‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 179 sur 209 · Potho presb. L. II; de Domo Dei, circà initium · texte numérisé non relu

Potho presb. L. II; de Domo Dei, circà initium

4. Instruct. sur le Symb. Instr. IF,2« P. Sect. 3.— Voir Instr. III, ch. V.

Idl DÉCADENCE DE L'ÉGLISE

dans la pure nature, Topposition viendrait ou de l'homme ou de Dieu. Elle ne saurait venir de l'homme, qui, dans cet état, aurait tout ce que sa nature exige, un corps fourni de tous ses organes^ une- âme douée de toutes ses facultés et que le péché n'aurait point viciée. Son corps et son âme seraient substantiellement unis. Tous les biens qu'il n'aurait pas, sont entièrement gratuits et non dus. Il ne lui est point dû d'être ordonné pour une fin surnaturelle; la grâce sanctifiante ne lui est point due, la grâce actuelle ne lui est point due, etc. *.

Toutes ces raisons supposent que l'homme ne peut naturellement contempler Dieu directement. En démontrant qu'une telle supposition anéantit l'intelligence, nous les avons renversées.

Le purnaturisme renferme toutes les erreurs sur la grâce, comme le naturisme toutes les vérités.

Il anéantit le péché originel. La pure nature est-elle possible? La vraie nature ne l'est pas. La pure nature implique, je le répète, que la raison humaine ne monte point intérieurement à Dieu. D'où il suit que l'homme ne peut naturellement s'unir à lui. Cependant il fut créé dans cette union, l'Ecriture l'atteste. Donc elle était surnaturelle. Ainsi l'homme se trouve composé de deux parties, l'une naturelle, l'autre surnaturelle

\ . Voir dans Tournely, Suarez, etc.

qui s'ajoute à la première. La chute sépare l'homme de Dieu. Or, Thomme n'était uni à Dieu que par la partie surnaturelle. En conséquence , la chute ne détruisit qu'elle, et n'affecta point la partie naturelle. L'homme, réduit à celle-ci, ne garda rien de la chute, pas même la culpabilité*. Avec la partie surnaturelle il devait jouir éternellement de Dieu; en la perdant, il perdit la capacité de cette jouissance, et cette perte expia la faute de la chute. Du même coup il offensa Dieu et satisfît à la justice divine. A la vérité, il n'a plus la félicité que donne la possession de Dieu, mais il trouve celle qui vient de la possession des créatures et qui est propre à sa pure nature.

Il en est autrement si l'on maintient que l'homme était uni à Dieu par lui-même ; car il ne put en être séparé qu'en altérant sa nature, et jusqu'à ce qu'elle ait été réparée il portera les traces du péché originel. Parfaitement un, il n'a point une partie de soi avec laquelle il puise le bonheur en Dieu , et à défaut de cette partie , une autre avec laquelle il le prenne dans les êtres tirés du néant. De même, il n'a qu'une fin, qui est Dieu. Il est devenu malheureux en s' éloignant de lui, et ne peut cesser de l'être qu'en retournant à lui.

Le péché originel n'existant pas, le christianisme et la grâce qui en est l'âme, n'ont point d'objet, ou leur objet est changé.

Il ne s'agit nullement de guérir la nature humaine, qui n'est point malade. Elle est ignorante, faible ; il y a lutte entre la raison et les sens. Mais ces défauts sont inhérents à son immuable essence. Dieu ne pouvait l'instituer meilleure. Ce qu'il lui aurait donné de plus parfait, eût été nécessairement diflfiérent d'elle et au-dessus d'elle, c'est-à-dire surnaturel, comme l'était ce que la chute emporta. N'étant ni coupable, ni dégradée, et Dieu, du moment qu'il voulait lui communiquer l'existence, étant obligé de la constituer telle quelle, il est clair que les erreurs et les vices qu'elle rend iiiévitables, on ne saurait les imputer ni à Dieu ni à l'homme. (Ignorance, impuissance invincibles.)

Si on ne désire que le bien de la pure nature, le christianisme est inutile pour l'obtenir. Ce bien, évidemment, est assuré aux enfants morts avant l'âge de raison; il l'est de même aux adultes qui ont été dans l'impuissance invincible, ou de connaître ce tjue la droite raison commande et ce qu'elle défend, ou de le suivre, ce qui embrasserait la plus grande partie du genre humain ; et les coupables ne subiront que des peines en rapport avec le bien subalterne dont les autres jouiront.

