‹ Œuvres posthumes de Bordas-Demoulin; publeées, avec une introduction et des notesChapitre 86 sur 209 · Renversem., etc., p · texte numérisé non relu

Renversem., etc., p

l'auteur n'émettrait pas s'il vivait aujourd'hui. Il verrait les pasteurs , sinon rigoureusement tous, du moins presque tous s'accorder à enseigner l'erreur^ comme, par exemple, l'immaculisme érigé en dogme, et la doctrine que la bonne foi sauve dans toutes les religions. Et il se garderait d'affirmer qu'un laïque ne croit pas ce qu'il doit croire^ quand il croit autre chose que ce que le corps des pasteurs enseigne.

S'il arrivait que les pasteurs et les peuples fussent divisés, il semble qu'en les supposant séparément infaillibles, la question devrait rester en suspens et qu'elle serait une de celles que l'Église ne décide point. Cependant Legros immole rinfaillibilité des peuples à l'infaillibilité des pasteurs. « L'Église, dit- il, consiste essentiellement et en pasteurs qui enseignent bien et en peuples qui croient comme il faut. Mais ceci n'empêche pas que le jugement des pasteurs ne soit la règle certaine de la foi, même sans le consentement des peuples. Les conciles généraux qui procèdent canoniquement, sont infaillibles. Bien plus, on ne saurait rejeter comme extorqué par la violence ou par la fraude, un jugement dogmatique des pasteurs dispersés sur toute la terre, si leur accord est certain. Aussi, dès qu'un point est défini avec examen et liberté par un concile œcuménique, ou reçu certainement par les pasteurs dispersés sur le globe entier, il n'y a pas lieu de s'enquérir s'il obtient le suffrage des peuples; il ne

leur reste qu'à y adhérer sans aucunement examiner le dogme ^. »

L'exemple des pasteurs dispersés suppose ce qui est en question. Quant aux conciles généraux, voyons l'idée que l'auteur s'en forme. Suivant lui, « ils représentent l'Église et en possèdent toute l'autorité; ils sont dans l'Église ce que les assemblées générales sont dans l'Etat^. » L'assimilation contre nature de l'Eglise à la cité terrestre revient perpétuellement. Il est faux d'ailleurs que les assemblées nationales aient toute l'autorité de la nation; elles n'en possèdent que l'autorité légale, et la nation, qui ne peut s'abdiquer, garde l'autorité naturelle. Avec cette autorité, elle juge les actes des assemblées et ne doit point obéir sans restriction à leurs décrets. S'ils violaient trop manifestement la justice, la soumission cesserait d'être obligatoire, car il n'y a point de droit contre le droit.

De là il résulte que la comparaison se tourne en partie contre ceux qui la font. Ils prétendent que les conciles généraux correspondent aux assemblées politiques; or, les assemblées politiques n'ont point toute l'autorité de la nation : donc les conciles généraux n'ont point toute l'autorité de l'Église.

Les assemblées politiques peuvent se tromper : donc les conciles généraux ne sont point infaillibles.

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