‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 176 sur 209 · ConfeRs. L. XII. — Voir la note de Dubois sur le ch. xx · texte numérisé non relu

ConfeRs. L. XII. — Voir la note de Dubois sur le ch. xx

Que la lumièfe doit faite, la matière prit une forme par rarraBgemeDt de ses parties ; le &rmdment fut étendu sur la terre , qui en reçut les i«fluetices par la clarté des astres. De la même nfmnière les esprits, frappés d'une lumière céleste, sortirent de leur assoupissement, commencèrent à connaître lëut auteur , et furent en état de tourner leur volonté veris celui qui leur alvait imprimé son image et sa ressemblance. Il n'est pâfs probable que saint Aiigustin ait cru que, dans la créa-^ tiori de Tùnivers^ Tétat informe des esprits afît réelle^ ment précédé dé quelques instants leur illumination. Ce n'est qu'une pure attraction de l'esprit, qui èef repré-* sente les substances sfArituelles simplement comme créées et recevant leur existence, avant que de lés repréëeritei* comme recevant les rayons de la lumière éternelle qui doit donner le branle à lettrs fèfcu^lés. »

Gennes donne le nom d'état naturel à celui où^ par l'impression de cette lumîèi^, Jès intélKgenees connaissent et aiment Dieu. Néanmoins il peroiet de corifcevo?jp une nature pure.

«c Cette partie de saint Augustin ,« âjdute^t-il^ peut même vous foui'nir le moyen d'admettre 4n état* cfe pure nature , sans vous écarter de sa doctrine ni choquer la raison. Il vous est libre de réaliser la spéculation du saint docteur et dé supposer qu'en effet Um créa les anges et l'âme du premier homme dans cet état informe dodt nous venons de parier, état à pra pi^

semblable à celui dans lequel tombe notre âme pendant un sommeil profond, ou à celui dans lequel nous nous représentons Tâme d'un enFant pendant presque tout le temps qu'il est renfé^Iné dans le sein de sa mère. Vous pouvez appeler la situation des esprits, dans cette espèce de sommeil , un état de pare nature, puisqu'on eflet ils n'auraient précisément que le degiré d'être nécessaire pour exister sans aucune modification particulière. Je ne vois pas grand inconvénient à tout , pourvu que vous avouiez que cet état d'inaction nef pouvait être de durée, et qu'il n'est pas croyable qu'un Dieu souverainement sage fasse des substances capfit- Wes' dé connaître et d'aimer, pour les laisser totijoursf sans aucune coûnaissancte distincte ni aucun désii* téfléchi. »

Ce purdâturisme difièré radicaleitierit de celui que nous combattons. Dans celui-ci , l'impuissance de s'é-' lever h Dieu tient au fond toême des êtres iilieHigents ; dans l'autre, elle n'est qu'un accident; c'est que Dieu n'a pas encore agi sur eux pour les aider à penser ef vouloir.

Bossuet paraît suivre éaint Augustiti fet èè rencon-* trer avec Gennes : « Faisons l^ homme à notre image et ressemblance : à ces mots , l'image de la trinité corn-* mence à paraître. Elle reluit magnifiquement dans la créature raisonnable ; semblable au Père, elle a l'être ; semblable au Fils, elle a l'intelligence; semblable au

Saint-Esprit , elle a dans son être , dans son intelligence, dans son amour, une même félicité et une même vie. Vous ne sauriez lui en rien ôter, sans lui ôter le tout. Heureuse créature et parfaitement semblable, si elle s'occupe uniquement de lui. Alors, parfaite dans son être , dans son intelligence , dans son amour, elle entend tout ce qu'elle est , elle aime tout ce qu'elle entend ; son être et ses opérations sont inséparables ; Dieu devient la perfection de son être , la nourriture immortelle de son intelligence et la vie de son amour. Elle ne dit, comme Dieu, qu'une parole qui comprend toute sa sagesse ; comme Dieu , elle ne produit qu'un seul amour qui embrasse tout son bien; et tout cela ne meurt point en elle. La grâce survient sur ce fond et relève la nature *... En disant : Faisons l'homme à notre im^ge et ressemblance. Dieu exprime toutes les beautés de la nature raisonnable, et à la fois toutes les richesses qu'il lui a données par sa grâce , entendement, volonté, droiture, innocence, claire connaissance de Dieu, amour infus de ce premier être 2. » La grâce venant sur ce fond et relevant la nature ; r homme fait à l'imxige et ressemblance de Dieu eoopri-mant toutes les beautés de la nature, et à la fois toutes les richesses qu'il lui a données par sa grâce, est la même chose que chez Gennes, les esprits frappés d'une

4. Élévations sur les Mystères, 4« setn., Élév. 7. %. Ibid.^ S** sein.

lumière céleste^ les substances spirituelles éclairées des rayons de la lumière étemelle.

