‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 23 sur 131 · Discorso premesso aile Rime di Messer Cino. Pisa · texte numérisé non relu

Discorso premesso aile Rime di Messer Cino. Pisa

i. cl

l INTRODUCTION.

t— ils régis selon sprin s de droit politique et civil

uniformes, former un fout, une société obéissant à une législation - lérale qu'elle fût? On ne discute point de pareilles ries.

streîg nant même aux nations chrétiennes l'application du système adopté par Dante, qu'on se figure deux souverains indépendants, l'un dans Tordre spirituel . ns Tordre temporel, l'un maître des âmes, l'autre des corps, l'un commandant à la volonté dépendante des s, 1 titre aux organes qui ne peuvent être mus qu'est-ce que cela. - ::on l'affirmation uetoires, sinon le chaos absolu? D'une part, unepe - lion, de l'autre, une action sans iî appartiennent à l'être agissant. Car en a-t-il : : :»pi es ? déterminant lui-même alors celles qu'il juge de son ress : il échappe au pouvoir spirituel , il devient , a soi. ce r ravoir m eme : — lui est-il -, au contraire, soumis lans . sphère de l'intelligence? il n'est plus en ses mains qu'un :. matériel .

L'histoire conârme ici . zient de la pure raison. Cette endance> laquelle brise l'unité sociale comme briserait l'imité humaine Pi ^dépendance mutuelle du corps et de bsprit, qu'a-t^elle produit alors :a admise théoriquement, elle formait en Europe la base du iolente pour recon-

lité brisée;, des guerres atroces, un débordement de fi pareils ceux qu'amena l'invasion des barbares. Tels furent les le Ton appelait I: : sacerdoce

et de t empire, esj r pierre philosophale de la théologie, dont

le g ncesî lssî infatigables

sessi .a recherche.

îsen opposaient une autre, admirablement résumée pai Boniface VIII. en ces termes :

L foi nous îblige de croire et de professer que la sainte Église

« cail: lique est une... C'est pourquoi Église une et

unique n'est q on pas deux chefs , chose

monstrueuse, mais un seul :1 - rir: le Christ el Pierre,

aire du Christ, nsi îcesseur le Ken . Qu'il ait en

ssance les deux glaives, l'an spirituel, l'autre temporel,

si ce que IE ngile nous apprend: car les apôtres ayant dit :

Voici dewe glaires ici i est-à-dirc ians l'Église, puisque fiaient

INTRODUCTION. li

u les Apôtres qui parlaient, le Seigneur ne leur répondit pas : c'est « trop, mais : c'est assez-. Certainement, celui qui nie que le glaive « temporel soit en la puissance de Pierre méconnaît cette parole du « Sauveur: Remets ton glaive dans le fourreau. Le glaive spiri- « tuel et le glaive matériel sont donc, l'un et l'autre, en la puissance « de l'Église; mais le second doit être employé pour l'Église, et le « premier par l'Église. Celui-ci est dans la main du prêtre, celui-là « dans la main des rois et des soldats, mais sous la direction et la « dépendance du prêtre. L'un, de ces glaives doit être subordonné à « l'autre, et l'autorité temporelle doit être soumise au pouvoir spi- « rituel. Car, suivant l'apôtre, toute puissance rient de Dieu. « Celles qui existent sont ordonnées de Dieu ; or, elles ne seraient « pas ordonnées, si un glaive n'était pas soumis à l'autre glaive, et « comme inférieur, ramené par lui à l'exécution de la volonté sou- « \eraine. Car... c'est une loi de la Divinité que ce qui est infime « soit coordonné par des intermédiaires à ce qui est au-dessus de « tout. Ainsi, en vertu des lois de l'univers, toutes choses ne sont « pas ramenées à l'ordre immédiatement et de la même manière : « mais les choses basses par les choses moyennes, ce qui est inféo rieur par ce qui est supérieur. Or, la puissance spirituelle sur- « passe en noblesse et en dignité la puissance terrestre, et nous « devons tenir cela pour aussi certain qu'il est clair que les choses « spirituelles sont au-dessus des temporelles. C'est ce que font voir « aussi non moins clairement l'oblation , la bénédiction et la sancti- « fication des dîmes, l'institution de la puissance et les conditions « nécessaires du gouvernement du monde. En effet, d'après le « témoignage de la vérité même, il appartient à la puissance spiri- « tuelle d'instituer la puissance terrestre, et de la juger, si elle n'est « pas bonne... Si donc la puissance terrestre dévie, elle sera jugée « par la puissance spirituelle. Si la puissance spirituelle d'un ordre « inférieur dévie, elle sera jugée par son supérieur. Si c'est la puisce sance suprême, ce n'est pas l'homme qui peut la juger, mais Dieu « seul... Or, cette puissance qui, bien qu'elle ait été donnée à « l'homme et qu'elle soit exercée par l'homme, est non pas humaine, « mais plutôt divine, Pierre Ta reçue de la bouche divine elle-même, « et celui qu'il confessa l'a rendue, pour lui et ses successeurs, « inébranlable comme la pierre... Donc, quiconque résiste à cette « puissance ainsi ordonnée de Dieu, résiste à l'ordre même de Dieu, « à moins que, comme le manichéen, il n'imagine deux principes,

