‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 130 sur 209 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DROITS DU rnÊTRE A l'ÉGARD DE L'ÉVÊnuE,

Sur Ig principe , ou plutiH l'axiome, que le sacerdoce fut donné au corps entier de l'Église et distribué aux diverses parties selon leur nature; qu'il ne supplante point la raison, qu'au contraire il l'aide h se relever et il agir, nous avons vu que la prêtrise forme un pouvoir ecclésiastique, qu'elle est supérieure au laïcisme et inférieure à l'épiscopat. L'homme non clirélien pouvant, avec le baptême, faire de l'homme le chrétien, possède à un degré le sacerdoce qui confère les sacrements. Le chrétien laïque ne le possède qu'à ce même d^é; maie

1. Sous le titre de Pouvoirs gomerftemf.nlaux, l'aiileur n'avait guère réuai que de simples notes ou d'anciens cicriU, qu'il eût sans nul doute remaniés et développés. Cm morceaux, dans le manuscrit, na Eont point rattiiché? ensemble par une pagination continue, el nous avons hésité sur le dassemenl. Dans l'état où l'auteur les ■ laissés, quelques-uns nous ont paru mieut h leur place dans 1» II* partie, où nous les avons insérés. Ëd,

le sacerdoce qui produit les effets des sacrements et qui manque à l'homme non chrétien, le laïque en jouit pourvu qu'il ait la justice. Au degré de sacerdoce qui enfante le chrétien par le baptême et qui lui est commun avec le laïque et avec tout homme, le prêtre joint le degré qui entretient le chrétien au moyen de la pénitence, de l'eucharistie, du mariage, de l'extrêmeonction et probablement aussi de la confirmation. Mais le prêtre ne peut se reproduire lui-même. L'évêque, qui le perpétue, se perpétuant de soi, renferme seul tous les degrés du sacerdoce. Comme une église doit se suffire dans les temps ordinaires ou avoir en elle le principe de sa conservation, c'est l'évêque qui est son chef, et non pas le prêtre ; mais le prêtre est l'adjoint de l'évêque.

A cause du petit nombre des fidèles, les églises, c'est-à-dire aujourd'hui les diocèses, ne formèrent d'abord que des paroisses dont les évêques étaient les curés, et les prêtres les vicaires perpétuels ou inamovibles, car ils ne passaient point d'une église à l'autre ; et, comme ils gouvernaient avec les évêques, ceux-ci ne pouvaient les destituer arbitrairement. Les conversions, en se multipliant, obligèrent de scinder cette grande paroisse en plusieurs et d'attacher un prêtre à chacune. L'évêque garda celle qui renfermait le cheflieu. Les prêtres chargés des autres en furent les curés au même titre que lui de la sienne. Avant la division.

l'évêque se confondait avec le curé ; après la division , il s'en distingua. Comme évêque, il eut toujours ^la direction suprême de toutes les églises du diocèse; comme curé de la principale, il cessa d'être le pasteur immédiat ordinaire des autres. A leur tour, les prêtres, quoique fixés à des églises particulières, concoururent toujours, avec l'évêque, au gouvernement du diocèse. Il les réunissait en synode. Au surplus, il continuait d'avoir auprès de lui des prêtres pour l'aider dans sa paroisse, et avec les curés dans le diocèse.

Ensjuite, peut-être lorsque les diocèses furent plus étendus ou le zèle refroidi, les évêques cessèrent entièrement d'être curés, restant seulement évêques ou , si l'on veut , curés généraux. Sous le nom de curés proprement dits, de vicaires, de succursalistes, d'aumôniers et semblables appellations, les prêtres ont fini par être les vrais ouvriers de la rédemption, prêchant, catéchisant, baptisant, dispensant tous les biens religieux, excepté la confirmation. Mais pendant que leurs services grandissaient, eux diminuaient; plus ils exerçaient le pouvoir régénérateur, moins ils avaient de part au pouvoir gouvernemental, et au moment où ils faisaient presque tout, ils n'étaient rien. '

