‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 51 sur 209 · S. Ambros., de Saerament., L. V, c. iv, n · texte numérisé non relu

S. Ambros., de Saerament., L. V, c. iv, n

CONSTITUTIFS DE L*ÉGLIgE. 405

De même cette autre proposition sera-t-elle aussi condamnable : « C'est l'Église qui a le droit et le pouvoir « d'ofiFrir à Dieu le sacrifice du corps et du sang de « Jésus-Christ, pour l'exercer par ses ministres, du « consentement au moins présumé de tout le corps ? » Or, la proposition condamnée est si semblable à ces deux autres qu'il faut condamner celles-ci, si celle-là est bien cx)ndamnée. Mais à Dieu ne plaise qu'il se trouvât des évêques ou des docteurs qui fussent assez peu instruits de l'esprit et des mystères de la religion pour donner un si grand scandale aux enfants et aux ennemis de l'Église ! Ce serait un démenti aux saints Pères et aux docteurs qui ont eu le plus de lumière pour expliquer la sacrée liturgie et pour en développer les mystères.

« Ce que saint Paul dit, dans la première Épître aux Corinthiens, de l'approbation et du consentement que tout le peuple chrétien donnait aux prières, aux louanges de Dieu, et même, selon quelques interprètes, à la consécration et à l'oblation du saint sacrifice eucharistique, ne doit pas être omis sur ce sujet: « Si vous ne bénissez « Dieu que du cœur, comment celui qui n'est que du « simple peuple répondra-t-il amen à votre bénédiction, « n'entendant pas ce que vous dites ? » Tout le monde tombe d'accord que cette parole amen est une parole qui marque l'approbation, le consentement et la confirmation qu'on donne aux actions de grâces, aux prières.

à la louange publique et aux autres actions qui concernent le culte de Dieu, comme remarque entre les autres un des plus anciens commentateurs de saint Paul , je veux dire l'Ambroisien, qui, sur ce passage de Tapôtre, dit qu'un ignorant n'entendant pas ce qu'on « dit et ne « sachant quel est le sujet et la fin de la prière, ne u répond point amen^ qui signifie cela est vrai^ pour « ratifier la bénédiction. Car ceux qui répondent amen « confirment et ratifient la prière, afin que par ce (( témoignage rendu à la vérité de ce qui a été dit, « on soit assuré que chacun la ratifie et y consent de « tout son cœur. »

« On trouve un fort grand nombre d'autorités des Pères, pour confirmer l'explication que je viens de rapporter de cet ancien auteur touchant le consentement que tout le peuple chrétien donne aux prières que les évêques et les prêtres font pour lui. Saint Augustin, dans ses sermons, fait souvent remarquer à ses auditeurs que c'est ce que signifie Yamen qu'ils répondaient à la fin des prières, des louanges de Dieu et des actions de grâces publiques. « Ainsi, lorsque l'évéque, dit-il, « est à l'autel, le peuple prie aussi avec lui, et comiùe (( souscrivant et consentant à ses paroles , il répond « amen^. » Ne le voyons-nous pas encore aujourd'hui,

4. Nam cum episcopus solus intus est, populus et orat cum illo et quasi subscribens ad ejus verba respondet, Amen. Contr. Epist. Parmen., L. II, c. vu.

et toutes les fois que nous répondons amen à la fin de toutes les oraisons , que faisons-nous autre chose que donner notre consentement à tout ce que l'on a dit ou demandé à Dieu pour nous î

» Si ce passage de saint Augustin n'est pas assez clair pour marquer le consentenxent qui se donnait à l'égard du sacrifice et du sacrement du corps et du sang du Sauveur, soit quand on le consacrait et qu'on l'offrait, soit quand on le recevait, en voici un autre du même saint docteur : (( Vous répondez amen et cette « re^^onse est votre consentement , car vous entendez « qu'on vous dit : Voilà le corps de Jésus-Christ, et « vous répondez am^n^^ » ce qui signifie cela est vrai, dit ce saint à Fauste le Manichéen ; mais on ne le dit pas d'une manière indifférente, ni indifféremment en tout lieu. C'est un mot consacré, un mot plein de aiystère, plein de religion 2.

\ Le mystère de cette parole sacrée, amen, c'est qu'elle renferme en abrégé le consentement du corps des fidèles à la vérité de l'Eglise et à toutes les vérités divines qu'elle renferme, à toutes ses maximes, à tous les préceptes de l'Evangile, à tous les mystères de la religion, à toutes les louanges de Dieu, à toutes les prières

4 . Amen respondetis et respondendo subscribitis : Âudis enim, Corpus Christi, et respondes amen. Serm. 272.

2. Amen interpretatur verura , non ubicunt}ue et quomodocunque, sed mystica religione. Contr. Faustum, L. XV, c. ix.'

et à toutes les actions mystérieuses du culte de l'Église, et surtout à son grand culte qui est le sacrifice eucharistique du corps et du sang de Jésus-Christ. C'est pourquoi il se trouve partout dans ses offices. L'accoutumance, le peu d'attention à l'esprit de l'Église, le peu d'attention qu'ont les pasteurs d'y appliquer les fidèles, l'opposition même que quelques-uns témoignent au renouvellement de cette pratique sainte qu'on ose traiter de nouveauté, au moins en quelques occasions, tout cela empêche qu'on n'en fasse l'usage qu'on devrait, et avec l'estime, le respect et le fruit qu'on devrait.

« Cet ameriy cette parole sacrée et mystérieuse, ce consentement religieux que nous donnons dans la société et dans les assemblées des fidèles à tout ce que je viens de marquer, est le commencement et comme une légère ébauche de ce divin consentement, de cette adhérence et inhérence ineffable par laquelle les bienheureux s'attachent à la vérité éternelle et incréée, a Jésus-Christ, comme à la vérité incarnée, à son sacrifice éternel i à toute la religion de son âme sainte^.

« Toute notre occupation dans le ciel, dit saint Augusw tin, sera de dire amen et alléluia. » Ce saint l'avance, non comme une pensée humaine, mais comme une vérité divine, fondée dans les saintes Ecritures. « Je ne le dis (( pas au hasard, parce que je le tire des Ecritures. Nous

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