lu INTRODUCTION.

« ce que nous jugeons être une erreur et une hérésie... Ainsi, toute « créature doit être soumise au pontife romain . et nous déclarons. « définissons et prononçons que cette soumission est absolument de « nécessité de salut '. »

Il le faut reconnaître, cette doctrine frappe par sa grandeur et sa simplicité: elle est nette, liée dans toutes ses parties, et incontestable dans sa base. Car, en dehors de l'application qui la ramène et la circonscrit dans le cercle particulier de la théologie catholique. que dit le Pape? Qu'il existe au sein de l'univers deux principes distincts : 1" esprit et la matière, la raison et la force aveugle: que l'un et l'autre de ces principes sont des conditions nécessaires de l'existence des choses . de l'existence de l'homme et de la société : mais que . dans l'ordre de perfection qui détermine leurs rapports mutuels, l'esprit est au-dessus de la matière, la raison au-dessus de la force aveugle qu'elle doit diriger vers les fins conçues par l'intelligence, et qui lui est dès lors essentiellement subordonnée. Niez cela, supposez la force indépendante de la raison, vous établissez deux principes égaux réciproquement libres et qu'aucune loi n'ordonne entre eux : le principe matériel de la force aveugle eu le principe du mal. le principe spirituel de la raison ou le principe .du bien, vous affirmez le dualisme, vous êtes manichéen.

Nous ne «pensons pas qu'on puisse se refuser à l'évidence de ces maximes: les énoncer, c'est les prouver. Jusques-là donc, nulle difficulté. Mais le Pape ne dit pas seulement que la force doit être subordonnée à la raison, lui obéir, être dirigée par elle, il dit encore : La raison c'est moi, et il doit le dire dans le système catholique. selon lequel la raison suprême, qui est Dieu, se manifeste, pour le salut du genre humain, par Jésus-Christ toujours présent à son Église dans la personne de Pierre et de ses successeurs, revêtus de son autorité infaillible. Dieu, donc, ayant parlé premièrement par la bouche du Christ, et continuant de parler par la bouche de Pierre et de ses successeurs , vicaires du Christ . la raison de Pierre . la raison du Pape est la raison du Christ, la raison de Dieu même. Ce qu'il enseigne doit donc être cru d'une foi divine ou absolue. Et comme la doctrine enseignée enveloppe de proche en proche tout ce qui peut être l'objet de la raison humaine, la raison humaine, tout

1. Bulle dogmatique de Eoniface VIII, confirmée par dément Y. et

insérée dans le corps du droit canonique.

INTRODUCTION. lui

entière aussi, vient s'absorber dans la raison dont le Pape est l'organe: de sorte que, appliqué au catholicisme, le système exposé par Boniface VIII se résout dans cette proposition : étant donné le genre humain, le Pape est l'esprit, la raison, — le reste est la matière, la force: et conséquemment t us les hommes, quels qu'ils soient, doivent être régis par lui, et obéir aveuglément à ses volontés sou- \ eraines. Or cela, qu'est-ce, sinon la pure théocratie ? D'où ces deux conséquences: que les Papes durent nécessairement tendre à constituer la théocratie; et que la théocratie, abstraitement conçue, implique chez l'homme la destruction de toute pensée, de toute \olonté libre, conséquemment la destruction du principe moral même. Elle ravale la plus nobte créature de Dieu à la condition de la brute irresponsable, au rang des animaux incapables de bien et de mal. de mérite et de démérite, puisqu'ils le sont de tout choix.

