‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 133 sur 209 · DU PAPE · texte numérisé non relu

DU PAPE

Faut-il accuser les papes ^ ? Sans doute des monstres d'ambition et de vice ont occupé le siège de Pierre. Cependant les pontifes qui commencèrent à exagérer ' leur pouvoir dans l'Eglise, tels que Grégoire P% surnommé le Grand, et ceux qui poussèrent l'exagération au comble et prétendirent à la toute-puissance dans l'État, tels que Grégoire VII, étaient tourmentés de l'amour du bien public, et, dans l'autorité toujours plus grande et enfin sans limite qu'ils affectèrent, ils cherchaient des remèdes à des maux infinis! Comme leur génie égalait la pureté de leurs intentions, qu'ils avaient les lumières de leur époque, est-il possible d'attribuer leurs écarts à un aveuglement particulier? Est-ce Jules ou le concile de Sardique qui, sur la proposition d'Osius, introduisit les appels? Peu importe que le pape fût d'intelligence avec l'évêque de Cordoue. Est-ce Grégoire le Grand qui imagina d'envoyer le pallium à Vigile d'Arles, ou le roi Childebert qui le demanda pour

\ . Le chapitre précédent, qui est visiblement écourté, devait sans doute se terminer par un tableau des usurpations de la papauté sur les autres pouvoirs de rÉglise. • Éd.

CONSÏITITII'S flF. L'ÈGLISK. HOÎ

ce prélat ambitieux? Est-ce Léon X ou François I" qui soQgea le ptejuier au eoncoiilal? Esl-ce liinuceiil XI ou Louis XIV sous le joufî des jiJsuites, qui pr'oposa de condamnera torl et à li'avcrs cent une pensées d'un Urre admiré par lui et justifié par Bosstiet, moyennant quelques légers changements? Est-ce Grégoire XVI ou le gouvernement fran(,ais qui a entrepris de renverser le droit commun en France, en constituant lechapitre de Saint-Denis dans l'indépendance? Sont-ce Etienne et Pie VII qui forcèrent Pépin ot Napoléon de se faire sacrer par eux? Si les |)apes sont coupables, ils ne le sont ni seuls ni les premiers.

Faut-il accuser la papauté? Mais, par elle-mèrae, quelle autorité fut plus libérale, douce, paternelle? Si elle peut tout, ce n'est que par l'assentiment de tout le monde.

La cause de cet envaliiasement, c'est le-monde de la chute, qui a perverti l'Église. Contractant son esprit dominateur et rapace, l'Église a englouti l'État. La papauté, assise dans la capitale de ce monde, laquelle engloutit les peuples, a englouti l'Église. Rome païenne a dû communiquer au pouvoir qui a remplacé les empereurs, la rage de domination et d'avidité qui la possédait. Grégoire VII disait que le papg seul peut déposer et rétablir les évéques ; que, juge de tous, il n'est justicialjle de personne;' qu'à lui seul est réservé le droit de porter les insignes de la dignité impériale; qu'il

peut déposer les empereurs, délier du serment de fidélité les sujets d'un mauvais prince; que, s'il a été canoniquement ordonné, il devient saint par les mérites de saint Pierre.

Les commentateurs intéressés de ces maximes en ont tiré une multitude de conséquences parmi lesquelles un écrivain â recueilli celles-ci : « Le pape est l'évêque des évêques, l'ordinaire des ordinaires, le monarque de tout le troupeau du Seigneur et l'évoque du monde.

(( Il peut ériger de nouveaux évêchés, supprimer ceux qui existent, augmenter l'autorité des autres, et tout ce qui s'est fait à cet égard ne s'est fait que par son autorité.

« Il est le maître absolu de tous les bénéfices; il peut de droit donner des évêques à toutes les églises, conférer toutes les dignités, se les réserver, y donner droit, les vendre même, sans crainte de simonie, parce qu'un maître peut disposer à son gré de sa propriété.

« Il est la source de tout ministère sacré; et l'évêque qui monte sur la chaire épiscopale sans la confirmation de la bulle du pape, est illégitime et sacrilège.

« Le pape peut tout hors le droit, au-dessus du droit et contre le droit, sans que rien excède sa puissance, excepté le péché ^. »

Dans les endroits d'où ces maximes sont extrai-

Page 1