De vulgari eloquio
INTRODUCTION. xxm
certes , une différence légère , car elle marquait deux tendances contraires, l'une vers l'avenir, l'autre vers le passé. La naissance de la langue vulgaire fut la naissance de l'esprit nouveau. Quand les peuples eurent leur langue, ils eurent leur pensée spontanée, vivante.
Dante, selon la méthode du temps, remonte à l'origine du langage même, qu'il place en Dieu parlant au premier homme, et l'homme dut, selon lui, parler avant la femme en vertu de sa prééminence. Cett3 langue originelle fut l'hébreu ; après quoi vint la confusion de Babel.
Il distingue en Europe plusieurs familles de langues : les langues slaves et les langues latines, « qui n'en font qu'une, dit-il, bien « qu'elles paraissent trois. Pour signe d'affirmation, les uns disent « oc, les autres oïl, les autres si : ce sont les Espagnols, les France çais et les Italiens. La preuve de l'origine commune de ces trois « langues est dans le grand nombre de mots semblables qu'elles « emploient '. »
Puis il établit la supériorité de la langue d'oil, dans laquelle écrivaient de préférence les Italiens eux-mêmes axant que leur propre langue se fût suffisamment développée et polie2. Dante la divise en quatorze idiomes, « chacun desquels, ajoute-t-il, se sub- « divise lui-même en un si grand nombre, que je porterais à mille « tous les dialectes, toutes les variétés de langage qui se parlent en « Italie. »
M. Yillemain fait à ce sujet les réflexions suivantes, aussi justes, ce nous semble, qu'ingénieuses. « Cette multitude même de lance gages, dit -il, nous expliquera, je crois, pourquoi la langue ita- « lienne fut si tardive à se fixer, à se constater visiblement par des « écrits. Tout homme doué de quelque invention voulait être ence tendu au delà des murs de sa ville; il était tenté de choisir, non « pas un de ces patois de l'Italie, mais une langue durable, vivace : « il écrivait en langue latine. Ce n'est pas tout ; lorsque le souffle « du génie moderne commençait à dominer, lorsqu'il fallut bien se « détacher de cette latinité morte, ou qui ne vivait plus que dans