‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 170 sur 209 · Lettre · texte numérisé non relu

Lettre

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même 9 lorsqu'ils sont prévenus par la mort avant que la grâce de Jésus-Christ les en ait délivrés par le sacrement qu'on leur donne pour cet effet aussi bien qu'aux autres...

« Il y a déjà longtemps que dans un ouvrage que j'ai fait du Libre arbitre, et qui est devenu fort commun, j'ai touché quatre différentes opinions sur l'origine de l'âme et sur ce qui fait qu'elle se trouve engagée dans le corps : savoir, si Tâme d'Adam est le principe des autres et si elles en sortent par voie de propagation ; ou si chaque âme se crée journellement à mesure qu'il vient des hommes au monde ; ou si étant toutes créées de longue main , et comme en réserve quelque part, Dieu les envoie dans les corps ; ou enfin si elles s'y jettent d'elles-mêmes... Je voudrais que vous m'apprissiez à laquelle de ces quatre opinions il faut se ranger. Mais quelle qu'elle soit, toujours faut-il qu'elle n'ait rien de contraire à cet article inébranlable de notre foi, que toutes les âmes, c'està-dire aussi bien celle des enfants que les autres, ont besoin d'être délivrées des liens du péché, ce qui ne se fait que par Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié...

« Votre sentiment est que les âmes se créent journellement à mesure qu'il vient des enfants au monde... Apprenez-moi, je vous prie, où les âmes de ces enfants ont péché , et par où elles se trouvent coupables du péché d'Adam, de qui dérive' la chair, en sorte que

pour être délivrées de ce péché, elles aient besoin du sacrement de Jésus-Christ. Que si elles n'ont point péché, apprenez-moi comment la justice du Créateur leur peut imputer un péché étranger, pour cela seul qu'elles se trouvent liées à une chair qui descend de celui qui l'a commis, et le leur imputer si bien, qu'à moins qu'elles ne soient secourues par l'Eglise, elles tombent dans la damnation, quoiqu'il ne dépende point d'elles de se procurer le remède du baptême. Par quelle justice, encore une fois, Dieu peut7il damner les âmes de tant de milliers d'enfants morts avant l'âge de raison et sans avoir reçu la grâce du sacrement qui nous fait chrétiens, s'il est vrai qu'elles n'aient été créées que sur le point d'être envoyées chacune dans le corps qui lui était destiné, et que ce ne soit en punition d'aucun péché précèdent qu'elles y soient envoyées par la volonté du Créateur, qui savait fort bien que ce ne serait point par leur faute qu'elles sortiraient du corps sans avoir reçu le baptême?

'( Comme donc nous ne saurions dire, ni que Dieu jette les âmes par force dans le péché, ni qu'il punisse ce qui est innocent, et que d'ailleurs la foi ne nous permet pas de douter que les âmes des enfants même qui sortent de cette vie sans baptême, ne tombent dans la damnation, dites-moi donc par où se peut soutenir cette opinion qui prétend que les âmes ne viennent point de celle d'Adam et qu'elles sont toutes créées

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de nouveau pour chacun, comme celle du prenûer homme le fut pour lui. »

Quand donc, développant cette hypothèse dans le Libre arbitre, il dit : « S|^il y a quelque âme qui nonseulement avant son péché, mais avant toute sa vie présente ait été ce qu'une autre est devenue après une vie criminelle, elle ne laisse pas d'être redevable à son Créateur d'un bien considérable dont elle doit lui rendre grâces , puisque à sa naissance et dès son commencement, elle est toujours meilleure que le corps le plus parfait. Car ce n'est pas un médiocre bien, nonseulement de ce qu'elle est une âme qui par sa nature surpasse tout corps, mais aussi de ce qu'elle peut, avec le secours du Créateur, se perfectionner, et par de saints désirs acquérir toutes les vertus, qui la délivrent des ignorances qui l'aveuglent et des faiblesses qui l'accablent. Que s'il en est ainsi, l'ignorance et la faiblesse ne seront plus pour les âmes qui viennent en ce monde le supplice du péché, mais un avertissement d'aspirer à un état plus élevé et le commencement de leur perfection. Ce n'est pas peu d'avoir, avant tout mérite d'aucune bonne œuvre, reçu un discernement naturel par lequel on préfère la sagesse à l'erreur et le repos à la peine, pour y parvenir, sinon dès sa naissance, du moins par ses désirs et ses efforts^. » Dans

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