Quin et, supremo quum lumine vita reliqu.it
Non tamen omne malum miseris nec funditus omnes Gorporeae excedunt pestes ; penitusque necesse est Multa diù eoncreta modis inolescere miris. Ergô exercentur pœnis, veterumque malorum Supplicia expendunt : aliae panduntur inanes Suspensae ad ventos : aliis sub gurgite vasto Infectum eluitur scelus , aut exuritur igni : Quisque suos patimur mânes. Exinde per amplum Mittimur Elysium, et pauci laeta arva tenemus : Donec longa dies, perfecto temporis orbe Concretam exemit labem , purumque reliqu.it iEthereum sensum, atque aurai simplicis ignem. Has omnes , ubi mille rotam volvère per annos , Lethœum ad fluvium deus evocat agmine magno, Scilicet immemores supera ut convexa revisant , Rursùs et incipiant in corpora velle reverti. JEneid., lib. vi.
Il est curieux de comparer à cette description, ce que le même sujet a inspiré à un autre grand poëte, Shakspeare. On trouvera peut-être qu'on peut hésiter, du moins quant à la force de l'impression produite, entre la
INTRODUCTION. lxxxix
Mais, parmi les aberrations où l'a jeté, à cet égard, une fausse théologie , il n'en est point de plus effrayantes que celles de quelques sectes chrétiennes qui , niant le Purgatoire ou un état de purification après la mort, n'admettent que l'Enfer, et, en cela, tirent une juste conséquence d'un autre point de leur doctrine , suivant laquelle l'homme est prédestiné de toute éternité au salut ou à la damnation, en vertu d'un décret immuable de la pure volonté divine. Ce décret absolu impliquant la nécessité non moins absolue de son accomplissement, il est clair qu'au moment où l'homme passe de cette vie dans l'autre, ses destinées sont fixées à jamais, et qu'il ne peut dès lors exister pour lui de demeure que le ciel éternel ou l'enfer éternel, sans que le choix entre l'un et l'autre ait pu, à aucun degré, être en sa puissance , dépendre de l'usage de son libre arbitre, que la même doctrine détruit radicalement, et avec lui le principe moral inséparable de la liberté. De tous les blasphèmes contre Dieu , il n'en est point que celui-ci ne surpasse en impiété. Dante a conçu sa seconde cantique d'après les idées catholiques
sereine élégance du cygne de Mantoue , et l'énergie sauvage du barde anglais :
Claudio. Death is a fearful thing !
Isabella. And shamed life a hateful.
Claudio. Ay, but to die, and go we know not where; To lie in cold obstruction, and to rot; This sensible warm motion to become A kneaded clod; and the delighted spirit To bathe in fiery floods , or to réside In thrilling régions of thick-ribbed ice ; To be imprison'd in the viewless winds And blown with restless violence round about The pendent world; or to be worse than worst Of those , that lawless and incertain thougths Imagine howling ! — 'tis too horrible ! Claudio. La mort est une affreuse chose! Isabella. Et la vie déshonorée, une haïssable. Claudio. Oui. Mais mourir, et aller nous ne savons où. Etre là, couché dans un trou froid, et pourrir; le corps chaud qui sent et se meut, devenir une motte de terre pétrie ; et l'esprit, tout à l'heure plein de joie, se baigner dans des flots de feu , ou habiter des régions hérissées d'épaisses côtes de glace ; être emprisonné dans des vents invisibles , et emporté avec une violence sans repos autour du monde suspendu ; ou bien être pis que le pire de ceux que nous montrent , hurlant , des pensers effrénés , de vagues rêves! —C'est trop horrible.
Measure for Measure, acte III.
xc INTRODUCTION.
conformes a celles de Platon. Mais il a dû développer ce sujet, l'orner de détails qui représentassent à l'imagination, et. en quelque manière . aux sens mêmes . ce que propose à la seule pensée le dogme théologique: créer un monde et le peupler d'êtres réels: — ut pictura poesis.
