IV, 8, ii
(( Saint Augustin a fait attention à ces vérités. ïi a ' cru que c'était pour le bien de l'Eglise que les clefs étaient données, que Notre-Seignemr avait même renfermé différentes instructions pour l'Église dans fà manière dont il les avait données, et surtout qu'il avait •• adressé, en les donnant, la parole à un seul pour nous faire entendre que ces clefs n'étaient que pour l'unité d'une seule Eglise^, Il a observé que c'était pour tous les âges de l'Église que* les clefs avaient été données, et non à la personne seule de saint Pierre 2. Il a remarqué que les clefs avaient été données pour tous les pasteurs de l'Église *.
« Mais autant il est certain que saint Augustin a eu égard à ces vérités , lorsqu'il a dit que les clefs avaient été données à l'Église, autant il est évident qu'il a voulu nous enseigner quelque autre chose. En effet, s'il n'avait eu dessein que de faire entendre que les clefs avaient été données pour le bien de l'Église, pour
<(. Quando Cbristus ad unum loquitur, unitas commendatur. Serm. 108, c. iv, De^Div.
2. Si hoc Petro tantum dictum est, non hoc facit EccJesia... Si hoc ergo in Ecclesiâ fit, Petrus, quando claves accepit, Ecclesiam sanctam significabat. Tract. 50 in Joann.
3. Numquid istas claves Petrus accepit, et Paulus non accepit; Petrus accepit, et Joannes, et Jacobus non accepit, et cœteri apostoli? Aut non sunt istœ in Ecclesiâ claves, ubi quotidiè peccata dimittuntur? Sed quoniam in significatione personam Felrus gestabat Ecclesise , quod illi datum est , Ecclesiae datum est. Ergo Petrus figuram gestabat Ecclesiae : Ecclesiâ corpus Christi est. Serm. 449, n»7.
tous les pasteurs de l'Eglise, pour tous les âges de l'Église, pourquoi aurait-il dit que saint Pierre représentait l'Eglise ; que c'est l'Église qui lie et qui délie, et que les paroles de Jésus-Christ ne peuvent être bien entendues qu'en les rapportant à l'Église dont saint Pierre était le type et la figure*?
« Ces explications des ultramontains suffisent d'autant moins pour remplir toute l'idée de saint Augustin et des autres Pères, que ces vérités mêmes se trouvent défigurées par la manière dont ils les entendent. Car quand ils disent que les clefs ont été données à saint Pierre pour le bien de l'Église, pour tous les âges et
pour tous les pasteurs de l'Eglise, ils ne prétendent pas que Jésus-Christ ait donné par lui-même à chacun de ceux qui devaient succéder aux apôtres la juridiction et l'autorité qui leur est nécessaire pour le gouvernement de l'Eglise. Ils entendent au contraire qu'il a communiqué tout pouvoir à saint Pierre seul, mais avec cette intention que saint Pierre et ses successeurs fissent part, autant qu'ils le jugeraient à propos, de leur autorité aux autres pasteurs, de sorte que chacun de ces pasteurs, et le corps même, dépendrait entièrement du pape 2.
« Or si cela était, et si saint Augustin l'avait ainsi cru , n'aurait-il pas dû dire tout le contraire de ce qu'il