Aspire-t-on au bien souverain que demande la vraie nature, et que les purnaturistes appellent surnaturel? Le christianisme est nécessaire, non pour effacer la faute originelle et restaurer les puissances de l'âme en

mme, maig simplement pour aider la puiie nature, lui faire faire par un motif de foi ce qu'elle ne ferait que par un motif de raison, en d'autres termes, pour surnaturaliser ses actes. Que résulte-t-il de là? C'est que tous les enfants non-baptisés, mais morts avant Tâge de discernement, se trouvant encore dans la pure nature, jouissent du bonheur pumaturel. Il en est ainsi de tous les adultes qui n'ont aucun moyen de connaître le christianisme si on ne le leur annonce, et s'ils observent les préceptes de la droite raison autant qu'ils le peuvent; et s'ils y manquent, ils ne sont passibles que d'une peine analogue à la félicité perdue. Or, ce nombre comprend les deux tiers des habitants de la terre, et avant la venue de Jésus- Christ, tous absolument, hormis les Juifs. Tous ceux qui embrassent le christianisme se sauvent-ils? On ne Je peut que dans l'Église catholique, oii se trouve le christianisme complet, et combien peu le font ! Tout le reste des chrétiens, qu'ils vivent dans l'Église ou hors de l'Eglise, est condamné à des supplices infinis comme le bonheur dont ils sont frustrés.

D'où il suit que Jésus-Christ est plutôt la perte que le salut du monde, puisque sans lui tous arrivaient au bonheur naturel, et qu'avec lui le plus grand nombre tombe dans l'enfer, et qu'un petit nombre seul arrive au ciel.

Sfondrate va plus loin : a Comme le péché est essen-

tiellement une offense et une injure faite à Dieu, si on ne le connaît point il n\y a ni injure, ni péché, ni peine éternelle. Donc, puisque cette ignorance aurait rendu les Brésiliens impeccables, tandis qu'avec la connaissance de Dieu ils auraient certainement péché, la première est un bienfait *. » Or, comme tous les hommes, même la Vierge selon quelques Pères, ont péché, il s'ensuit que la non-venue de Jésus-Christ eût été un grand bonheur ^.

La pure nature étant innocente, aucun de ses défauts ne lui est imputable, ni partant les erreurs et les vices qu'ils causent. Or, la pure nature ne peut rien pour l'ordre surnaturel. 11 faut que Dieu lui donne la lumière et la force. Donc, si actuellement l'homme ne pense pas à Dieu quand il viole un précepte ou qu'il le néglige, il pèche dans l'ordre naturel et non dans l'ordre surnaturel, contre la raison et non contre la foi. Voilà

i . Sfondrate, Part. I, § 2, n. xi. — Mémoire des quatre Évêques, p. 75.

2. Luquet, évêqued'Hésebon, met dans l'Église des hommes qui n'ont point connu l'Évangile ; c'est donner le bonheur surnaturel à des gens vivant dans la pure nature. De même Pie IX, par son ignorance invincible non coupable.

« Nous n'avons pas besoin, dit l'évêque d'Hésebon, d'expliquer avec l'Église comment une bonne foi invincible, jointe à l'observation de la loi naturelle, selon la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, fait entrer dans l'Église de Jésus-Christ ceux môme qui ne connaissent [)as l'Évangile. C'est là une doctrine trop connue pour que nous la rappelions ici. )> Introduction à l'Église russe j de Teiner, p. 29. (Écrit en marge.)

le péché philosophique. Il ne fait pas perdre l'amitié de Dieu. Il consiste à ne pas connaître Dieu ou à ne pas penser ^ lui au moment de la prévarication.

Se rencontre-t-il quelque doute sur un devoir? Y a-t-il obscurité, équivoque, enfin manque de lumière? Il est permis d'adopter l'opinion qui nous convient le mieux, et il suffit qu'elle soit autorisée par un seul docteur. (Probabilisme.)

Jésus-Christ appelant tous les hommes, il faut que tous puissent l'écouter, qu'il y ait une grâce suffisante donnée à tous, et qu'ils reçoivent la possibilité de s'unir à Dieu, laquelle manque à la pure nature. En usent-ils bien? Elle les prépare successivement à recevoir l'Evangile. Que si, avec cette grâce, ils ne pensent point à Dieu, ils ne l'offensent point, ils ne commettent que le péché philosophique. ( Grâce générale.)

La pure nature étant gouvernée par la raison humaine indépendamment de la raison divine, Dieu consulte les déterminations de l'homme pour le prédestiner. (Prédestination en vue des mérites.) Dieu n'agissant que par la parole sur lui, ou par la rhétorique, comme dit Sfondrate*, et par sa Providence, le chrétien n'est point distingué du juif. Quelquefois le pécheur est inconvertible 2. (Toute-puissance de Dieu rejetée.)

Page 1