PURGATOIRE
La permanence de l'être humain après le phénomène appelé mort, la diversité pour chacun de l'état qui la suit, selon qu'il a vécu moralement bien ou mal , ces deux croyances , inhérentes à notre nature , sont universelles ; mais , dans le développement des idées qui y correspondent, la raison , abusée par de fausses analogies ou égarée par d'autres causes d'erreurs , a souvent altéré les simples enseignements de la conscience native. Ainsi, glissant, à son insu même, sur la pente d'un anthropomorphisme dangereux, elle s'est représenté le Souverain être distribuant les peines et les récompenses futures, comme sur la terre les juges les distribuent par une libre détermination de leur volonté propre, arbitrairement
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en ce sens que la peiné et la faute n'ont entre elles aucun lien nécessaire, tandis qu'en réalité elles sont liées de la même manière que la cause et l'effet, dont l'intime relation résulte de leur essence et dépend d'elle directement et uniquement. La peine sort de la faute comme la souffrance de la maladie, selon des lois premières, immuables, qui sont les lois mêmes de la vie.
On s'est également persuadé que la peine renfermait en soi une vertu expiatrice, — en d'autres termes, que la souffrance guérit la maladie, — ce qui a conduit à cette opinion exécrable que Dieu se complaît dans la peine ou dans la souffrance de l'être puni.
De là le zèle persécuteur, de là ce débordement de cruautés infernales au moyen desquelles , chez tant de peuples , une frénétique piété a cru satisfaire à la justice divine. La législation même, imbue de cette pensée funeste, en a étendu les conséquences aux délits de tous ordres et à leur châtiment, transformé en une sorte de culte expiatoire et de sacrifice humain.
D'une autre part, l'idée de l'absolu , née des abstraites spéculations de la métaphysique , se combinant avec celle du mal , on se figura qu'il existait des péchés inexpiables, éternels dès lors, et dès lors aussi entraînant après soi une punition éternelle. Dcù, à l'égard de ces péchés infinis en durée, infinis par le caractère de celui qu'ils offensent, le dogme effroyable de l'éternité des peines :
Sedet, aeternumque sedabit Infelix Theseus1.
Ainsi, trois états de l'homme après la mort : l'état de béatitude éternelle pour les justes, l'état d'éternel châtiment pour les pécheurs fixés dans le mal, enfin , pour les pécheurs susceptibles de recouvrer la santé de l'âme, l'état de purification passagère.
Sur ce point, la doctrine chrétienne n'a rien qui la distingue des doctrines antérieures. On la retrouve tout entière dans Platon, et, chose remarquable, en des termes pareils à ceux de l'Évangile :
« La mort n'est, à ce qu'il me semble, que la séparation de l'âme « et du corps... Après cette séparation, l'âme demeure telle qu'elle « était auparavant; elle conserve et sa nature et les affections « qu'elle a contractées pendant cette vie. Quand donc les morts « arrivent devant le Juge, il examine l'âme de chacun, sans avoir