‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 14 sur 131 · Convito, u, xiv · texte numérisé non relu

Convito, u, xiv

xxviii INTRODUCTION.

qui la divisaient, aux causes des maux dont elle gémissait : si l'homme intellectuel , embrassant l'univers . planait dans ses es; immenses . s'élevait de ciel en ciel jusqu'à la source infinie, éternelle. dur Vrai et du Beau, l'homme de ce monde fugitif, ramené sur la terre par la réalité des choses de la vie. ses souffrances et ses espérances, par l'amertume des regrets, les passions de parti, la colère. la haine, en nourrissait son âme, théâtre permanent d'un drame terrible qui se dénoue dans une fosse à Ravenne.

Lors de l'entrée en Italie (le l'empereur Henri VII. une sorte de fiévreuse activité saisit cette âme ardente. Il écrit à l'empereur, aux princes, aux peuples, aux Gibelins, aux Guelfes, à l'Italie entière: il se fait le suppliant de la paix publique . conjurant les factions d'oublier le passé . d'abjurer leurs fatales dissensions . de ne plus former qu'une seule famille unie autour du sceptre impérial , à ses yeux le symbole de l'ordre et le gage du salut. Ce fut alors qu'il publia son livre De MonarchkL où il expose avec beaucoup de netteté sa théorie sociale. Il y établit la nécessité, pour le maintien de l'unité, de la justice, de la concorde, d'une monarchie ou d'un empire universel, de l'empire que déjà, dans le Conrito. il avait dit avoir atteint sa perfection sous Octave Auguste '. Par une disposition divine, cet empire appartient au peuple romain, et ne dépend immédiatement que de Dieu. Nous aurons bientôt occasion d'examiner cette théorie, qui se rattache aux plus hautes questions discutées encore aujourd'hui, et avec non moins de chaleur qu'au xnie siècle. La Rome pontificale, après avoir si longtemps combattu pour se subordonner l'empire, n'en pouvait admettre la pleine indépendance. Le livre de Dante souleva tout le parti papal. Le cardinal Beltramo di Poggetto, légat du pape en Lombardie, ordonna qu'il serait brûlé comme contenant des doctrines hérétiques, et défendit de le lire sous peine d'excommunication : l'auteur, menacé du même sort, s'enfuit, non sans difficulté, des Légations avec l'aide de quelques amis 2.

Durant ces jours de persécution , errant de lieu en lieu sans trou-

i. Il mondo non fu mai ne sarà si perfettamente dispos to. corne allora. che alla voce d'un solo principe del Roman popoïo e coman-

datore fu ordmato E pero pace miiversale era per tutto, che mai pin

non fu ne sia : la nave délia umana conipagnia dirittamente per dolce cammino al débite porto coirea. Convilo, p. 167.

-2. Pino délia Tosa et Ostagio di Polenta, suivant Boccace.

INTRODUCTION. xxix

ver nulle part un coin de terre où se reposer, Dante ne laissait pas de continuer son Pcè'me , où se trouve rassemblé tout ce que l'étude , la réflexion , les événements d'une vie si troublée avaient accumulé de connaissances diverses, de pensées, d'émotions, de tristesses et de joies (hélas! celles-ci trop peu nombreuses) dans ce vaste esprit et cette grande âme. Avant de pénétrer dans les splendides ombres de ce sanctuaire, d'essayer de soulever quelques-uns des voiles qui en recouvrent les mystères, un nouveau travail est indispensable. Il faut connaître Dante tout entier pour connaître son œuvre.

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