‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 149 sur 209 · Agier, p · texte numérisé non relu

Agier, p

là, ayant avancé diverses erreurs contre l'existence du libre arbitre, le mérite et la nature des bonnes œuvres, il se trouva des écrivains qui, par un abus très-ordinaire aux controversistes, et sous prétexte de mieux défendre la cause de l'Église, donnèrent dans une extrémité opposée. Ils adoptèrent des opinions semipélagiennes ou pélagiennes, à peu près comme les ariens, qui, pour s'éloigner davantage des sabelliens, lesquels n'admettaient en Dieu qu'une personne, niaient que le Verbe fût égal au Père et un même Dieu avec lui; et comme les eutychiens, qui ne voulaient reconnaître qu'une nature en Jésus-Christ, sous prétexte de mieux combattre les nestoriens, qui distinguaient en lui deux personnes. C'est ce que dédare le cardinal Contarénus dans son livre de la Prédestination. « Il s'est élevé, dit-il, des théologiens qui se « donnent pour ennemis des luthériens et défenseurs « de la foi catholique. En voulant établir le libre arec bitre, ils sortent des justes bornes; ils relèvent in- « sensiblement l'homme et dépriment la grâce de « Dieu. De catholiques ils deviennent pélagiens, et « ils empêchent qu'un point de la religion chrétienne, « qui est capital et comme la racine d'où le reste sort, « ne s'étende et ne porte des fruits. » Contarénus est mort dès 1542, la société des jésuites venant à peine de naître, en sorte que ce n'est pas à eux que s'appliquent les reproches du cardinal, mais à d'autres

écrivains qui les avaient précédés, quoique ensuite ils aient marché sur leurs traces et aient bien enchéri sur eux.

a Remarquez la qualification donnée par Contarénus aux vérités de la grâce, caput et radix, la* tête et la racine. Quiconque saura le rang qu'elles tiennent parmi les vérités, ne désavouera pas le mot de Contarénus, et il sentira tout le danger des atteintes qui leur sont portées.

« En général, sur tous les points controversés , x)n donna dans des excès opposés à ceux des hérétiques : sur la nature et la stabilité de la justice, sur la confiance, sur la lecture de l'Ecriture sainte, sur la vertu et l'ufltge des sacrements, sur le cas qu'on doit faire de l'extérieur de la religion , sur les indulgences , sur l'obéissance due aux pasteurs, c'est-à-dire sur les points les plus essentiels et les plus fondamentaux de la doctrine de l'Église ^.

« Ce qui fait le principal mérite des jésuites est l'union et l'accord parfaits qu'ils ont su mettre dans ce système, composé de différentes pièces,, où tout est mis à sa place, tout est lié, tout se répond, la doctrine à la morale, la morale à la doctrine, les diverses parties les unes aux autres; et où, en dernier résultât, tout est subordonné à la politique 2. »

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