Ep. ad Dec, cap. i
sentence d'excommunication , sans présumer que l'Église y consent. Car s'il ne le présumait pas, ce ne pourrait être que parce qu'il croirait sa sentence contraire aux règles de l'Église , contraire à son esprit, contraire au jugement que Dieu en porte dans le ciel. Il faudrait qu'il ne présumât pas que ce qu'il aurait lié ou délié sur la terre, serait lié ou délié dans le ciel. En un mot, c'est qu'il la croirait injuste, et que sa sentence serait plus capable de le lier lui-même que de lier celui contre qui il la prononcerait. Il faudrait enfin qu'un tel ministre de l'Église ne crût pas le jugement de Dieu.
(( Il est donc évident que quiconque exerce dans l'Église le pouvoir des clefs, soit dans le for intérieur de la confession, soit dans le for extérieur, s'il l'exerce avec foi et en conscience, doit, je ne dis pas attendre le consentement de l'Église, mais le présumer, comme agissant en son autorité et selon ses règles.
« Cette doctrine, que les jésuites veulent faire croire si horrible, je la trouverais dans plusieurs écrivains jésuites, si je me donnais la peine de l'y chercher. En voici au moins deux qui représenteront tous les autres. Le premier est le savant Maldonat, qui parle en ces termes sur le chapitre 18 de saint Matthieu : « Jésus- « Christ a voulu que le tribunal de l'Église fût le der- « nier auquel on dénonçât les pécheurs, quand on n'au- « rait plus d'autres remèdes pour les corriger : c'est
CONSTITUTIFS DE VtifiLlSE. 97
« pourquorn a attribué à l'Église la souveraine autoci rite. »
(( Le second est Adrien Mangot, Hollandais, dont nous avons quatre volumes d'exhortations latines qu'il a publiées sous le titre de Monita sacra^ qu'il avait faites aux congréganistes des Jésuites de Louvain, et dont on a fait trois ou quatre éditions, dont la dernière est de Lyon, en 1686. Elles sont pleines d'une solide piété et toutes tirées de l'Ecriture et des saints Pères. Dans l'Exhortation 35 de la IIP partie, où il traite de la correction fraternelle sur ces paroles de Notre-Seigneur : « Si votre frère vous a offensé^ ; » en expliquant ces deux mots : « Dites-le à l'Église, » il remarque a que Jésus-Christ n'a pas dit : « Dites-le aux évêques « et aux supérieurs ecclésiastiques, » mais : « Dites-le « à l'Église, )) quoique ce soit principalement k eux « qu'on doive le dire et qu'on ne doive le dire à l'Église « qu'en leur présence, une assemblée de fidèles ne mé- (( ritant pas le nom d'Église quand ils n'ont point à leur « tête les pasteurs et les chefs. Il dit encore : a Dites-le « à l'Église, » afin que celui qui n'a pas écouté la cor- « rection de deux ou de trois respecte le consente- « ment de tout le corps. C'est que dans la primitive u Église, conformément à ce précepte de Jésus-Christ, « après avoir repris les pécheurs une ou deux fois , on