‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 175 sur 209 · Poitiers, t. I, p · texte numérisé non relu

Poitiers, t. I, p

Ainiî, de même que, suivant les deux premiers systèmes , l'homme est incapable d'entrer naturellement en société avec Dieu, et que Dieu ne pourrait l'en rendre naturellement capable ; de même, suivant le dernier, il y entre naturellement, et Dieu ne saurait l'en rendre naturellement incapable.

Examinons lequel de ces trois systèmes est le véritable. Les idées sont-elles des propriétés de l'esprit et la sensation ne fait-elle que provoquer l'esprit à les percevoir, c'est-à-dire à se percevoir lui-même ; ou bien l'esprit les tire-t-il de la sensation ?

Par exemple, avons-nous l'idée de l'être, parce que, nous repliant sur nous, nous trouvons que nous existons, et que cette idée est notre existence même ; ou l'avons-nous, parce qu'avec nos yeux nous voyons telle ou telle chose ?

Avons-nous l'idée de l'unité, parce que, nous repliant également sur nous, nous trouvons que nous sommes une seule substance, et que l'idée de l'unité est cette substance même considérée comme seule ; ou l'avons-nous, parce qu'avec nos yeux nous voyons un homme, un arbre ?

Avons-nous l'idée du nombre, parce que, nous repliant encore sur nous, nous trouvons que nous sommes un entendement, que nous sommes une volonté, que nous entendons, que nous voulons tantôt une chose, tantôt une autre, et que l'idée du nombre est nous-

mêmes pris sous divers aspects ; ou ravoDs-noud^ parce qu'avec nos yeux pous voyons plusi^r^ hopmes, plusieurs arbres ?

Si nous devons aux yeux ou à un autre sens quelconque les idées d'être, d'uoité, de nombre» ces idées se réduisent à l'impression des objets sur nos organes, et n'ont point d'autre réalité qu'une sensation fugitive. Alors la pensée n'en a pas davaqtag^. Ppuser, c'est concevoir et juger qu'une chose est ou n'est pas, qu'elle est d'une certaine manière et nop pa$ d'une autre, qu'il n'y en a qu'une ou qu'il y en a plusieurs. x4néan- Jir donc les idées d'être, d'unité, de nombre, c'est anéantir la conception, le juge^qent et }a p^Qsée.

Supposons que les idées soient des propriétés de l'esprit, mais qu'elles ne relèvent point d'idées [dus hautes subsistant en Dieu. Comme celles renferment les vérités nécessaires, étemelles, il fayt que ces idées, que notre esprit, que noys soyons nécessaires, éternels, ou qu'il n'y ait point de vérités nécessaires, éternelles; qu'il ne soit poiqt nécessaire, éteraellement vrai, que le tout est plus grqpd que la partie ; qu'on doit préférer un bien supérieur à un bien ififérieur; que deux plu^ deux égalent quatre; 4|ue les trois angles d'un friangle valent deux angles droits : il faut qu'il puisse arriver que la partie soit plus grande que le tout; que le bien inférieur 4oive être préféré au bien supérieur; que dei)x et deux égalât .ciqq; que le^ troi$

aogles d'un triangle vaillent trois angles droits : il faut qu'il ^e soit point nécessaire que Dieu existe, il faut qu'il ait pu ne pas exister, et qu'il puisse perdre l'existence. Ainsi, pas de milieu : ou nous sommes coéternels à Dieu, ou il n'y a point de Dieu, car si Dieu peut exister ou n'exister pas, il n'existe point.

Admettons que les idées qui constituent les intelligences créées, s'unissent à celles qui constituent l'intel* ligence incréée. Alors l'homme voit les vérités éternelles, non-seulement en lui, mais surtout en Dieu, en qui elles subsistent dans toute leur réalité.

II est clair que le dernier système est le seul qui se ferme à l'erreur, et qui, par conséquent, soit fondé. Voilà donc le purnaturisme ruiné dans son principe. Il soutient que la vue intuitive de Dieu surpasse la puis-r sance naturelle des entendements créés. Or il est de l'essence de tout entendement de connaître Dieu inté-r rieurement, directement, c'est-à-dire intuitivement, et on le détruit si on l'abaisse à en avoir seulement une connaissance abstractive^ par la considération des créatures. Il n'est capable de celle-ci que parce qu'il est capable de l'autre. La connaissance abstractive porte sur ce que tout ce qui a commencé, doit avoir une cause, et sur ce que cette vérité est nécessaire, ét,ernelle ; mais elle cesse de l'être, et elle n'est rien, si nos idées ne communiquent point avec les idées divines. Quand pour passer de l'abstraction à l'intui-

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tioD les purnaturistes veulent ùd secours surnaturel, ils supposent faussement qu'on pourrait atteindre à la première sans pouvoir atteindre à la seconde, ne comprenant pas qu'entre la sensation, connaissance de la brute, et la contemplation intérieure de Dieu, il n'existe point de milieu, et que le secours dont ils parlent se trouve sans emploi, puisque la vision abstractive, à laquelle ils prétendent l'appliquer afin de l'élever à la vision intuitive, est impossible toute seule.

Pendant qu'ils mettent le surnaturel où il ne peut pas être, ils n'aperçoivent point que leurs adversaires le placent où il faut qu'il soit. Par elles-mêmes les idées divines contiennent la vérité, mais les idées humaines ne pouvant la contenir qu'avec les idées divines, il en résulte que Dieu a infiniment plus de part que nous dans le penser et dans le vouloir. Or, puisque les purnaturistes appellent surnaturel ce qui vient de lui, cette part n'est -elle pas surnaturelle et formant le secours qu'ils demandent pour que nous soyons capables de voir Dieu immédiatement?

A la vérité, eux imaginant que nous pensons et avons certaines lumières sans Dieu , et ne réclamant son concours que pour des lumières plus hautes et inaccessibles à notre intelligence, ils nomment assez justement ce concours surnaturel, tandis que les vrais naturistes, niant la possibilité d'avoir la moindre pensée sans Dieu , l'appellent non moins justement

naturel , puisqu'il fait partie du cours de la nalure. « Saint Augustin, ditGennes^, veut que nous considérions les esprils dans le fond de leur substance , ayant précisément ce qu'il faut pour être hors du néant, avant de les considérer dans les différentes propriétés qui en font la beauté et la perfection. II réunit sous le même point de vue les deux substances que nous connaissons dans le monde, la spirituelle et la corporelle. Il se représente d'abord l'une et l'autre sans aucune forme, sans arrangement et sans action. Ce n'était jusque là, difr-iP, que ce chaos et cet abîme ténébreux dont parle r Ecriture, sur lequel la lumière n'était pas encore répandue; c'étaient des matériaux informes, que le divin architecte avait rassemblés et qu'il devait mettre en œuvre pour composer cet édifice admirable, auquel la divine sagesse a présidé. Gomme la substance corporelle , sans ordre et sans mouvement dans ses parties, ne faisait qu'une masse confuse où l'on ne pouvait distinguer aucun de ces corps qui font l'ornement de l'univers, de même les substances spirituelles, n'étant pas éclairées d'en haut, restaient dans l'inaction ; les différents ressorts de leurs facultés n'étaient point encore en jeu, et parce que leur intelligence n'apercevait aucun objet distinct, leur volonté ne se portait vers aucun bien particulier. Mais Dieu ayant dit :

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