Tel est en effet le caractère que présentent dans l'histoire toutes les théocraties, qu'elles aient pour origine soit l'absorption du pouvoir temporel par le spirituel, soit, comme en Russie, l'absorption du pouvoir spirituel par le temporel. Dans les deux cas , elle est également la négation des lois de l'humanité et de la nature môme de l'homme, une exécrable tentative de meurtre contre le genre humain , un défi jeté à Dieu qui a \oulu et \eut qu'il vive.

Qu'au moyen âge le.- Papes eussent vaincu, où en serait l'Europe? L'état de l'Espagne sous l'Inquisition n'en offre qu'une faible image, car. là même, le partage du pouvoir imposait certaines bornes à celui du roi et à celui du prêtre. Mais qu'on les suppose réunis, il ne teste plus à la vie aucun refuge. Partout l'ignorance et le silence , l'apathie, la langueur, la décadence de la culture, l'extinction de l'industrie , nul autre but que l'assoiuissement des appétits sensuels, le Pouvoir lui- même attiré au fond de la matière, et s'y putréfiant.

Qu'aujourd'hui la Russie vainquit, mêmes conséquences : dans une nuit sinistre . les mystères de l'enfer et l'orgie de la mort. Telle qu'un glacier qui glisse sur sa base, on la verrait s'étendre sur la terre dévasté?, ténébreuse, muette , et y couvrir de son froid linceul les peuples râlant sous les ruines de la civilisation écroulée. Mais au Tzar-Dieu, comme au Pape-Dieu, il a été dit: Tu ne prévaudras point! au-dessous de ton trône impie , moi , le seul Dieu , j'ai creusé ta fosse.

Si la théorie d'un pouvoir unique, à la fois spirituel et temporel.

liv INTRODUCTION.

et celle de deux pouvoirs indépendants l'un de l'autre sont également inadmissibles , également funestes à l'humanité par leurs conséquences, quelle est donc la vraie théorie sociale ? et en est-il une? Oui , sans doute , puisque l'homme a des lois. Mais, au lieu de la chercher dans ces lois, on n'a guère fait qu'ériger en doctrine leur violation même.

Observons d'abord que les deux systèmes , dont nous venons de montrer la fausseté dangereuse, reposent sur un principe commun. Supposant possible et nécessaire la possession de la vérité absolue pour le salut de l'âme , l'action permanente, par voie de commandement, de la justice absolue pour le salut du corps ou de la société extérieure, l'organe du juste et l'organe du vrai dans l'humanité doiver t, dès lors, être élevés au-dessus de l'humanité même, laquelle n'admet rien d'absolu. Le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel sont donc forcément conçus comme de purs instruments passifs, au moyen desquels Dieu gouverne immédiatement le genre humain. Or, quoi que suppose la théorie , ces pouvoirs sont , de fait , des hommes semblables aux autres hommes, doués comme eux d'une activité, d'une volonté propre, sujets aux mêmes erreurs, aux mêmes passions. D'où il suit, d'une part, qu'en tant qu'organes de Dieu, vérité infinie , justice infinie, une obéissance infinie aussi leur est due ; et que, d'une autre part , cette obéissance, dans l'ordre de la pensée et dans l'ordre de l'action , devient l'obéissance à tout ce qu'ordonnent, en tant qu'hommes, ces organes supposés de Dieu. Car, si l'on établit que le devoir d'obéir comporte, à cet égard, une distinction, on se déclare soi-même pratiquement juge de cette distinction , juge dès lors de ce qui est de Dieu et de ce qui est de l'homme dans les choses commandées, juge de la vérité infinie , de la justice infinie, — et le système croule par sa base.

Que si, au contraire", on l'accepte avec ses conséquences nécessaires, il en résulte la consécration absolue, divine, de tout ce qui peut monter de plus monstrueux dans l'esprit et dans le cœur des hommes préposés aux peuples pour les conduire. Le principe commun à ces deux théories, en transformant l'ordre de la nature dans un ordre surnaturel, nie donc les conditions de la société humaine et la détruit par une confusion des lois essentielles de l'Être infini et de celles de l'Être fini, laquelle aboutit logiquement à la déification de l'homme.

