‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 58 sur 209 · Somme, Part. IH, prop. lxvii, art · texte numérisé non relu

Somme, Part. IH, prop. lxvii, art

six siècles avant nous, saint Thomas a dit ce que nous disons. Il ne voit pas que tout pouvoir de conférer les sacrements, de les conférer tous ou seulement une partie, de les conférer ordinairement ou extraordinairement, appartient à l'Église, que celui qui en est revêtu soit dans son sein ou hors de son sein ; parce que c'est à elle, et non point à lui, qu'il a été donné. C'est pourquoi on peut bien la quitter, se voler à elle, se décatholiser, mais on ne saurait lui voler le pouvoir sacerdotal qu'on porte, c'esl^à-dire en ruiner la catholicité. Qu'un individu ait abandonné l'Église ou qu'il n'ait jamais été dans l'Église , qu'il ait cessé d'être croyant ou qu'il ait vécu et vive toujours dans l'infidélité, son sacerdoce est le même.

En rompant l'unité, l'évêque, le prêtre effacent-ils le caractère indélébile que l'ordination a imprimé dans leur âme et auquel leur pouvoir est inhérent? Non-seulement ils ne l'eflacent point, non-seulement ils conservent leur pouvoir dans quelque doctrine qu'ils se jettent, fût-ce dans l'athéisme, mais l'évêque peut communiquer ce pouvoir, ordonner des prêtres et des évêques, ces nouveaux évêques peuvent à leur tour ordonner d'autres prêtres, d'autres évêques, ainsi sans fin, et tous ont le sacerdoce de l'Église, par conséquent un sacerdoce catholique, absolument comme s'ils résidaient dans l'unité ; et ils peuvent l'exercer aussi validement , mais non pas sans pécher

gravement, excepté peut-être dans quelque cas trèsrare de nécessité.

Quoique le sacerdoce du laïque soit inhérent à l'humanité et qu'il le reçoive avec Fexistence , il n'en est pas moins le sacerdoce de l'Église, puisque le laïque ne peut être que le ministre de l'Église. 11 se réduit à baptiser extraordinairement. Or, pour qui peut-il baptiser sinon pour l'Eglise ? A quoi servirait la cérémonie du baptême sans l'effet du baptême ou la sanctification de l'âme ? Mais la sanctification demande la foi et la charité. C'est l'Église seule qui prête la fol à l'enfant baptisé avant l'âge de raison ; c'est dans l'Église seule que l'adulte recevant le baptême, trouvera la foi ; ce sont les justes, membres vivants de l'Église, qui seuls obtiendront la charité pour l'adulte et pour l'enfant. N'ayant d'utilité qu'avec l'Église, il faut que le sacerdoce du laïque, fidèle ou infidèle, soit le sacerdoce de rÉglise, et, dans son infimité, aussi catholique que le sacerdoce de l'évêque dans sa plénitude. De même pourrait-il ne pas être catholique le sacerdoce intérieur qui s'enracine dans la justice? De même que toute vérité religieuse enseignée hors de l'Église appartient à l'Église qui l'enseigne, pareillement, tout pouvoir de conférer les sacrements qui se trouve hors d'elle, lui revient, puisqu'elle le renferme aussi.

En vain, pour établir que « en dehors des simples fidèles, il y a dans l'Église un corps sacerdotal exclusi-

vement chargé de faire les fonctions du ministère ^, » VObservateur allègue l'Écriture, les Pères et les écrivains ecclésiastiques modernes : il faudrait montrer que ces autorités nient que les laïques baptisent, ou qu'en admettant qu'ils baptisent, ils n'exercent point de sacerdoce.

Les idées du critique sur ces matières sont tellement brouillées qu'il cite contre nous un passage qui contient le fondement de la doctrine que nous soutenons. « Il n'y a, dit le Père de Condren, qu'un seul sacrifice, qu'un seul sacerdoce et qu'un seul prêtre dans la religion chrétienne ; et comme c'est toujours le même et unique sacrifice de Jésus-Christ qui est oflert dans tous

les siècles et dans tous les lieux de l'Eglise, c'est aussi son même et unique sacerdoce dans tous les prêtres qui ont été depuis lui et qui seront jusqu'à la fin des temps ; car tous les chrétiens ne font qu'un corps avec Jésus- Christ dont ils sont les membres; aussi tous les prêtres ne sont qu'un prêtre avec Jésus-Christ qui les associe à son sacerdoce, et qui continue par eux sur la terre le sacrifice qu'il y a commencé 2. »

S'il n'y a qu'un seul sacerdoce^ donc tous ceux qui concourent à oflrir le sacrifice participent à ce même sacerdoce, soit les uns extérieurement par l'ordination, soit les autres intérieurement par la sainteté. S'il n'y a

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