L'ùlr, des grecs
xxxvi INTRODUCTION.
hypothèse, sujette à des difficultés insolubles, était rejetée, chez ces mêmes anciens, par d'autres philosophes, et notamment par Aristote, dont les idées à cet égard sont au reste fort obscures. On sait combien on a disputé sur ces fameuses entéléchies , identifiées par les Scolastiques à leurs vertus informatives.
Chez les modernes, deux écoles ont renouvelé ces deux solutions du problème général des choses. L'une, supposant que la matière et le mouvement suffisent pour rendre compte de tous les phénomènes , nie que la diversité des formes ou des natures dépende d'un principe spécial , et nie par conséquent les espèces essentielles , immuables. L'autre admet des espèces immuables, essentielles, et par conséquent une cause de cet effet, et par conséquent un principe, quel qu'il soit, de diversité. Qu'on l'appelle forme ou de tout autre nom , ce principe est en réalité le même que celui des Scolastiques : tant est restreint le nombre des conceptions possibles en ce qui touche les causes nécessaires et primordiales.
A ce sujet , il est à remarquer encore que , dans la science de l'organisation, le mot germe, opposé aux qualités occultes des anciens et du Moyen âge, n'a aucun sens, ne représente aucune idée saisissable, si l'on n'y joint celle d'une détermination primitive , et conséquemment d'un principe ou , comme on s'exprime aujourd'hui , d'une force productrice de cette détermination , et cette détermination même essentielle. De sorte que, d'une part, dans la théorie d'un seul principe homogène, des déterminations sans causes déterminantes; et, d'une autre part, dans la théorie des germes ou forces spécifiques, des causes déterminantes se résolvant dans un principe général et premier de détermination ou de diversité, certain s'il n'est point d'effet sans cause, mais inconnu en soi , et , pour le moins , ressemblant en cela beaucoup aux qualités occultes , proscrites par une science qui les reproduit de fait sous de nouvelles dénominations. Et c'est que ce mot occulte ne marque en effet que la limite de la connaissance, le point où elle est parvenue , et au delà duquel les ténèbres commencent.
De ce qui vient d'être dit il résulte que Dante n'eut point de philosophie propre ; il adopta , sans innover, celle alors admise dans l'école , impuissante à créer la science de Tunivers , qui ne pouvait naître et se développer qu'à l'aide d'une méthode directement inverse de la sienne. L'une, fondée sur l'observation , remonte des faits aux causes qu'ils impliquent; l'autre, partant d'hypo-
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thèses logiques . descend des causes supposées aux faits qui s'en déduisent et doivent s'y plier : d'où , au lieu d'un système de connaissances réelles, un système fantastique d'abstractions. A chaque siècle son œuvre. L'astronomie attendait Copernic et Kepler, la physique. Galilée et Bacon. Toutefois, deux choses sont à remarquer dans la philosophie si poétiquement exposée par Dante : le caractère d'unité qu'elle présente, et le lien qu'elle établit entre le monde spirituel et le monde matériel. Que ce lien, tel qu'on le concevait, fût fictif, que les rapports intimes de ces deux mondes fussent mal définis, là-dessus nul doute. Mais l'idée première n'en était pas moins vraie , et le vide qu'à cet égard offre la science actuelle, la scission complète effectuée par elle entre deux ordres inséparables de causes et d'effets , en la privant d'un de ses éléments, qu'il fut peut-être utile de négliger d'abord, l'environne comme d'un nuage, lui prescrit des bornes arbitraires, et ne peut désormais qu'en retarder les progrès.