Exposii., p
Luther doutait du salut de saint Thomas^.
ÉcoutOQS Bradwardin , surnommé le docteur profond, et mort archevêque de Cantorbéry en 1348 :
« Grand Dieu , je ne puis penser au triste état de votre Église, ni vous le représenter, sans avoir le cœur percé de douleur. Autrefois, huit cent cinquante prophètes de Baal et quelques autres qui leur ressemblaient, suivis d'une multitude innombrable de peuple qui leur était attachée, s'élevèrent contre le prophète de Dieu , qui se trouvait seul ; de même. Seigneur, combien y a-t-il aujourd'hui de personnes qui se joignent à Pelage et combattent avec lui contre votre grâce gratuite et contre le grand Paul, qui en a été un si puissant et si généreux défenseur î Combien y a-t-il de personnes aujourd'hui qui font un mépris injurieux de cette grâce qui vient de votre miséricorde et non de nos méri4es , et qui soutiennent opiniâtrénacrfit la cause du libre arbitre, comme s'il avait assezJ de forée de lui-même pour se retirer de l'abîme d'infirmité et de servitude où il est précipité ! Si ces personnes l'appellent une grâce et si elles semblent reconnaître qu'elle est nécessaire, ce n'est. Seigneur, que par' mairière d'acquit; et elles se vantent de la pouvoir mériter pa? les efforts de leur propre volonté, comme si vous vendiez ce don céleste, au lieu de le donner gratuitement.
i . Prœf. adv. Latora., op. t. H, p. 247. Bossuet, Hist. des Variât. 1. m, n"50.
« Combien, Seigneur, y en a-t-il encore qui élèvent la puissance de leur libre arbitre jusqu'à ne vouloir pas se soumettre à l'empire de votre grâce! Ou s'ils confessent de bouche que vous agissez avec eux dans les bonnes œuvres, ils ne veulent pas néanmoins qi»e vous régniez sur eux, imitant en cela l'orgueil des anges rebelles. Que dis-je. Seigneur? Ils sont plus orgueilleux que Lucifer, et ils ne se contentent pas de s'égaler à vous et de partager avec vous la gloire de leur salut, ô Roi des rois, Dominateur souverain des souverains ! Ils ont encore l'insolence de vouloir régner sur vous, c'est-à-dire de vouloir dominer votre grâce et d'avoir l'empire sur elle; car ils osent bien soutenir que, dans les actions ordinaires, leur vofonté précède comme la maîtresse et que la vôtre suit comme la servante; qu'ils marchent devant vous comme s'ils étaient les seigneurs, et que vous les suivez comme si vous étiez leur serviteur ; qu'ils commandent comme des rois , et que vous leur obéissez comme leur sujet.
« Mais, Seigneur et mon Dieu, je ne puis penser sans gémir au nombre de ceux qui favorisent les pélagiens et qui mettent tout en usage pour justifier ces ennemis de votre grâce , que votre Église a condamnés et retranchés de sa communion comme des rebelles, il y a si longtemps. Combien se trouve-t-il encore aujourd'hui de présomptueux qui se font les défenseurs et les avQcats de ces anciens hérétiques, et qui parlent pour
eux ! Combien s'en trouve-t-il qui s'en établissent lerj procureurs, et qui se chargent de soutenir leur cause , toute insoutenable qu'elle est !
« Enfin , Seigneur, combien y a-t-il de gens qui , faute de moyens solides, emploient les déclamations les plus horribles , les injures les plus atroces , les impostures les plus fausses, les calomnies les plus noires et les moqueries les plus insolentes et les plus injurieuses, pour affaiblir et pour abattre le parti de votre grâce , qui est le vôtre, et pour élever celui des pélagiens ! Qui pourrait dire le grand nombre de ceux qui suivent la doctrine de ces hérétiques et qui la protègent?
« Levez-vous, Seigneur, et prenez vous-même la défense de votre cause. Soutenez, protégez, fortifiez et consolez ceux à qui vous avez donné le courage de l'embrasser et de la défendre *. »
En 1317, la faculté de théologie de Paris condamnait les trois propositions suivantes de Jean .Mercure, de l'ordre de Cîteaux :
« Que Dieu a prédestiné quelqu'un de toute éternité en considération des bonnes œuvres^ qu'il devait faire.
« Que quelqu'un est prédestiné de toute éternité
1. Levez-vous, Seigneur, jugez vous-m^me voire propre cause... N'oubliez pas les blasphèmes des ennomis de votre sainte vérité : rinsolence de ceux qui s'élèvent contre vous va toujours croissant. Ps. LXXIII, 22, 23. — Traduct. de Hugot, fin de l'Instruction sur •la grâce.
pour le bon usage que Dieu a prévu qu'il ferait du libre arbitre.
« Que Dieu n'a pas si gratuitement et si miséricordieusement prédestiné celui qu'il a prédestiné, que ce ne soit aussi pour toutes les bonnes œuvres qu'il fera ou pour celles d' autrui ^. »
Luther et Mélanchton disaient vrai; mais ce n'était point l'enseignement de l'Église 2,
L'erreur sur le libre arbitre remonte bien plus haut que le protestantisme. On sait qu'une des assertions d'Abailard (1139) , c'est que « nous pouvons vouloir et faire le bien sans le secours de la e:râce. »
Mais ce fut en opposition au protestantisme que le mal se développa; et ce furent particulièrement les jésuites qui le réduisirent en système.
Le principe est la distinction originelle du naturel et du surnaturel, d'où, comme conséquence, la possibilité de l'état de pure nature. L'abbé d'Etemare, dans une lettre imprimée en tête du 3® volume du Catéchisme historique et dogmatique sur la bulle Unigenitus, en rapporte l'origine, d'après Brucker, au philosophe arabe Tophaïl.
Luther déclarait que ce qui regarde le libre arbitre est le point capital de sa doctrine, le fondement de son système. Il complimentait Érasme de ce que lui seul