IDÉE GÉKÉBALE DE LA DÉCADENCE DE L EGLISE
Si l'on considère l'Église depuis son origine jusqu'à nos jours, on voit qu'à peine établie elle commence à décliner comme pourrait le faire une institution humaine. D'abord travaillée par les hérésies, elle les
i. Je publie ces pages, seuls vestiges du plus impurUnt ouvrage, guna chercber ii y introduire des âuiicli visions que leur état iuforme ne comporte pas. La suite mCme des morueauï n'est point marquée dans ie man se A pa quelques parties à peu près ébaucliÊes, ce sont de mp no h s les moindres indic.alitms d'un auteur qui avait s p o demen dié son sujol, renferment de grandes lamières el de en é e précieueemenl recueillies. Ëe.
rejette, mais elles lui emportent des âmes. On peut suivre son dépérissement dans le gouvernement, le culte, la morale. L'Église est si robuste cependant, qu'il fallait une institution pour la faire dépérir, comme un comité de ruine.
Si elle se trouve agonisante, c'est qu'elle a été frappée dans ce qui fait sa vigueur, que son principe de vie a été atteint.
Or, quel est ce principe, sinon la grâce, action intérieure de Dieu dans les âmes pour les guérir de la chute et les relever intérieurement à lui?
Tout bien vient de la grâce, de la connaissance et de l'amour de Dieu ; tout bien se termina à la grâce...
Plusieurs fois j'ai montré que l'Église s'est dénaturée sous Constantin en devenant loi de l'État, et qu'elle a contracté une décadence générale et irrésistible. Je vais exposer cette décadence dans la grâce, où je n'ai pour ainsi dire fait que l'indiquer.
Quand l'État commande, il doit pouvoir se faire obéir; autrement son ordre serait vain, et lui, ridicule. Comme il n'a prise que sur les choses qui tombent sous les sens, s'il prescrit la religion, il faut qu'elle soit tout extérieure, ou qu'il la traite comme si elle l'était, et par là qu'il la travaille, qu'il la change et qu'il Textériore. Telle est l'opération à laquelle le christianisme est soumis depuis quinze cents anç et d'où
DANS LA GRAG£. 331
est sorti rultramontanisme, qui Bûainienant domine l'Église.
Il est évident que ce christianisme extérieur annule la grâce, qui est Taction de Dieu dans Tâme^ pour lui faire accomplir l'Évangile.
Au iv*" siècle , les pélagiens nièrent la grâce chrétienne. Mais ce fut par l'embarras de la concilier avec la liberté. Le pervertissement dont nous parlons n'y contribua en rien. Il né faisait encore que germer. Pour rencontrer son influence à cet égard, il faut attendre qu'il soit développé, et arriver au moyen âge. Vers le XII® siècle, on voit s'altérer les idées sur la création de l'homme, sur la chute originelle, sur le sort des enfants morts sans être baptisés, et par conséquent, sur la grâce. Abailard enseigne qu'elle n'est point nécessaire pour vouloir et faire le bien, que le libre arbitre suffît^.
Cependant le christianisme extérieur prévalait de plus en plus dans la vie, ramenant le judaïsme et même le polythéisme par le culte des saints, regardés comme des divinités, et par l'adoration de leurs images.
A mesure que les lumières renaissent, ces désordres frappent les esprits, et enfin les révoltent. Ils suscitent le protestantisme, qui non-seulement les détruit et avec eux la partie extérieure du christianisme, mais ruine
i. Fleury, I. LXVni, art. 6t.
la liberté et pose la grâce seule. Par contre-coup, le jésuitisme relève la liberté et lui donne la prééminence. Foras petagiani, à la porte les pélagiens, dit-on aux jésuites au concile de Trente^. Molina, Suarez, Sfondrate systématisent le nouveau pélagianisme.
Baïus et Jansénius essayent de rétablir la doctrine des Pères, surtout de saint Augustin, redressent l'enseignement des scolastiques touchant la création, la chute et ce qui en résulte.
Cependant le molinisme l'emporte, et la bulle Unigenitus le consacre.
La vraie doctrine toujours existe : au moyen âge, Hugues de Saint -Victor; le concile de Trente; le XVII® siècle, Bossuet. Aujourd'hui, elle a presque disparu.
La doctrine de la grâce s'établit par l'Écriture et par la philosophie...
* SUR LE MÊME SUJET
En passant loi de l'État, le christianisme se fit tout extérieur comme le judaïsme. Naturellement il dut dégénérer en cérémonies, l'homme perdre la vue intérieure de soi, oublier qu'il naît coupable et dégradé, croire qu'il lui est aussi facile de se relever que de tomber, n'expier ses fautes que de les commettre, s'ima-