De plus, l'une d'elles brise son unité en établissant l'indépen-

INTRODUCTION. lv

dance mutuelle de l'esprit et du corps , qui ne peuvent subsister qu'unis; et l'autre , par une fausse vue d'unité, en s'efforçant d'absorber le corps dans l'esprit, ce qui serait l'abolition de la vie terrestre, tend, par l'invincible besoin de vivre, à l'absorption de l'esprit dans le corps.

Il s'en faut beaucoup que ces doctrines, d'une absurdité si funeste, aient cessé de régner; elles sont, au contraire, encore aujourd'hui le fondement et la règle de la soriété chez les nations chrétiennes, et y produisent les mêmrs effets qu'elles ont produits dans tous les temps. Cependant les peuples s'en sont lassés. Partout ils s'agitent pour sortir du cercle infernal de la double servitude où ils gémissent depuis tant de siècles , pour briser 1 s portes de l'enceinte où rois et prêtres les ont, comme un \il bétail, tenus jusqu'ici parqués. Un secret instinct, puissant, irrésistible, les attire ^ ers un monde nouveau , une société nouvelle. Que sera cette société ? que doit-elle être ? Essayons de répondre à cette question considérée seulement à un point de vue général et philosophique.

Si l'on élimine l'hypothèse pleine de ténèbres et de contradictions, qui, transportant l'homme dans un ordre au-des us de la nature, y place le principe immédiat de sa vie, soustraite dès lors à l'empire t'es lois naturelles, si on rentre dans celles-ci et qu'on s'y renferme, la lumière aussitôt reparaît.

Tout être est nécessairement un ; tout être fini intelligent, par cela même qu'il est fini, a des bornes nécessaires, ou se compose nécessairement d'esprit et de corps; et, par cela mène qu'il est un, l'esprit et le corps doivent être ramenés à cette unité , condition es^entie le de son existence , à laquelle ils concourent également , quoique d'une manière diverse. Détruisez un de ces éléments, l'être entier est détruit, il cess^ d'exister individuellement dans le monde des réalités extérieures à Dieu ; il redevient une pure idée divine.

Mais si l'esprit et le corps s'impliquent réciproquement comme des conditions nécessaires de l'être intelligent fini , le corps, inférieur à l'esprit , lui est subordonné, et ses lois propres sont et doivent être subordonnées aux lois de l'esprit qui les dirige à ses fins supérieures.

Ainsi que l'homme individuel , le genre humain est un , puisque la nature humaine, dont il est l'expression , est une, et, dans son développement continu , il tend sans cesse à une plus parfaite unité par l'évolution continue aussi et simultanée de l'esprit et du corps

lvi INTRODUCTION.

ou le perfectionnement progressif de la société dans Tordre spirituel et l'ordre corporel.

Et comme Tordre spirituel est au-dessus de Tordre corporel , il existe entre eux une subordination nécessaire. L'esprit commande au corps, et dirige à ses propres fins son action aveugle.

Chaque société particulière représente la société du genre humain, dont elle forme un des éléments, comme elle-même a pour éléments les individus dont elle se compose. Soumise aux mêmes conditions d'être, elle subsiste en vertu des mêmes lois. Esprit et corps, le corps en elle est l'organisation politique , civile , économique , domaine du pouvoir temporel, distinct du pouvoir spirituel comme le corps est distinct de l'esprit , subordonné au pouvoir spirituel comme le corps est subordonné à l'esprit dans l'unité humaine, possible seulement par cette subordination.

Le pouvoir temporel, expression du corps dont il résume l'action, appartient radicalement à tout le corps , dont toutes les parties solidairement liées concourent toutes à la fin commune, ne forment toutes ensemble qu'une même unité, de laquelle on ne saurait exclure une seule partie sans qu'elles pussent toutes successivement être exclues au même titre, ce qui serait la destruction du corps même. Ainsi, dans le corps social, le pouvoir radical, ou comme on b« nomme encore, la souveraineté est universelle, une et indivisible.

