‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 137 sur 209 · De Uaitate Ecoles., art · texte numérisé non relu

De Uaitate Ecoles., art

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la Déclaration de 1682, ou en n'y voyant que des opinions qu'il est loisible de prendre ou de rejeter, et sous prétexte d'amplifier le saint-siége, il l'anéantit avec tout le pouvoir sacerdotal, et tombe dans le déisme. Bossuet parle d'opinion, il est vrai; comment? « Le clergé de France n'a point voulu faire une décision de foi, mais seulement adopter une opinion, qui lui paraissait meilleure et préférable à toute autre; adopter, dis-je, une opinion, et non dresser une profession de foi de l'Église catholique pour y assujettir tous les chrétiens... Il ne croit pas devoir contraindre qui que ce soit, par des menaces d'excommunication et d'anathème, à entrer dans son sentiment^... Il ne donne pas les articles de la Déclaration comme autant de dogmes qu'il faille nécessairement croire, il les propose parce qu'ils lui paraissent certains, conformes à la doctrine commune et ordinaire de l'Église gallicane, utiles à l'Église universelle, et puisés dans les sources anciennes 2, » Sont-ce là des opinions indifférentes? Ecoutez d'ailleurs : « Nos anciens docteurs et principalement Gerson, cet homme si pieux et si savant, n'hésitaient pas à déclarer hérétique toute opinion contraire aux décisions du concile œcuménique de Constance. Car voici le préambule du décret de la cinquième session, dont il s'agit ici : a Ce saint concile de

4 . Déf. de la Dcclar. Disc, prélim.^ art. 6. 2. Ibid. Append. L. I, ch. 1.

« Constance faisant un concile général, légitimement « assemblé dans le Saint-Esprit, ordonne, définit, dé- « cerne et déclare ce qui suit. » Or, on ne peut douter que la matière qui fait l'objet de ce décret, ne concerue l'interprétation du droit divin, jmisqu'on s'y propose de déterminer quelle sorte de puissance Jésus- Christ a donnée à Pierre et à ses successeurs, aussi bien qu'à l'Église et aux couciles ; le saint concile décide queja puissance donnée aux conciles est telle que les successeurs mêmes de Pierre sont obligés de s'y soumettre. Il est donc évident que la matière qui fait l'objet du décret concerne la foi et la doctrine catholique que Dieu a révélée... Cependant le clergé de France, content de déclarer qu'il persiste dans son ancienne doctrine, ne traite point de rebelles et de contumaces les défenseurs de l'opinion contraire; il ne lance point d'ana thème contre eux, et s'abstient même entièrement de les censurer, et il laisse à l'Eglise catholique le jugement définitif de cette grande affaire. A l'exemple de cet illustre clergé, nous ne croyons pas devoir trop approfondir si l'opinion que nos adversaires paraissent avoir embrassée de bonne foi, est erronée ou hérétique. Je dis qu'ils paraissent l'avoir embrassée de bonne foi, car la plupart ne voient pas combien la doctrine du concile de Constance est nécessaire à l'Église dans certains cas. »

La supériorité des évoques sur le pape, le pouvoir

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conféré à eux comme à lui, forme donc, aux yeux de Bossuet, un article de foi. Cependant, comme il a été attaqué par des gens qu'il suppose sincères, le clergé français ne l'impose point sous peine d'hérésie, et laisse à l'Église universelle le soin de terminer le débat. Voilà le sens du mot opinion employé par Bossuet. C'est une chose qui est un dogme pour lui et qu'il n'exige point être cru tel par les autres.

Se relâcherait-il de même sur le dogme de la présence réelle ou sur celui du pouvoir d'absoudre? Non, sans doute. Et pourquoi? Je l'ignore, puisque la seule raison qu'il donne, c'est que le dogme du pouvoir des évêques n'est pas universellement accepté. Quant à moi, il me semble la trouver en ce qu'ici la pratique corrigerait la .théorie. Quelque obséquieux envers le pape, quelque hébétés d'ultramontanisme que fussent les évêques, si le pape décidait un point de foi, ils ne recevraient pas cette décision la main sur les yeux, ils la liraient, l'examineraient, et s'ils la trouvaient défec^ tueuse, ils réclameraient. Dans l'autre cas, l'erreur spéculative affecterait la pratique, et l'une et l'autre seraient renversées. . .

