Instruct. sur le Décalog. T. I, Instruct. VI, ch
tui-e , celle qui , pour être unie à Dieu et eu avoir une idée intuitive, n'a besoin que d'elle-niême,
« Adam n'était point, comme nous, assuj^i à la nécessité de ne voir presque jamais la vérité que dans des images et par le moyen des fantômes corporels. Il la voyait immédiatenaent et en elle-même, car le besoin que nous avons d'images, de sacrements, de signes corporels dans la vie présente, n'est point de la nature de l'homme; c'est la punition de son péché, c'est l'effet de la chute impétueuse de l'âme dans l'amour des choses sensibles, mais il n'en était pas ainsi avant le péché.
« Il avait trois différentes connaissances, dit Hugues de Saint-Victor : l'une, par laquelle il voyait le monde extérieur, et c'est l'œil de la chair; l'autre, qui est la raison, par laquelle il se voyait soi-même; et la troisième, par laquelle il voyait Dieu en lui-même, et c'est la contemplation.
« C'est ce que saint Augustin dit^ que signifie cette fontaine qui sortait du Paradis même et qui l'arrosait, parce que Dieu, dit- il, avant le péché, arrosait l'âme par une fontaine intérieure, et qu'il parlait à l'entendement de l'homme sans lui faire entendre de voix extérieure; ainsi l'homme, dans le Paradis, se nourrissait du Verbe comme les anges , et il connaissait la vérité
\. DeGen. ad litter. L. II, ch. iv.
éternelle, comme les anges la connaissent, sans l'aide d'aucune image corporelle ; et c'est par cette raison que saint Bernard dit * qu'il était en cet état participant de la société des anges.
« Son état n'était pas un état de foi , mais de contemplation ; car, comme dit Hugues de Saint-Victor 2, ceux qui voient par la foi, voient une image ; ceux qui voient par la contemplation , voient la chose même. Ceux qui ont la foi, ont des sacrements et des signes; ceux qui ont la contemplation, ont la chose même. Aussi cet auteur ne craint- il point d'attribuer à Adam la vue de Dieu présent, visionem prœsentis Dei *, mais d'une manière bien différente en clarté de celle dont jouiront les bienheureux, et qui n'est qu'une intelligence lumineuse qui tient le milieu entre la vision des bienheureux et la foi des voyageurs *. »
Revenons aux faux pumaturistes, que, pour abréger, je continuerai de nommer simplement pt^rna^t^m/e^^ désignant les vrais pumaturistes par le nom plus court de naturistes. La nature que ceux-ci assurent exister, comprend l'action divine dans la pensée; la nature que les autres affirment possible, l'exclut. Voici comment ils raisonnent. S'il répugnait que l'homme fût créé
i. Serm. 35 in Cantic, n° 3.