Traduction de M. Villemain
2. ce Si aucuns demandoit pourquoi chi lisvres est écrit en rouman, pour chou que nous sommes ytalien, je diroie que ch'est pour chou que nous sommes en France, et pour chou que la parleure en est plus délitable et plus commune à toutes gens. » Brunetto Latini, en son livre intitulé le Trésor.
xxiv INTRODUCTION.
(f les églises et dans les greffes , les premiers hommes qui , en ïta- « lie, sentirent en eux -quelque talent poétique, pour rendre en « langue vulgaire les émotions du cœur, cherchèrent un autre « idiome moderne qui leur offrît ce caractère d'unité qu'ils ne trou- « vaient pas en Italie : le provençal devint pour eux la langue lit— « téraire. Cette influence que la langue des trouvères obtenait en « Angleterre pour la conquête et l'envahissement politique, la langue « des tioubadours l'exerça sur l'Italie du nord par le seul pouvoir « du goût et de l'harmonie * . »
Il y aurait aussi à tenir compte dans le Midi de l'influence que dut exercer la conquête du royaume de Naples par Charles d'Anjou. Celle des Normands ne paraît pas avoir, à cet égard, laissé de traces sensibles.
La Vie nouvelle marque en effet dans la vie de Dante comme une époque de transition déterminée par la mort prématurée de Béatrice. La passion si constante et si vive que, dès l'enfance, lui avait inspirée cette jeune fille se transforma, et sembla depuis lors flotter en quelque sorte entre l'objet réel ravi à son amour terrestre, et un type idéal où se Concentrait tout ce que le poëte concevait de plus haut dans ses contemplations religieuses et philosophiques. La femme devint symbole sans cesser d'être femme, et toujours, dans le ciel même, au sein du mystère qui l'enveloppe, elle apparaît sous ce double aspect.
L'ouvrage singulier où Dante peint si vivement les amères douleurs d'une perte irréparable et la transformation qu'elle opéra en lui, est en même temps une de ces œuvres où, en l'enveloppant de symboles familiers aux adeptes, et clairs pour eux seuls, les Gibelins, comme nous lavons dit, cachaient le secret de leurs pensées et de leurs passions politiques. 11 commence ainsi :
« Dans cette partie du livre de ma mémoire, avant laquelle il y « aurait peu de choses à lire, se trouve une rubrique qui dit : Ici « commence la vie nouvelle. Sous cette rubrique, je trouve beau- « coup de choses écrites, et des paroles que j'ai l'intention de rassem- « bler dans ce livre, sinon textuellement, au moins quant au sens 2.»
Il raconte ensuite de quelle manière, lorsqu'il accomplissait sa neuvième année, lui apparut la glorieuse dame de sa pensée, à la-