‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 131 sur 209 · Grégoire, Mémoires, t. Il, p · texte numérisé non relu

Grégoire, Mémoires, t. Il, p

nécessité de réunir la partie du presbytère qui, à l'érection des paroisses, fut éloignée de l'évêque, afin d'aller les régir. La Luzerne combat cette origine et prétend que les synodes furent institués afin que les prêtres vinssent recevoir les instructions de l'évêque ^. La première loi sur ces assemblées, il la trouve de l'année 594.^. Il se demande comment, si c'était un droit chez les prêtres, s'ils jugeaient avec l'évêque, on leur intimerait l'ordre de paraître afin d'être examinés sur la tenue de leurs églises, ainsi que le fait cette loi et celles des siècles suivants jusqu'au xii'? Mais combien de personnes négligent d'exercer leurs droits lorsqu'ils les trouvent onéreux! Voyez les droits civiques, le jury, la garde nationale; n'est-on pas obligé d'attacher des peines à l'omission? Songeons ensuite que cette première loi paraît à la fin du vi* siècle, à l'invasion de la barbarie, où une partie des prêtres, surtout ceux des campagnes, vivaient dans l'ignorance, la grossièreté et l'incurie, et que leurs chefs sont forcés de les mener rudement. Toutefois, ce n'est point par les évêques seuls, c'est par l'assemblée du clergé diocésain, c'està-dire de leurs confrères, que les curés répréhensibles sont passés en revue. Au reste, La Luzerne n'avoue-t-il pas que, là et partout, ils ont le droit d'adresser leurs observations à l'évêque ou de le conseiller?

4 . Droits des évêques, p. 1 464, art. 31 . 2. P. 4456, art. 44.

Quand T Assemblée constituante soumit les évêques à délibérer avec leur conseil, elle ne les obligea point à en suivre l'avis. Les évêques demeuraient libres d'agir comme il leur plairait; mais leur clergé demeurait aussi libre d'obtempérer. Si, dans certains cas, Maultrot impose à révoque le vœu ^e la majorité du conseil, c'est sans doute afin de prévenir un conflit ultérieur. Quoi qu'on fasse, les pouvoirs écartés, comprimés, reparaissent, agissent tôt ou tard. II n'en est pas des pouvoirs divins, et ils le sont tous dans l'Église, puisqu'ils naissent tous des sacrements, comme des pouvoirs terrestres. Un député, un sénateur hors des assemblées politiques, un magistrat hors de son tribunal, un roi même hors certains temps, certaines conditions, ne sont rien. Le laïque est toujours laïque, le prêtre toujours prêtre, l'évêque toujours évêque. Leiirs droits ni ne s'interrompent , ni ne se prescrivent. L'action peut en être suspendue par les conjonctures ; mais c'est le chêne qui phe sous le vent et qui se redresse.

Vainement La Luzerne et ses pareils entassent faits sur faits pour assurer l'omnipotence prélatale. Il n'est pas besoin de les peser un à im, afin de voir si aucune circonstance n'a été omise. Que les évêques aient dominé cent fois, mille fois, cette domination ne prouve qu'elle-même, c'està-dire qu'un désordre dans le gouvernement ecclésiastique ; désordre funeste, et parce qu'il altère l'influence du pouvoir -régénérateur , af-

fectant la foi, la piété, les mœurs des fidèles, et parce qu'il provoque une réaction accompagnée souvent de troubles et de désastres.

L'ordre, la paix, la vigueur et dès lors l'action régulière, efficace do. l'Église sur les peuples, résultent du concours naturel des trois pouvoii's qui la composent. On ne saurait trop rappeler la comparaison avec le corps humain, faite par saint Paul. Qu'un ou plusieurs membres se paralysent, s'affaiblissent, ou même souffrent, le corps entier s'en ressent à proportion. Sa force, sa santé dépendent de la force et de la santé de tous les membres. La prédominance des uns trouble également la vie de tous ^.

Exagérer son pouvoir, c'est atténuer d'autant les autres. Cette exagération forme une déviation. Il arrive que le pouvoir resserré, annulé, lorsqu'il reprend son rôle, s'il ne l'exagère point à son tour, proclame l'état normal. Qui adopta les réformes de l'Assemblée constituante? Qui adhéra à la constitution civile du clergé? Qui annonça la vérité, la justice? Les prêtres, si longtemps réduits au silence el comme au néant. L'épiscopat presque entier, La Luzerne compris, ne sut que conspirer contre l'extirpation des abus, crier à l'hérésie, quand lui seul était hérétique, et les autres, ortho-

4. On lit en marge du manuscrit : a L'inamovibilité nécessaire. Évêques janissaires à l'égard des fidèles, comme les préfets à l'égard des citoyens. » Éd.

doxes. Le clergé assermenté, et ce fut la majorité, le clergé qui portait le poids de la chaleur et du jour, l'autre étant oisif, courtisan, fut l'organe, l'agent véritable de l'Église. La constitution fut le testament sublime de l'Église gallicane. Depuis il n'est resté qu'une garde prétorienne, un parti-prêtre, c'est-à-dire une faction contre-révolutionnaire ou antichrétienne. Aujourd'hui, le second ordre est nul : étrange raison que celle de quelque prélatiste futur, qui en argumenterait en faveur de la nullité permanente du clergé !

La Luzerne, qui nous donne les prétentions de l'épiscopat comme mesure de ses droits, pourquoi n'avouet-il pas aux papes la même chose, lui qui a composé un assez bon livre contre?

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