‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 85 sur 209 · II · texte numérisé non relu

II

ns DÉFENSE DES POUVOIRS

La distinction d'infaillibilité passive ou de profession, d'infaillibilité active ou de jugement, est une subtilité scolastique. S'il y a une différence, elle n'existe que dans la manière de s'exprimer. On ne professe une doctrine que parce qu'on la juge vraie et qu'on juge les autres fausses.

Du Saussôi et Petit-Pied mettent l'infaillibilité de profession dans les pasteurs et les fidèles. Ainsi, sans les laïques, les pasteurs ne sont point infaillibles en professant; donc, sans eux, ils ne le sont pas en jugeant, puisqu'au fond juger est identique à professer. Suivant Petit-Pied, il y a entre l'infaillibilité passive et l'infaillibilité active «un rapport et un soutien mutuel.» C'est un langage contradictoire. Si ces deux infaillibilités existaient réellement, elles seraient indépendantes l'une de l'autre. Chacune d'elles se suffirait. Que si elles se soutiennent mutuellement, elles se confondent et se réduisent à une infaillibilité unique.

Legros semble placer l'infaillibilité de profession dans les laïques seuls. « Les promesses du Christ, dit-il, regardent en partie les^ fidèles , en partie les pasteurs, en partie les uns et les autres ensemble. C'est pourquoi, ni les peuples ne peuvent croire, ni les pasteurs ne peuvent enseigner l'erreur. » Il prétend s'autoriser des paroles de saint Paul aux Galates : « Quand nous vous annoncerions nous-mêmes , ou quand un ange venu du ciel vous annoncerait un Evangile différent de

celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème. Je vous l'ai dit, et je vous le répète : Si quel-

qu'un vous annonce un Evangile différent de celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème. » «L'apôtre, dit Legros, frappe d'un égal anathème celui qui prêcherait un Evangile différent de celui que saint Paul et les autres apôtres ont prêché, et différent de celui que les Galates ont reçu ; donc les pasteurs sont infaillibles en enseignant, et les fidèles en croyant. »

Nous n'apercevons point là les deux infaillibilités. V Évangile que je vous ai annoncé et F Évangile que v6%s avez reçu étant la même chose, le second anathème n'est qu'une répétition du premier. D'ailleurs, l'Église de Galatie avait sans doute au moins des prêtres pour exercer les fonctions sacerdotales en l'absence des apôtres. Par conséquent, saint Paul ne s'adressait pas uniquement à des laïques, et si l'expression VEvangile que vous avez reçu^ marquait une infaillibilité de profession , elle résiderait, non dans les seuls laïques, mais dans les laïques et les prêtres à la

fois.

A nos yeux, le texte de saint Paul prouve seulement que l'Église conserve sans altération la foi des apôtres, et que les laïques ont le droit d'examiner et de juger ce que les pasteurs leur enseignent ; car les pasteurs ne jouissent pas, comme les apôtres, du privilège de ne se tromper jamais. S'ils l'avaient, on lirait dans le

iSO DÉFENSE DES POUVOIRS

Symbole : Je crois les pasteurs , au lieu de : Je crois VÉglise.

Ensuite Legros allègue des passages de saint I renée, de TertuUien, de saint Cyrille, qui ne sont pas plus concluants. Ce qu'il attribue aux laïques appartient aux églises, composées de simples fidèles et de pasteurs. 11 ajoute : « La tradition, qui est la règle de notre foi, embrasse également ce que toutes les églises croient et ce que tous les pasteurs donnent comme de foi, d'après le témoignage des Pères et des autres monuments de la tradition. Nous argumentons également, soit de ce que les peuples crurent, soit de ce que les pasteurs enseignèrent. Nous ne -tirons pas moins, par exemple, des réponses des martyrs laïques, ou de l'Apologie d'Athénagore expliquant quelle fut la foi des églises , que des homélies ou des autres ouvrages polémiques des saints évêques, où nous voyons ce qu'eux et les autres enseignaient. Ainsi l'Eglise est également infaillible, soit dans la foi des peuples, soit dans la doctrine des pasteurs^. »

I.Promissa Christi partim spectant fidèles, partim pastores, partim utrosque simul ; ergo nec populi faisum credere, nec pastores faisum docere possunt, sed passivaoi populi, activam pastores inerrantiam habent.