Maistre trouve que « la Révolution française ne ressemble à rien de ce qu'on a vu dans les temps passés ; qu'elle est satanique dans son essence. » Dissolvant la souveraineté de l'État et remontant l'individu à la souveraineté de Dieu, elle anéantit l'ancien monde

social, et comme ce monde social est le seul que l'auteur imagine, la Révolution française abolit sur la terre tout principe de justice et d'ordre. Elle est satanique tout comme le fut, aux yeux des Juifs et des païens inconvertis, la révolution que F Evangile opéra il y a dixhuit siècles et qui abolit également les cultes existants, cultes que leurs sectateurs croyaient seuls possibles.

Avec l'omnipotence papale, les ultramontains judaïsent et paganisent en théorie l'Eglise qu'ont judaïsée et paganisée les événements du monde delà chute, où elle a vécu jusqu'à la Révolution française. Plongés dans ce régime, ils la dégradent afin de l'y naturaliser avec eux. Où les autres déplorent la plus effroyable corruption de la discipline, eux en célèbrent les progrès et l'accomplissement. Ils entendent qu'on bénisse cet arbitraire universel des papes, à cause de leurs œuvres. Ils parlent de leurs efforts pour évangéliser les barbares, pour affranchir les serfs chrétiens, pour sauver les peuples de l'oppression et les princes des révoltes, pour maintenir les mariages de ceux-ci, toujours prêts à les rompre, pour arrêter l'incontinence des clercs et la simonie, pour empêcher l'autorité séculière d'asservir le sacerdoce, enfin pour défendre la liberté de l'Italie. On se demande d'abord si le pouvoir réel des papes, celui que tous les catholiques leur avouent, n'aurait pas suffi. .

Il avait suffi pour porter la foi en Afrique, où le

christianisme florissait déjà au ii* siècle, et pour le répandre de plus en plus au m'' dans les Gaules, qui l'avaient primitivement reçu de l'Asie. Quoique les évoques de Rome commençassent d'exorbiter leur autorité, leur en fallut-il une extraordinaire pour envoyer, dans le vn% le moine Augustin prêcher l'Évangile en Angleterre, et dans le viii% Bon iface en Allemagne? D'ailleurs, le débordement de pouvoir n'était encore qu'une prétention, souvent et énergiquement repoussée. Il ne devint effectif que par les fausses décrétâtes qui autorisèrent les prétentions. Fallut-il à Alexandre III la toute-puissance pour déclarer, en 1167, au nom du concile, que tous les chrétiens doivent être exempts de servitude ?

Non-seulement le pouvoir propre aurait suffi aux papes pour opérer les merveilles qu'on attribue au pouvoir extraordinaire qu'ils déployèrent, mais il aurait réussi, tandis que l'autre n'a presque jamais fait qu'aggraver le mal, et rendre les papes les démiurges du désordre et non pas de la civilisation. Tous les écrivains du moyen âge qui se sont élevés contre les désordres de l'Église, en ont vu la cause dans l'exorbitation de la papauté ; c'est qu'elle n'est que le bouleversement radical du régime ecclésiastique, bouleversement qui, loin de combattre le bouleversement des choses, l'a consommé * . . .

4 . ic\ se place, dans le manuscrit, quelques-unes des citations

320 DÉFENSE DES POITVOIRS **

Voilà l'effet de cette omnipotence, dans laquelle des sophistes veulent nous faire admirer la protection de la justice, de la vertu, la réparation de Tordre. En se pré-

tendant la mère et la maîtresse des Eglises, Rome est devenue la mère et la maîtresse de leur malheur. Vous dites qu'elle a combattu la simonie : elle l'a organisée, l'a propagée, elle s'est faite la grande simoniaque. Déjà Alcuin dénonçait le mal à Gharlemagne^. Elle a si bien corrigé l'incontinence du clergé, qu'elle en est donnée comme le modèle ; si bien procuré la p«x, qu'elle a tout troublé, ensanglanté ^. Maistre est risiblesur la modération des papes, qui n'ont pas songé à augmenter leurs États; comme s'ils avaient pu administrer immédiatement le monde entier. Il leur fallait l'argent, et que n'ont-ils pas inventé pour en tirer de partout? C'est l'omnipotence papale qui enfanta le protestantisme, et qui réduisit l'Église au dernier terme de la dégradation.

Mais quoi ! les papes ne furent-Us, au moyen âge, que les fléaux du genre humain ? Ici, comme dans toutes les grandes crises, le bien sortit du mal. Rappelons-nous que l'Église avait à dissoudre la vieille société, afin de lui soustraire l'homme et de le remonter,

contre les désordres de la cour romaine, qu'on peut lire, Pouvoirs constit,, 1. IV, ch. ii.

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