Le pouvoir spirituel , bien que lié au pouvoir temporel qu'il doit diriger, n'admet par sa nature aucune organisation analogue à celle dont le pouvoir temporel résume l'action; de même que l'esprit, bien que lié au corps , ne peut être conçu sous un mode d'organisation corporelle. Ce qu'il est dans l'homme, il Test également dans la société, quelque chose au-dessus des sens, la pensée, la raison finie et progressive, sujette à Terreur, mais pénétrant toujours plus dans le vrai.

Dans la société, donc, le pouvoir spirituel, étranger à l'organisation du corps social ou de l'État, en dehors d'elle, supérieur à elle, n'est que l'esprit, la raison libre de toute entrave : d*où, par la communication sans obstacle des pensées qui se modifient les unes les autres, naît une pensée commune, une volonté commune, dominant, dès qu'elle s'est formée, toutes les pensées, toutes les volontés particulières ; de sorte que, sans moyens de contrainte, sans juridiction politique ni civile, la raison libre, impersonnelle, incorporelle.

INTRODUCTION. lvii

constitue le Pouvoir spirituel dans lequel réside la suprême puissance de gouvernement; car gouverner, c'est réaliserai! dehors une volonté correspondante à une pensée qui la détermine.

Et comme le faux s'évanouit d'autant plus promptement qu'il est soumis à un examen et plus général et plus libre, comme l'injuste n'est jamais qu'un intérêt particulier opposé à l'intérêt de tous, ce que tous pensent est toujours relativement ce qu'il y a de plus vrai ; ce que tous veulent , ce qu'il y a de plus juste.

Élargissez le cercle : représentez -vous les peuples divers coordonnés dans le genre humain, comme les individus dans chaque peuple, y soutenant les mêmes rapports, y remplissant les mêmes fonctions, l'humanité nous apparaîtra sous la forme que lui assignent ses lois naturelles, comme un seul être animé d'une seule vie dans son unité complexe, se développant selon tout ce qui est , selon sa double nature spirituelle et corporelle, et par un progrès continu , éternel, s'approchant toujours plus de Dieu, de l'Être infini, infiniment un , sans jamais cesser d'être à une distance infinie de lui.

Ainsi donc, les systèmes qui supposent le pouvoir directement institué de Dieu et son représentant sur la terre, obligent à le concevoir sous une double notion qui se résout dans celle de la force pure et de la raison absolue. Or, séparées, la raison absolue et la force pure, simples abstractions de l'esprit, ne constituent aucun être, n'ont aucune existence réelle : unies, l'idée de pouvoir se confond avec l'idée de Dieu , à la fois raison infime et puissance infinie. Immédiatement soumise à ce pouvoir exercé par un homme , organe de la raison divine, instrument de la volonté ou de la puissance divine, la société humaine n'est plus qu'un assemblage d'êtres sans pensée, sans volonté, sans action propre, quelque chose au-dessous de la société. des brutes que dirige du moins l'instinct inhérent à chacune d'elles.

Réduit à ses termes les plus simples, tel est le droit qui a longtemps régi l'humanité et la régit encore. Il renferme, avec la négation de la liberté, la négation de l'homme intelligent et moral, de l'homme physique même , qui n'a pas en soi seul son principe de conservation ; et conséquemment sa tendance est une tendance directe à la mort. Mais l'homme veut vivre ; il a donc toujours résisté à ce droit impie, monstrueux,' qui jamais n'a pu s'établir d'une manière complète et durable. La société, à l'époque présent1, ne lutte pas seulement contre ses conséquences, elle l'attaque en soi,

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elle s'efforce d'en extirper jusqu'à la racine. Nul repos désormais qu'elle n'y ait substitué un autre droit , le droit fondé sur la nature , et par cela même le vrai droit divin. Il a pour caractère, pour expression la liberté, que détruit radicalement le droit contraire. Et qu'on ne l'oublie jamais, c'est la liberté, la liberté sans autres limites pour chacun que l'égale liberté d'autrui, qui résoudra tous les problèmes sociaux , constituera l'ordre véritable , ouvrira à chaque peuple, au genre humain, la voie par où l'impulsion spontanée de ses secrètes puissances le guidera , voyageur immortel , vers le terme inconnu de ses destinées mystérieuses. Que dans cette voie sacrée il rencontre des obstacles , que , pour le repousser au sein des misères et des ténèbres du passé , se dresse devant lui le génie du mal, qu'importe?

Tu ne cède rnalis, sed contra audentior ito.

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