Chez Bossuel, entendement, volonté, créature raison-nable, dont l'intelligence peut se nourrir de Dieu et Vamour vivre de lui, revient, sans doute, à la nature pure que Gennes prend de saint Augustin.

Je dis, dont l'intelligence peut se nourrir, et non pas se nourrit, dont l'amour joeî^^ vivre, et non pas vit, quoique Bossuet dise que Dieu est la nourriture de l'intelligence et la vie de l'amour, ce qui semble marquer que l'intelligence et l'amour de l'homme se nourrissent et vivent actuellement de Dieu ; car alors on ne voit pas ce que la grâce, qu'il fait survenir sur ce fond, aurait à y faire. Par grâce, il entend, je présume, ce qu'il nomme droiture, innocence, claire connaissance de Dieu , amour in fus de ce premier être ; or, tout cela ne se trouve- t-il pas compris dans Dieu étant la nourriture immortelle de l'intelligence, la vie de V amour , la perfection de l'être humain ? Sous peine de se contredire, il faut, je le répète, que Bossuet ne considère que la possibilité.

Quant à l'expression grâce au lieu de don naturel , c'est une grâce de création et dans le sens de saint Augustin, qui permet de donner au libre arbitre le nom de grâce, pourvu qu'on reconnaisse une grâce chrétienne différente de cela.

« Dieu a fait l'homme droit, et il s'est enveloppé dans

plusieurs questions^. Cette droiture où Dieu avait d'abord fait l' homme , dit Bossuet, consistait premièrement daus la connaissance. Il n'y avait point alors de question; Dieu avait mis dans l'homme la droite raison, qui consistait en une lumière divine, par laquelle il connaissait Dieu directement comme un être parfait et tout-puissant. Cette connaissance tenait le milieu entre la foi et la vision bienheureuse. Car, encore que l'homme ne vît pas Dieu face à face^ il ne le voyait pourtant pas, comme nous faisons, à travers une énigme et comme par un miroir...^ L'idée que nous portons naturellement dans noire fond de la perfection de Dieu, en sorte que nous penchons naturellement à lui attribuer ce qu'il y a de plus parfait, était si vive dans le premier homme , que rien ne la pouvait offusquer. Ce n'était pas comme à présent que cette idée, brouillée avec les images de nos sens, se recule, pour ainsi dire, quand nous la cherchons ; nous n'en pouvons porter la simplicité, et nous n'y revenons qu'à peine et par mille détours... Je veux me retirer en moi-même ; je veux penser ; je veux m'élever à la contemplation dans un doux recueillement, et aux vérités éternelles : ce corps mortel m'accable ; il émousse toutes mes pensées, toute la vivacité de mon esprit, et je retombe dans mes sens^. »

4. Ecclés. VII, 30. — 2. I Cor. XIII, it. 3. Élév. sur les Mystères, 7* sem., Élév. 3 et 5.

Selon Bossiiet, la raison à l'origine, pénétrée de la lumière divine, connaissait directement Dieu comme un être parfait et tout-puissant. Par la chute, qui lui ravit la lumière divine, elle perdit cette connaissance de Dieu, mais non pas la faculté de le connaître, puisque noits portons toujours dans notre fond l'idée de la perfection de Dieu; seulement, aujourd'hui, nous éprouvons les plus grandes difficultés à la saisir, et à nous élever à la contemplation des vérités éternelles. Cette lumière divine, en quoi consistait la droite raison , n'est-ce pas la lumière céleste , la lumière éternelle, qui, dans Gennes, frappa les esprits, les mit en action et les fit commencer de connaître leur auteur? Et cette droite raison formait l'état normal ou naturel de l'homme.

Pendant que Gennes cherche, par esprit de conciliation , à se rapprocher des purnaturistes , en leur proposant une nature qui a quelque ressemblance avec la leur, quoiqu'elle en diffère essentiellement, Nicole qualifie hardiment, et avec raison, la perfection originelle de pure nature.

et D. En quel état Dieu a-t-il créé l'homme?

« R. L'Écriture l'exprime en un mot, en disant que Dieu a créé l'homme droit '^.^ car cette rectitude comprend l'ordre et le règlement de toutes les parties qui compoBent sa nature.

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