‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 13 sur 209 · Ibid., V · texte numérisé non relu

Ibid., V

la main sur la tète de la victime pendant qu'on Timmolait. Mais c'étaient les prêtres qui faisaient cette immolation , qui offraient le sang de la victime en le versant autour de l'autel, et qui mettaient cette même victime sur l'autel pour y être consumée par le feu. C'était la même chose dans les autres sacrifices, les prêtres faisaient toujours les principales fonctions, et si d'autres personnes s'ingéraient de les faire, ce ne pouvait être que par une usurpation sacrilège, qui attirait sur eux la colère de Dieu, ainsi qu'il a paru en diverses rencontres.

(( Ainsi donc, dans le sacrifice de la religion chrétienne, les fidèles qui sont présents l'offrent conjointement avec le prêtre; mais cependant il y a toujours bien de la différence entre le prêtre et les laïques dans l'oblation de ce sacrifice.. Comme ce sacrifice est extérieur et visible, il faut qu'il s'en fasse une oblation extérieure et visible. Or il n'y a que le prêtre qui puisse l'offrir de cette manière, parce que la puissance de consacrer et d*offrir visiblement le corps et le sang de Jésus-Christ, sous les apparences visibles du pain et du vin, n'appartient qu'à ceux qui l'ont reçue par l'ordination ; et ainsi les fidèles doivent, à la vérité, s*unir de cœur et de volonté avec le prêtre et offrir avec lui, par une oblation intérieure, la même victime qu'il offre extérieurement; mais ils ne peuvent faire par euxmêmes et par leurs propres mains cette oblation exté-

rieure ; il faut que ce soit par le ministère du prêtre, qui, tenant la place de Jésus-Christ, dont il est le ministre visible, doit consacrer cette divine hostie par les paroles que Jésus-Christ a ordonnées, et la présenter au Père étemel par ses mains.

« De sorte que Ton doit distinguer deux oblations différentes dans le sacrifice de la messe : une oblation spirituelle et invisible, commune à tous les membres vivants de l'Église, qui ne font qu'un corps avec Jésus- Christ et offrent invisiblement avec lui le sacrifice de son corps et de son sang; et une oblation extérieure et visible , qui est propre et particulière à ceux qui ont été ordonnés ministres de Jésus- Christ, pour consacrer et oflfrir visiblement sur l'autel le même sacrifice de son corps et de son sang.

« C'est aussi pourquoi l'oji doit distinguer deux sortes de sacerdoce : l'un qui répond à l'oblation intérieure et invisible et qui convient à tous les fidèles qui, étant unis avec Jésus -Christ comme avec leur chef, participent, comme nous avons dit, à son sacerdoce, et ne font qu'un même prêtre avec lui ; l'autre, qui répond à l'oblation extérieure et visible, et qui est particulière à ceux qui ont été établis ministres de Jésus- Christ pour consacrer et offrir visiblement son corps

par la puissance qu'ils ont reçue dans leur ordination.

« Or, ce sont ces deux diflTérentes manières d*offirir

le sacriKce et ces deux différentes sortes de sacerdoce qui font la différence des prêtres d'avec les laïques dans Toblation du sacrifice de la messe. »

L'Observateur veut-il que les laïques oflfrent Jésus- Christ? Alors ils ont un véritable sacerdoce. Les théologiens qu'on vient d'entendre le prouvent invinciblement.

L'Observateur veut-il que les laïques ne fassent que s'offrir eux-mêmes en Jésus- Christ? Dans, ce cas, il contredit l'enseignement de l'Eglise, dont ces mêmes théologiens sont manifestement l'organe.

Allons plus loin. Sans offrir Jésus-Christ, les laïques ne peuvent s'offrir en lui.

« Jésus*-Christ s'étant fait notre victime et rendant tous les jours à Dieu , par l'oblation qu'il lui fait de lui-même au nom de son Église, le plus grand honneur qui puisse jamais lui être rendu, ne nous, a pas déchargés pour cela de Tobligation que nous avons , par la condition de notre nature, de nous offrir nous-mêmes à Dieu et de lui faire un sacrifice de notre corps, de notre âme, de notre vie et de tout ce que nous sommes.

« Au contraire, il n'a institué le sacrifice de son corps et de son sang, sous les symboles du pain et du vin, qu'afm que nous puissions nous acquitter de cette obligation d'une manière qui fût digne de la grandeur de Dieu. Car n'ayant rien en nous qui n'eût été cor-

rompu par le péché, nous ne pouvions pas être par n(Mis-mêmes des victimes agréables à Dieu; et ainsi nous étions dans Timpossibilité de lui rendre le souverain hommage que nous lui devons, comme toutes les autres créatures intelligentes. Mais Jésus -Christ nous a nettoyés dans son sang, et après nous avoir purifiés de l'ordure du péché, il nous a fait ses membres, afin que n'étant plus qu'un même corps avec lui, nous fussions en lui et par lui des hosties dignes d'être présentées devant la majesté de son Père.

« C'est donc pourquoi, quand les fidèles assistent au sacrifice de la messe, la première victime qu'ils doivent offrir au Père éternel , c'est la personne de son Fils , parce que c'est la seule offrande qui soit digne de lui et sans laquelle il ne peut rien recevoir des hommes qui lui soit agréable. Mais ils doivent aussi s'offrir en même temps avec ce Fils, parce qu'étant ses membres, ils doivent s'unir 9vec lui comme avec leur chef dans l'oblation qu'il fait à Dieu de lui-même et de tout le corps de son Eglise.

« C'est en cela , dit saint Augustin , que consiste le sacrifice des chrétiens : nous sommes plusieurs qui ne formons qu'un corps. Hoc est sacrificium christianorum : multi unum corpus sumus in Christo^. Car tous les fidèles n'étant qu'un même corps en Jésus-Christ

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