Sans doute la surveillance, la visite des diocèses tels, par exemple, qu'ils existent maintenant en France, les vastes études pour entendre le christianisme dans ses rapports avec le cours des choses humaines et leur

disposition présente, sont capables d'absorber le temps (Jgs ppéJats,. s'ils avaient le sentiment de ces formidablés devoirs. On ne saurait toutefois désapprouver l'Assemblée constituante d'avoir rétabli les cures épiscopales , d'autant mieux qu'elle y attachait un nombre suffisant de vicaires. Elles ont été abolies de nouveau par le Concordat, peut-être imprudemment. Lors même que l'évêque ne pourrait que rarement remplir les fonctions pastorales, il importerait qu'il en fût revêtu, afin d'être rappelé à s^[ condition et de, ne pas voir des esclaves ou des instruments dans des coopérateurs^ et se figurer qu'il est d'autant plus au-dessus d'eux qu'il ne partage point leurs travaux. Affirmons, au contraire, que plus il se sépare d'eux par ses occupations, plus il a besoin de vivre parmi eux et de les consulter, afin de connaître ce qui se passe et quelles mesures il font prendre ; moins il régénère avec eux, plus ils doivent gouverner avec lui. Ecoutons Fleury, lorsque l'évêque était ou le seul curé ou l'un d'entre eux :

« Les prêtres étaient le conseil de l'évêque et le sénat de l'Église, élevés à ce rang par leur science ecclésiasr tique, lenr sagesse, leur expérience. Tout se faisait dans l'Église par conseil, parce qu^on ne cherchait qu'à y faire régner la raison, la règle, la volonté de Dieu. Les évêques avaient toujours devant les yeux le précepte de saint Pierre et de Jésus-Christ même, de ne pas imiter la domination des rois de la terre, qui tend tou^

jours au despotisme. Les assemblées ont cet avantage qu'il y a d'ordinaire quelqu'un qui montre le fcon-pârd et y ramène les autres. Il n'est pas %isé de corroiwpre toute une compagnie , mais il est facile de gagner un jseul hcHume, ou celui qui le gouverne; et s'il se détermine seul, il suit la pente de ses passions qui n'a point de contre-poids. D'ailleurs les résolutions communes sont toujours mieux exécutées; chacun croit ea être l'auteur et ne faire que sa volonté. Il est vrai qu'il est bien plus court de-comnifnder et dajcontraindre, et que, pour persuader, il faut de l'industrie et de la patience; mais les hommes sages, humbles et charitables vont toujours au plus sûr et au plus doux, et ne plaignent point leur peine pour le bien de la chose dont il s'agit. Ils n'en viennent à la force qu'à la dernière extrémité. Ce sont les raisons que j'ai pu comprendre du gouvernement ecclésiastique. En chaque église, l'évêque ne faisait rien d'important sans le conseil des prêtres, des diacres et des principaux de son clergé. Souvent même il consultait tout le peuple, quand il avait intérêt à l'affaire, comme aux ordinations. »

Voilà le régime que l'Assemblée constituante voulut rétablir en interdisant aux évêques de faire aucun acte de juridiction, dans le gouvernement des diocèses, sans en avoir délibéré avec leur conseil, c'est-à-dire leurs vicaires épiscopaux, au nombre de 16 pour les principales villes et de 12 pour les autres. Elle ne parlait

point des coDciles ; mais ils venaient d'eux-mêmes dans cette réforme. Le clergé assermenté, aussitôt que la persécution qui Tavait saisi à sa naissance commença de se ralentir, célébra dans l'espace de trois ou quatre ans 80 conciles diocésains ou synodes, 8 conciles métropolitains et 2 conciles nationaux*, c'est-à-dire infiniment plus que l'ancien clergé, au milieu de la puissance et de la fortune. Les prêtres y assistèrent , délibérèrent comme les évêques. Les évêques de l'ancien régime et leurs fauteurs crièrent au presbytérianisme. La Luzerne ne reconnaît aux prêtres que le droit divin de conseiller; quant au droit de délibérer, c'est une concession. Leur présence n'est point nécessaire pour valider les conciles. On peut lui répondre la même chose qu'à l'égard des laïques. Reste à savoir si les prêtres doivent recevoir les décisions sans exameù et ne pas les repousser s'ils les trouvent mauvaises. Or, quel moyen de le nier, à moins de nier que la prêtrise soit un pouvoir de l'Église? Oui, le prêtre doit obéir à l'évêque, le laïque à tous les deux; mais d'une obéissance raisonnable. C'est un précepte de saint Paul : rationabile obsequium vestrum. Qu'est-ce qu'une obéissance raisonnable, que celle qui est fondée sur la raison et par conséquent raisonnée? Suivant Maultrot, les synodes se fondèrent sur la

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