II
ticle a pour titre : N'y a-^-il que Dieu qui opère intérieurement l'effet du sacrement ? Saint Thomas rapporte trois objections de ceux qui nient que Dieu en soit Tunique auteur. Voici la seconde: « Quand on confère les sacrements, on fait des prières. Or, les prières des justes devant être plutôt exaucées devant Dieu que celles de tous les autres, d'après ces paroles: Si quelqu'un honore Dieu et fait sa volonté. Dieu l'exauce * ; il semble donc que l'effet <iu sacrement soit plus grand quand on le reçoit d'un ministre qui est saint, et que par conséquent le ministre contribue à son effet intérieur et qu'il n'y ait pas que Dieu qui agisse. » Il répond : « Les prières qu'on dit dans l'administration des sacrements sont adressées à Dieu, non de la part d'une personne en particulier, mais au nom de toute rÉglise, dont Dieu doit exaucer les prières, d'après ces paroles de Jésus-Christ ; Si deux d'entre vous se réunissent sur la terre et demandent une chose quetconque^ mon Père vous l'accordera^. Cependant rien n'empêche que la dévotion d'un homme qui est juste n'opère quelque chose à cet égard. ToutefcMS, ce qui est l'effet ne^s' obtient pas par les prières de l'Eglise ou du ministre^ mais par le mérite de la passion du Christ, dont la vertu opère dans les sacrements comme nous l'avons dit*. C'est pourquoi l'effet du sacrement n'est
i. Jean, ix, 34.
â. Malth., xvui, 19. »• 3. Quest. Lxu^art. 5.
pas meilleur quand il est conféré par un ministre plus saint. Néanmoins la dévotion du ministre peut obtenir pour celui qui reçoit le sacrement quelque grâce particulière; mais le ministre n'opère point cette grâce, c'est par impétration qu'il obtient que Dieu l'opère. »
Il y a l'infini entre soutenir que les prières de l'Eglise opérât l'effet des sacrements et soutenir qu'elles obtiennent que Dieu l'opère. II ne s'a^t nullement ici de ce dernier point. M. l'abbé Drioux, auteur d'une traduction complète de la Somme de saint Thomas, observe que l'article est destiné à réfuter Ciertains hérétiques qui prétendaient que l'homme pouvait donner le Sainte
Esprit.
Ailleurs ^ saint Thomas pose cette question : « Les mauvais prêtres ont- il l'usage des clefs? » Il déduit quatre raisons qui semblent l'infirmer. La troisième est ainsi conçue : « Saint Augustin dit ^ que Dieu donne le sacrement de la grâce par les méchants , mais qu'il ne confère la grâce que par lui-même, ou par ses saints ; et c'est pour cela qu'il produit la rémission desbféchés par lui-même , ou par les membres de la colombe. Or, la rémission des péchés est Tusage des clefs ; donc les pécheurs, qui ne sont pas membres, n'ont pas Tusage des clefs. »
Pour détruire cette raison , saint Thomas observe
4. Supplém. de la Smnmej quest. xix, art. 5. %. Du BapLy 1. \yC\k XXI.
que » saint Augustin parle de la rémission des péchés, selon que les saints y coopèrent, non par la puissance des clefs, mais par le mérite de congruo. C'est pourquoi il dit que Dieu administre aussi les sacrements par les méchants , et parmi les sacrements on doit compter l'absolution qui est l'usage des clefs. Mais par les membres de la colombe , c'est-à-dire par les saints , Dieu produit la rémission des péchés, en tant qu'il les remet par leurs intercessions,
« Ou bien on peut dire que les membres de la colombe désignent tous ceux qui ne sont pas retranchés de l'Église; car ceux qui reçoivent d'eux les sacrements obtiennent la grâce; mais il n'en est pas de même de ceux qui les reçoivent de ceux qui sont re-
tranchés de l'Eglise, parce qu'ils pèchent par là même. On en excepte le baptême qu'il est permis de recevoir même d'un excommunié dans le cas de nécessité. »
Ce que saint Thomas dit dans cette seconde interprétation est vrai en soi, mais ne peut être rattaché au mot colombe, qui pour saint Augustin signifie exclusivement le corps des justes. C'est pourquoi If. l'abbé Drioux n'hésite pas à déclarer que « il s'agit dans cet endroit de saint Augustin de la rémission des péchés, qui s'obtient par les prières, les gémissements et les larmes des saints , comme on peut le voir {De Bapt., lib. III, cap. 18, et lib. y, cap. 20, 21 et 22). »
En passant nous rencontrons aiasi dans saint Tho-
mas, Bossuet et l'Ecole, une nouvelle preuve de la vérité que nous défendons.
Reprenons les réflexions de Bossuet. Après une digression, il continue : « Mais pour revenir à la consécration, il y a encore une preuve contre l'opinion des Grecs modernes dans le rit mozarabique et dans le sacramentaire appelé gothique, qui assurément est le même dont usait l'Église gallicane, comme le Père Mabillon l'a démontré. Ces deux rits si conformes entre eux sont en même temps très-conformes au rit grec ; et la prière où l'on demande la descente du Saint- Esprit pour sanctifier les dons se trouve souvent après que les paroles de Jésus-Christ sont proférées ; mais souvent elle se trouve devant , souvent même elle ne se trouve point du tout ; ce qui démontre , non-seulement que la place en est indifiTérente, mais encore qu'en elle-même on ne la tient pas si absolument nécessaire, et que les paroles de Jésus -Christ, qu'on n'omet jamais et qui se trouvent partout marquées si distinctement, sont les seules essentielles... D'où vient aussi que saint Basile, après les avoir marquées dans le livre du Saint-Esprit, comme celles qui font le fond, se contente de dire des autres qu'on fait devant et après, qu'elles ont beaucoup de force^ ce qu'on ne doit pas nier, puisque l'Église orientale et l'occidentale s'en servent également.
« Que si, après toutes ces raisons et l'autorité de
tant de Pères grecs et latins, qui metteot précisément la consécration dans les paroles dirines» oomme étant sorties de la bouche du Fils de Dieu, et les seules toutes-puissantes , les Grecs persistent encore dans le sentiment de quelques-uns de leurs docteurs et ne veulent reconnaître la consécration consommée qu'après la prià^ dont nous parlons ; en ce cas, que feronsnous , si ce n'est ce qu'on* a fait à Florence, de n'inquiéter personne pour cette doctrine; et ce qu'on a &it à Trente, où, sans déterminer en particulier en quoi con^ste la consécration, on a seulement déterminé ce qui arrivait quand elle était faite * ?
« Pour moi , dans les catéchismes et dans les sermons, je proposerai toujours la doctrine qui établit la consécration précisément dans les paroles célestes, comme tbéologiquement très-véritable, ainsi qu'on l'a fait dans le catéchisme du concile ; mais je ne crois pas que j'osasse jamais condamner les Grecs , qui ne sont pas encore parvenus à l'intelligence de cette vérité. Quoi qu'il en soit, il n'y a nul doute qu'il ne faille faire encore comme on a fait au concile de Lyon , comme on a fait au concile de Florence et comme on fait encore dans toute l'Église, qui est de laisser chacun dans son rit, puisqu'on demeure d'accord que les deux rits sont anciens et entièrement irrépréhensibles. Et