'objection qu'on pourrait lui faire que ce docteur avait été simple prètra'. H ne le place dans le même tribunal que parcs

4 . Contre Julien, 1. II, ch. x, art. 9. %, fbié,, 1. 1, eh. vu, arl. €.

que Tadmiration de l'Eglise entière pour sa profonde érudition, pour son zèle, pour sa haute piété, lui a déféré, après sa mort, une place parmi les Pères de l'Église, où nous ne nions pas qu'on ne compte, quoiqu'en très-petit nombre, des écrivains qui n'ont pas été dans l'ordre épiscopal. Mais la règle ordinaire, dans ces premiers temps, était que les contestations sur le dogme, dont les évoques avaient été seuls juges pendant leur vie, devaient être décidées par l'autorité de leurs écrits, lorsque leur mémoire était honorée dans l'Église.

« Ce que les évêques pouvaient alors, ils Font toujours pu dans la suite, ils le peuvent encore. Il est plus rare qu'il ne l'était autrefois de les voir s'engager dans les travaux épineux de la controverse. La multiplicité de leurs occupations les en détourne souvent. Dieu dispense ses dons comme il le juge à propos; mais il conserve dans tous les temps à son Église des défenseurs assez éclairés pour qu'elle puisse, indépendamment du poids de son autorité, confondre, par leur bouche et par leur plume, les ennemis de la foi. Les évêques n'ont donc pas cessé d'être, comme l'étaient leurs prédécesseurs, juges de la doctrine dans tous les écrits où ils traitent de la religion. Que ces écrits portent dans leur frontispice, dans leur contexture, dans leur dispositif, l'empreinte de la juridiction diocésaine; ou qu'ils ne la portent pas, l'autorité en est la même

dans l'ordre de l'enseignement. Elle est également fondée sur le caractère épiscopal des écrivains. M. Bossuet n'a pas paru moins évêque, c'est-à-dire moins juge de la doctrine, dans son Exposition de la foi catholique, dans la relation de sa Conférence avec le ministre Claude, dans ses Variations des églises protestantes et en d'autres ouvrages de cette nature, que dans les Instructions pastorales adressées à ses diocésains avec les formules accoutumées ^. »

Pompignan, qui exprime bien le sentiment de l'Église sur le pouvoir inhérent au caractère épiscopal, a tort de penser que saint Augustin refuse aux prêtres le droit de juger en matière dogmatique. Julien est évêque; saint Augustin, qui le combat, est évêque. Julien prétend trouver un appui dans saint Basile et saint Chrysostôme, qui sont évêques. Alors saint Augustin est naturellement conduit à ne lui opposer que des évêques. Il les prend en Orient et en Occident, et il leur associe saint Jérôme, ajoutant qu'il avait employé une longue vie à l'étude des sciences ecclésiastiques et que Julien ne saurait le mépriser, quoiqu'il ne fût que prêtre.

Pompignan devait remarquer que saint Augustin use du même langage à l'égard des évêques qu'il oppose à Julien. Il fait valoir quelque autre titre, outre la qualité

4 . Défense des Actes du clergé de France, etc. Part. I, ch. xxii.

d'évêque. Dans saint Irénée , c'est qu'il touchait presque au temps des apôtres. Pour saint Cyprien, c'est qu'il fut martyr. Réticius, évêque d'Autun, eut une grande autorité dans l'Église tout le long de son épiscopat. Vient Olympius, évêque d'Espagne, qui s'acquit tant de gloire devant l'Église et devant Jésus -Christ Qui ne connaît saint Hilaire, ce redoutable défenseur de l'Église catholique, cet évêque des 6au]es, si illustre parmi les évêques? L'univers romain ne cél(èbre4-il pas la fermeté, les travaux, les périls, enfin les œuvres et les paroles de saint Ambroise pour le soutien de la foi catholique? Sans pousser plus loin ce détail , disons que, nommant ensemble le pape Innocent, saint Cyprien, saint Basile, saint Grégoire de Nazianzç, saint Chrysostôme, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Aik gustin les appelle de grands évêques ^. Ce n'est pas tout. Après avoir parié de saint Irénée, de saint Cypri^i, de Réticius, d'Olympius, de sain» Hilaire, de saint Am*» broisa 3 « Croiriez-vous, damande-t-il à Julien, pouvoir les m^îser, parce qu'ils sont tous de l'Église de l'Oiv cîdent et que je n'ai cité aucun évêque de celle de l'Orient? Mais que vous dirai -je au sujet de ces évêques d'Orient, sinon qu'ils sont Grecs comme nous sommes Latins*? »

De ce que saint Augustin allègue le mérite des

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