Ecclésiaete, VII
« D. En quoi consistaient cet ordre et cette rectitude?
(( R. En ce que, dans cet état de pure nature, l'entendement de l'homme n'était obscurci par aucune erreur et connaissait tout ce qu'il avait besoin de connaître; sa volonté n'était corrompue par aucun mauvais désir; elle aimait ce qu'elle devait aimer, et elle suivait sans peine et sans répugnance les lumières de la vérité; elle n'avait aucune concupiscence, ni aucunes passions qui prévinssent l'entendement ou résistassent à la volonté. Enfin le corps n'avait aucun mouvement qui ne dépendît absolument de la volonté ; de sorte que l'homme, dans cet état de rectitude, n'eût jamais éprouvé aucune révolte dans ses sens , et n'eût jamais été sollicité au mal par aucune passion.
« D. Pourquoi l'ordre, dans lequel Dieu avait créé l'homme, demandait-il cette exemption de passions et de combats ?
« R. Parce que l'ordre naturel demande que ce qui est moins noble, comme le corps, soit assujetti à ce qui est plus noble, comme la volonté et la raison.
« D. N'eût-il pas suBi que la volonté pût résister aux mouvements des passions qui se seraient excités en elle?
« R. Non , car ces passions qui auraient sollicité la volonté contre la raison, auraient été des tentations qui auraient porté l'homme au mal^ dont Dieu avait voulu
l'exempter; et c'est en quoi consiste aussi la rectitude naturelle dans laquelle il avait été créé. C'est pourquoi
l'Ecriture sainte dit que Dieu ne tente jamais personne, c'est-à-dire qu'il n'est point cause des tentations qui portent au mal; car, comme Dieu ne peut être tenté d'aucun mal, dit l'apôtre saint Jacques^, il ne tente aussi personne.
« D. Qu'est-ce que l'homme eût donc aimé dans cet état de pure nature ?
« R. Il n'aurait aimé que Dieu 2, et nulle autre chose que par rapport à Dieu , parce que la place où Dieu l'avait mis, était d'être entre Dieu et les créatures corporelles. Or, il aurait troublé cet ordre, s'il eût aimé quelque autre créature; car, par cet amour, il se serait mis au-dessous d'elle , et l'aurait ainsi mise entre Dieu et lui.
« D. Quel est donc l'ordre naturel dans lequel Dieu avait mis l'homme ?
« R. Il l'avait mis dans l'ordre que sa volonté fût assujettie parfaitement à Dieu*, et que les passions et les mouvements du corps fussent parfaitement assujettis à la volonté ^. »
Voilà justement l'ordre où règne la vraie pure na-
i. Jacq. 1, 13.