D'au milieu des eaux . dans l'hémisphère opposé au nôtre . s'élève une montagne de forme conique. Autour régnent des corniches . séjour des âmes qui doivent s'y purifier. Le Paradis terrestre en occupe le sommet, et au bas. sur les premières rampes, ceux, en grand nombre, qui différent leur conversion jusqu'aux approches de la dernière heure, attendent, durant un temps plus ou moins long, selon que leur négligence a été plus ou moins coupable, qu'il leur soit permis de monter dans le véritable Purgatoire , dont , plus haut, un ange garde l'entrée. Il se compose de sept corniches, chacune desquelles est consacrée à l'expiation d'un des sept péchés capitaux. La disposition en est. comme on voit, pareille à celle de l'enfer, mais en sens inverse. Des deux cônes, le sommet de l'un correspond à l'état de l'homme descendu le plus avant dans le mal . le sommet de l'autre à l'état de l'homme pleinement régénéré. Nous avons fait remarquer, déjà, que Dante se complaît dans ces correspondances symétriques.
Le ton de cette cantique contraste profondément avec celui de la précédente. Il a quelque chose de doux et de triste comme le crépuscule, d'aérien comme le rêve. Les violents mouvements de l'âme se sont apaisés. Les peines matérielles y ressemblent à celles de l'enfer, et l'impression en est toute différente. Elles éveillent une tendre pitié, au lieu de la terreur et d'une âpre angoisse. L'âme souffrante. non-seulement les accepte parce qu'elle en reconnaît la justice, mais elle les désire parce qu'elle sait qu'elle guérira par elles, et que. dans la douleur passagère, elle pressent une joie qui ne passera jamais. De là je ne sais quoi de tranquille, de calme, de mélancolique et de serein. Otez de la vie présente l'incertitude, le cloute, la crainte, laissez-y seulement, avec ses misères, l'espérance qui les adoucit, et une pleine foi d'atteindre le but que l'espérance nous montre, ce sera le Purgatoire tel que Dante le peint. Et c'est qu'au fond le Purgatoire. l'Enfer, le Ciel, au degré où nous pouvons en avoir et l'idée et le sentiment. ne sont que les divers états de l'homme sur la terre, le monde où nous vivons, mélangé de vertus et de vices, de jouissances et de souffrances, de lumières et de ténèbres, et qu'en realite l'autre
INTRODUCTION. xci
monde n'en est que l'extension dans une sphère plus élevée et plus large. Séparez du bien et du mal l'absolu impossible, il ne reste que ces choses, héritage commun des êtres imparfaits et indéfiniment perfectibles. Notre enfer, notre purgatoire, notre ciel, c'est nousmêmes, selon l'état de l'àme, duquel dépend radicalement celui du corps, et, si bas que soit le point d'où elles partent, toutes âmes montent au ciel, toutes y arriveront avec plus ou moins de labeur, parce que Dieu les attire toutes à soi, que Dieu est amour, et que X amour est plus fort que la mort.
En sortant du gouffre infernal , et le visage encore souillé par ses noires vapeurs, Dante, tout à coup, revoit la lumière:
« Une douce teinte de saphir oriental, qui, jusqu'au premier « cercle, nuançait l'aspect serein de l'air pur,
« Rendit à mes yeux le plaisir, dès que je fus hors de la morte « atmosphère qui m'avait contristé la vue et le cœur.
« La belle planète qui invite à aimer1, voilait, les Poissons qui la « suivaient, et, par elle animé, tout l'orient souriait2. »
Le même sujet a inspiré à Milton les beaux vers par lesquels s'ouvre son troisième chant :
« Salut, lumière sacrée, fille du ciel, née la première, ou de l'Éter- « nel rayon coéternel ! ne puis -je pas te nommer ainsi sans être « blâmé? Puisque Dieu est la lumière , et que de toute éternité, il « n'habita jamais que dans une lumière inaccessible, il habita donc « en toi, brillante effusion d'une brillante essence incréée. Ou préce fères-tu t'entendre appeler ruisseau du pur Éther? Oui dira ta « source ? Avant le soleil , avant lés deux , tu étais : et, à la voix de « Dieu, tu couvris, comme d'un manteau , le monde s'élevant des « eaux ténébreuses et profondes : conquête faite sur l'infini vide et « sans forme.
« Maintenant je te visite de nouveau d'une aile plus hardie , « échappé du lac Stygien, quoique longtemps retenu dans cet obscur « séjour. Lorsque, dans mon vol, j'étais porté à travers les ténèbres « extérieures et moyennes, j'ai chanté, avec des accords différents « de ceux de la lyre d'Orphée, le Chaos et l'éternelle Nuit. Une « muse céleste m'apprit à m'aventurer dans la noire descente et à a la remonter. Chose rare et pénible! sauvé, je te visite de nou-