‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 27 sur 209 · Pontif. rom,j De la Conûrm · texte numérisé non relu

Pontif. rom,j De la Conûrm

toujours en la conservant, et en empêchant par sa grâce qu'elle ne demeure sans effet. Et quand dans Textrêmeonction, en appliquant Tonction sur tous les organes des sens et de la vie, on prie Dieu de pardonner les péchés, tantôt ceux qu'on a commis par la vue, puis ceux qu'on a commis par le toucher, et ainsi successivement par les oeuvres et par les pensées, croit-on que les péchés se remettent ainsi par parties ? Nullement, mais on rend sensible au pécheur tous les péchés qu'il a commis et tout ce que guérit en lui la simple et indivisible opération de la grâce. Et pour revenir à la messe, quand nous y demandons a Dieu, tantôt qu'il change le pain en son corps , tantôt qu'il ait agréable l'oblation que nous en faisons, tantôt que son saint ange la présente à l'autel céleste, tantôt qu'il ait pitié des vivants, tantôt que cette oblation soulage les morts, croyons-nous que Dieu attende de faire les choses à chaque endroit où on lui en parle ? Non, sans doute. Tout cela est un effet du langage humain, qui ne peut s'expliquer que par parties ; et Dieu qui voit dans nos cœurs d'une seule vue ce que nous avons dit, ce que nous disons et ce que nous voulons dire, écoute tout et fait tout dans les moments convenables qui lui sont connus, sans qu'il soit besoin de nous mettre en peine en quel endroit précis il le fait. Il suffit que nous exprimions tout ce qui se fait, par des actions et par des prières convenables, et que le tout

Ig. * DÉFENSE DES POUVOIRS

ensemble, quoique fait et prononcé successivement, nous représente en unité tous les efTets et comme toute la force du divin mystère.

« Faites l'application de cette doctrine à la prière des Grecs, il n'y aura plus de difficulté. Après les paroles de Notre-Seigneur, 'on prie Dieu qu'il change les dons en son corps et en son sang : ce peut être ou l'application de la chose à faire , ou l'expression plus particulière de la chose faite, et on ne peut conclure autre chose des termes précis de la liturgie.

« Mais , dira-ton, dans celle de saint Basile, qui est la plus ordinaire parmi les Grecs, après les paroles de Jésus- Christ on appelle encore les dons antitypes, c'est-à-dire figures et signes, ce qu'on ne fait plus après la prière dont nous parlons... Il est constant que ce changement se fait dans la prière. — Point du tout, il n'est point constant, puisque nous venons de voir que dans ce langage mystique qui règne dans les liturgies, et en général dans les sacrements, on exprime souvent après ce qui pourrait être fait devant ; ou plutôt, que pour dire tout, on explique successivement ce qui se fait peut-être tout à la fois , sans s'enquérir des moments précis ; et, en ce cas, nous avons vu qu'on exprime ce qui pouvait déjà être fait comme s'il se faisait quand on rénonce; afin que toutes les paroles du saint mystère se rapportent entre elles , et que toute l'opération du Saint-Esprit soit sensible.

CONSTITUTIFS DE L'ÉGLISE. * i»

(( Ainsi, on pourrait entendre dans la liturgie des Grecs, que dès qu'on prononce les paroles de Notre- Seigneur où l'on est d'accord que consiste principalement toute l'efficace de la consécration , encore qu'on n'ait pas exprimé l'intention de les appliquer au pain et au vin, Dieu prévient la déclaration de cette intention ; et, c'est là , à mon avis , sans comparaison , le meilleur sentiment, pour ne pas dire qu'il est tout à fait certain*. »

Outre la forme précatoire des sacrements, qui est là rendue si manifeste, on voit que Bossuet, selon ime doctrine constante^ même dans F École ^ attribue leur effet à Vintention de l'Eglise qui appliqua les paroles formelles et consécratoires. Cette doctrine, qu'il assure constante, même dans l'Ecole, saint Thomas, en effet, la suit. « Le ministre du sacrement, dit-il, agit en la personne de toute l'Église 2, dont il est le ministre, et dans les paroles qu'il prononce se trouve exprimée l'intention de TÉglise, qui suffit pour la perfection du sacrement*. »

Quoique, à l'article premier de la même Question, il affirme que « l'effet du sacrement ne s'obtient pas par les prières de l'Église, » il ne se contredit point. L'ar-

\ . ExpUc. de quelques difficultés sur les prières de la messe, art. 44 et suiv.

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