Apostolus, Gai., I, 8 et 9 , vult ex œquo dici anathema evaagelizanti praeterquam quod ipse evangelizaverat cum aliis apostolis, et praeter id quod fidèles acceperant ; ergo et pastores in docendo, et fidèles in credendo infallibiles sunt...

Traditio, qu^e est régula nostrae fidei, sequaliter complectitur

Ici Legros se réfute lui-même. Si la croyance des peuples et renseignement des pasteurs étaient séparément infaillibles, pourquoi la tradition s'appuierait--eUe sur les deux? Plus loin il dit qu'ils servent l'un à l'autre*. Conçoit-on des infaillibilités qui ne peuvent aller d'elles-mêmes, t)u en d'autres termes, qui ne sont point infaillibles par leur propre énergie? « Les peuples, dit ailleurs Legros, ne sont pas juges de la foi, il est vrai ; mais ils sont témoins, et ce témoignage est d'un grand poids. II est même décisif, quand il est clair, constant, unanime... On peut dire que c'est au moins en partie sur ce témoignage que se forme la décision des pasteurs. Leur règle est la nôtre ; la loi de la foi sur laquelle ils jugent n'est autre que la parole de Dieu, contenue dans l'Écriture et dans la tradition, qui nous donne l'Écriture, qui l'explique, qui supplée à son silence sur certains points. Mais qu'est-ce que la tradition, sinon la parole sainte, la vérité révélée transmise de siècle en siècle, conservée dans le cœur des fidèles

quod omnes Ecclesiae fide)es credunt, et quod omnes pastores Iradunt tanquam de fide, ex testimoniis patrum aliisque traditionîs monumenlis : aequaliler argumentamur, sive inde habeamus quod populi crediderint , sive quod pastores docuerint. Non minus v. g. ex responsionibus martyrum laïcorum, vel ex Apologie Athenagorae ubi explicalur quae fuerit ecclesiarum fides, quàm ex homeliis aut operîbus polemicis sanctorum episcoporum, ubi cernimus quid ipsi aliique docuerint: ergo ex aequo infallibilis est Ecclesia, sive in fide populorum, sive in doctrine pastorum. Tract, deEccL, 1. 1, p. 362, 4. Unam alteri servire, p. 368.

autant que dans les écrits des Pères, sans œsse répétée, inculquée, attestée par la confession des peuples,

comme par les instructions et par les jugements des évoques? Ne séparons point les peuples d'avec les pasteurs du premier et du second ordre. Ceux-ci ont été fidèles avant que d'être pasteurs, et disciples avant que d'être maîtres : ils enseignent ce qu'ils ont appris; ils donnent ce qu'ils ont reçu; ils ne proposent dans l'Eglise que ce que l'Eglise croit. Le peuple, de même, ne croit et ne professe que ce que les pasteurs enseignent; et en rendant un témoignage unanime de sa foi, que publie-t-il, sinon ce qu'on lui a enseigné partout dans les prônes, dans les catéchismes , dans les

bons livres et dans toutes les instructions? L'Eglise est essentiellement composée de pasteurs qui enseignent la vérité et de peuples qui la croient : ainsi, il n'est pas possible, ni que tous les pasteurs s'accordent à enseigner l'erreur, ni que tous les fidèles s'accordent à la recevoir. Et comme il est certain qu'un laïque ne croit pas ce qu'il doit croire, quand il croit autre chose que ce que le corps des pasteurs enseigne, il ne l'est pas moins qu'un pasteur enseigne mal, quand il annonce le contraire de ce que tous les fidèles font profession de croire^. »

La fin de ce passage contient des assertions que

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