‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 22 sur 131 · De Monarchie, lib. i · texte numérisé non relu

De Monarchie, lib. i

KLViii [NTRODUCTION.

D'où il conclut que l'unité étant la condition nécessaire de la paix . Dieu a préposé un chef unique à chacun de ces ordres : à l'ordre spirituel . le Pape, dont la fonction est de gouverner souverainement ies âmes ; à Tordre temporel , l'Empereur, dont la fonction corrélative est de gouverner souverainement la société politique et civile, laquelle toutefois peut se partager, sous sa juridiction suprêm divers États constitués sous différentes formes.

Le droit qui ramène le genre humain à l'unité en le soumettant à un seul chef. l'Empereur le possède comme héritier du Peuple romain, qui le possédait lui-même en vertu d'un décret di\in immuable.

Ainsi Rome . reine et maîtresse de toutes les nations . est le - des deux Pouvoirs destinés à régir le genre humain spirituellement et temporellement , et , en ce sens , le Centre du monde . au-dessus duquel ces deux Pouvoirs s'unissent en Dieu.

Le Pouvoir spirituel, d'une nature supérieure, éclaire, dirige le Pouvoir temporel, quant à la fin spirituelle de l'humanité, mais non quant à sa fin temporelle , qui n'est pas de son ressort , de sort ces deux Pouvoirs sont réciproquement indépendants l'un de l'autre, chacun dans son ordre.

Telle est , en peu de mots, la théoi : mière-

înent. destructive de la liberté . que Dante , au contraire . voulait affermir, et dont il voyait la garantie, du côté des Pontifes, dans leurexclusion de toute puissance temporelle, et du côté des Empereurs. dans la plénitude de leur puissance même, qui, ne pouvant, plus s'accroître, ne leur laissait d'autre intérêt que celui de la justice et du bien général . en cela semblables au Tout-Puissant, qui ne peut vouloir rien que de bon et de juste. Il oubliait les passions hum; et dans l'ordre même où elles régnent avec le plus d'empire. Il y a ici comme un reflet des idées orientales. Chaque monarque asiatique ne manque pas de s'attribuer, dans ses titres pompeux . celui de souverain de tous les autres monarques, usage que les Mogols introduisirent, après leur conquête, en Russie1, où ce germe a tel-

î . Boris prétendit accoutumer la nation russe à le vénérer comme un Dieu sur la terre, et lui-même il composa une formule de prière qui devait être récitée dans chaque famille aux heures (( salut du corps et de l'âme de l'unique monarque chrétien de l'univers, « que tous les autres souverains servent en esclave - « abime de sagesse, et le cœur rempli d'amour et de magnanimil . Mérimée. Les faux Démet rius. p. 53.

INTRODUCTION. xlix

lement fructifié . que, dans le catéchisme dont le tzar ordonne l'enseignement . il s'offre lui-même au culte de ses sujets , et . non content d'être à la fois leur pape et leur souverain, se fait encore leur dieu. Cette conséquence est si naturelle, que, dans les discussions qui eurent lieu à Bologne entre quatre professeurs de jurisprudence de l'Université, au sujet de savoir si l'empereur était le Seigneur de toute la terre ', au même sens que le Roi des Rois et le Seigneur des Seigneurs- de Y Apocalypse , deux d'entre eux . principalement Martin Goria. soutinrent l'affirmative avec tant de chaleur, qu'ils faisaient, dit Ciampi 3, un dieu de l'empereur : « sentiment qui eut, ajoute-t-il. un grand nombre de sectateurs, même dans les siècles suivants. »

Tous les anciens despotes, d'ailleurs, se faisaient adorer. L'empereur de la Chine , fils du Tien et son représentant sur la terre, y exerce, suivant la croyance des peuples, son pouvoir souverain de telle sorte qu'il est responsable de l'ordre des saisons, de la pluie et de la sécheresse, des bonnes et des mauvaises récoltes, etc.

Même principe et mêmes conséquences chez les nègres d'Angola. « Les rois de Loango sont, dit Battêl, respectés comme (]<?< dieux. « Ils prennent le titre de Jamba et de Pango, qui signifie dans la « langue du pays Dieu ou Divinité. Leurs sujets sont persuadés « qu'ils ont le pouvoir de faire tomber la pluie du ciel. Us s'as- « semblent au mois de décembre pour les avertir que c'est le temps « où les terres ont besoin; ils les supplient de ne pas différer celte « faveur, et chacun leur apporte un présent dans celte vue. » ( IJisl. gén. des f'oyages. t. IV. p. '595.)

En second lieu, la théorie que nous examinons est irréalisable. Elle implique deux choses également impossibles : un Pape et un Monarque reconnus universellement sur la^surface du monde entier. Et ce Monarque fût-il reconnu, comment, à des distances si grandes, sans moyen de contrainte . ni souvent de communication , exercerait-il son pouvoir de gouvernement ? Comment, sous des climats si divers, tant de peuples différents de langage, d'idées, de mœurs, de coutumes, offrant tous les degrés du développement humain, depuis l'état sauvage jusqu'à la civilisation la plus avancée, pour-

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