Ihid., 1. ni, ch. XII, n
immuablement mauvais? Ainsi la bonne volonté de Dieu se sera brisée contre Tessence des choses; on ne saurait lui reprocher le désordre qui règne dans son œuvre, puisque c'est malgré lui qu'il s'y trouve. Que dis-je? il mérite d'être gloriBé de ce qu'il nous a faits tels quels. Les corps ont des propriétés admirables. Combien le sont davantage l'intelligence et la liberté ! Avec elles l'âme est capable de posséder le souverain bien , et Dieu l'aide à s'v élever et s'établir dans la vie éternellement heureuse ^.
Évidemment saint Augustin se place dans une hypothèse impossible. 11 ne croit point, comme les manichéens , que le corps soit essentiellement mauvais, ni pour lorsque l'âme en s'y unissant devienne perverse. Or, si rien n'a forcé Dieu à créer l'homme vicieux, Dieu , qui est la sagesse, la bonté souveraines , a dû créer l'homme semblable à lui.
Ne pose-t-il pas en principe, contre les pélagiens, que nul ne peut être malheureux s'il n'est coupable, neque entra sub Deo justo miser esse quisquam, nisi mereatur, potest 2 ?
Toumely et Montagne prétendent qu'il s'agit uniquement de l'homme connu par la Bible. Cet homme fut
\ . Libre Arbitre, I. III, ch. xxii.
2. Op. imperf. L. I, n° 39. — Voir les citations de rAnti-Tournely, t. I, p. 447, et la table alphabétique du t. II de la trad. du livre contre Julien.
créé juste et heureuK, avec la menace de perdre le bonheur s'il perdait la justice, par conséquent avec l'assurance de garder la félicité s'il demeurait juste. Ainsi la misère où il est, atteste qu'il n'a plus l'innocence. Mais s'il avait été créé dans l'état de pure nature, ces maux qui sont une punition, lui seraient naturels. Tournely et Montagne affirment que saint Augustin croyait la pure nature possible, et ils allèguent les paroles que nous avons examinées. Mais nous avons montré qu'aux yeux de saint Augustin elles renferment une supposition impossible. Est- il concevable que les souffrances infligées à l'homme dans le premier cas comme châtiment, il les éprouvât dans le second, quoique innocent? Néanmoins elles semblent pour les adultes comme un exercice de la vertu.
Mais on voit que saint Augustin reste intraitable à l'égard des enfants ; ce qui suffit pour prouver invinciblement qu'il repousse l'état de pure nature.
« Certainement, sous un Dieu juste et tout-puissant, tous ces maux ne se feraient point sentir aux enfants, qui sont l'image de Dieu, s'il n'y avait aucun péché de leurs pères qui eût passé jusqu'à eux, d'autant mieux que l'enfance ne leur permet pas de faire de ces maux un exercice pour la vertu *. »>