‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 128 sur 209 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

RIGHER.

^ A l'occasioa d'uQ passage de La Chambre, qui, avec taat d'autres, impute à Richer de dissoudre la constitulion de l'Église, j'ai annoncé que j'examinerais si cette accusation est fondée.

Richer naquit à Ghaource, dans l'Aube, le 1'' octobre 1559, suivant Dupin; le 15 septembre 1560, selon L'Écuy ; le dernier jour du même mois de la même année, d'après Baillet et Racine. Il était avide d'instruction, et comme ses parents, peu fortunés, ne pouvaient lui offrir les moyens de se livrer à l'étude, il vint à l'âge de drx-huit ans chercher des ressources à Paris. Il entra dans un collège, oîi, moyennant certains services, on lui accorda la nourriture. Tout le temps qui lui restait, il l'employait à apprendre le latin et le grec. En moins de trois ans, il se rendit capable de suivre le cours de philosophie. Deux ans après, il fut

i. L'auteur n'a point marqué la place de ce chapitre, mais elle ne paraît pas douteuse, ces pages, ayant été certainement écrites après tout ce qui précède, étant même les dernières que l'auteur ait écrites. Éd.

reçu maître ès-arts, et il aborda la théologie. Ses progrès attirèrent l'attention d'un docteur-, Etienne Rose, simple vicaire à Saint- Yves. Il lé prit chez lui et pourvut suffisamment à ses besoins. Ayant alors tous ses moments libres, Richer travailla avec tant d'ardeur qu'il ne donnait au sommeil que deux heures, dit-on, par nuit. Bientôt on lui offrit une chaire dans l'Université et il put se passer des généreux secours de Rose. Après avoir enseigné les humanités , il professa la philosophie et puis il songea à faire sa licence.

La Ligue déployait ses fureurs. La Sorbonne, qu'elle dominait , avait depuis quelques . mois , le 7 janvier 1586, décrété qu'on était dispensé d'obéir au roi, et excité à prendre les armes contre lui, sous prétexte de conserver la religion. Ge décret avait été publié dans toutes les églises de Paris et dans plusieurs provinces par les prédicateurs mendiants et par la plupart des curés mêmes. On refusait déjà . tout communément l'absolution et la communion, et même la sépulture ecclésiastique, à quiconque ne promettait pas de se révolter contre Henri IIL Enfin, il n'y avait pas quinze jours que ce prince était tombé sous le fer de Jacques Clément, lorsque Richer se fit inscrire pour le doctorat. Il se laissa entraîner à ces doctrines anarchiques et meurtrières, qui étaient celles de « ses maîtres, dit L'Ecuy, et ses thèses devaient y être conformes sous

peine d'exclusion. Il fut du moins Tun des premiers qui revinrent au bon sens et à la raison. Il n'attendit même pas pour cela que sa licence fût fiûie. Dans ses dernières thèses, il fit valoir l'avantage pour un Etat d'avoir des rois par succession héréditaire. Ayant reçu le bonnet de docteur en 1590, il soutint hautetneât, soit dans ses écrits, soit dans ses sermons, les droits de Henri IV, qui venait de parvenir à la couronne ; car dès la réception de son doctorat, Ricber s'était adcmné à la prédication. Il remplit ce ministère pendant plusieurs années, prêchant, dans la capitale, des avents et des carêmes.

« En i59i!i, il fut nommé grand mattre et principal du collège du cardinal Lemoine. Cette maison, qui avait servi de caserne pendant les troubles, était dans l'état le plus misérable : il n'y avait plus ni étude ni r^Ie; Richer parvint à y rétablir Tune et l'autrCé II releva les bâtiments qui tombaient en ruine, soumit les boursiers à une discipline sévère, rendit ia chapelle à sa destination, rouvrit les classes, y appela de bons professeurs et composa des ouvrages pour y perfectionner l'éducation. Ses soins s'étendirent au quartî^ où était situé le collège. Ce quartier était infecté par im égout, et inondé par la Seine dans ses débordem^its* Richer détruisit l'égout, et au moyen de chaussées et de terrasses, élevées du fruit de ses économies, contint les eaux dans leur lit. L'Uiiiversité aussi avait besoin d'une

réforme : le roi confia le soin de Topérer aux personnes tes plus distinguées du royaume. Pour faire exécuter les nouveaux règlements , il fallut nommer des censeurs, et Richer fut mis à la tête.

« Il s'occupait, en 1605, d'une nouvelle édîlion des œuvres de Gerson; elle était près de paraître, lorsque Maffei Barberini, nonce en France, qui depuis fut Pape sous le nom d'Urbain VIII, en fut averti par Duval , docteur de Sorbonne , imbu des opinions ultramontaines. Barberini, craignant l'effet de cette édition, à cause du différend qui venait de s'élever entre le pape Paul V et la république de Venise, travailla et parvint à en faire éloigner la publication. C'est à cette première tentative contre une doctrine

qui fait partie des lois de l'Etat, qu'on doit rapporter l'origine des troubles qui, bientôt après, s'élevèrent en Sorbonne au sujet des prérogatives des deux puissances ecclésiastique et séculière^. »

« La république de Venise, excommuniée par Paul V, dit Racine abrégeant Baillet, se servait de l'autorité de Gerson pour faire sentir l' irrégularité de cette excommunication. Elle fit publier deux traités de ce grand homme, qui déplurent fort à la cour de Rome. Le cardinal Bellarmin y répondit aussitôt en langue vulgaire (en italien) , réponse qui fut ensuite tournée en latin ; mais il

i. Biograph. univ., t. XXXVIII, p. 1%.

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