II
le fit d'une manière si injurieuse à la mémoire de Gerson et à la doctrine de l'Eglise gallicane, qu'il choqua les plus savants docteurs de Sorbonne, tous les magistrats du parlement de Paris et les plus habiles jurisconsultes... Richer résolut de le réfuter et de faire l'apologie de Gerson. Il s'appliqua beaucoup plus àdéve-^ lopper les sophismes de ce cardinal qu'à repousser ses injures. Joignant toujours la modération des paroles à la force des raisons, il fit voir que la doctrine de Ger-
son et de l'Eglise gallicane touchant la puissance du Pape, était autorisée par le droit naturel et divin, par la tradition ancienne de toute l'Eglise, par un usage suivi et constant des huit premiers conciles généraux; et qu'elle avait été depuis pleinement rétablie par celui de Constance. Il prouva qu'on ne pouvait plus dissimuler une vérité si claire, sans être ou fort ignorant, ou très-passionné pour les injustes prétentions de la cour de Rome.
« Duval eut quelque soupçon du dessein de Richer, et fit part au nonce de ses conjectures. Celui-ci, qui avait été créé cardinal depuis peu de jours, chargea Duval d'engager Richer de sa part à venir se purger du soupçon que l'on avait contre lui... Il alla donc voir le nouveau cardinal à l'hôtel de Cluny, rue des Mathurins, où les nonces avaient coutume de loger, afin de veiller de plus près sur la Sorbonne. Il prit des détours pour lui ôter le soupçon qu'on lui avait donné. Le nonce
n'insista pas, et Richer continua son ouvrage, mais sans dessein de le publier alors, par respect pour le cardinal Barberini. Il le communiqua à son ami intime, Nicolas Le Fèvre, qui fut depuis précepteur de Louis XIIL Une infidélité que d'autres firent à Le Fèvre, qui leur en avait montré le plan, fut cause qu'on l'imprima l'année suivante en Italie, mais d'une manière si défectueuse que l'auteur eut honte de le reconnaître en cet état. L'accommodement des Vénitiens avec Rome lui fit naître la pensée d'abandonner cet ouvrage; mais, quatre ans après, lorsque toute la France pleurait la perte de son roi, Bellarmin ayant osé publier un nouveau livre où il semblait approuver hautement le crime de Ravaillac, Richer résolut de mettre la dernière main à son apologie de Gerson. L'engagement où il se vit ensuite de donner son écrit de la Puissance ecclésiastique et politique^ qui n'était qu'un extrait de cette apologie, fut cause qu'il en différa la publication. Ce grand ouvrage demeura enseveli avec les autres manuscrits de Richer, jusqu'à ce qu'on le fît imprimer en Hollande longtemps après sa mort.
« Quoique Barberini fût fort jaloux des prétentions de la cour romaine, il n'employait ni les artifices ni la violence pour détruire la doctrine opposée à celle qu'il voulait faire recevoir. Mais Ubaldin qui lui succéda en 1607, dans la nonciature de France, n'avait ni la
même modération, ni la même équité... Il trouva un puissant obstacle dans l'éléyation de Richer au syndicat de Sorbonne, le 2 janvier 1608 ^. »
(Le reste du chapitre manque.)
4. C'est à ces lignes qu'une maladie mortelle arrêta la main de Bordas. Voir sa Vie, eh. vu. Éd.