‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 4 sur 131 · Diminutif de Béatrice · texte numérisé non relu

Diminutif de Béatrice

xiv INTRODUCTION.

«jeune fille donc, telle que je l'ai décrite, ou plutôt d'une beauté «qui surpasse toute description, était présente à cette fête. Tout « enfant qu'était Dante, cette image se grava soudain si avant dans « son coeur, que, de ce jour jusqu'à la fin de sa vie. jamais elle ne « s'en effaça. Était-ce entre deux cœurs un lien mystérieux de sym- « patine, ou une spéciale influence du ciel, ou était-ce, comme « quelquefois l'expérience nous le montre, qu'au milieu de l'har- « monie de la musique et des réjouissances d'une fête, deux jeunes «cœurs s'échauffent et se portent l'un vers l'autre? Il n'importe: « mais Dante, en cet âge tendre, devint l'esclave dévoué de l'amour. « Le progrès des années ne fit qu'accroître sa flamme, et tant, que « pour lui nul plaisir, nul confort, que d'être près de celle qu'il « aimait, de contempler son beau visage, et de boire la joie clans «ses yeux. Tout en ce monde est transitoire. À peine Béatrice « avait-elle accompli sa vingt-cinquième année, qu'elle mourut '. « Il plut au Tout-Puissant de la tirer de ce monde de douleur, et « de l'appeler au séjour de gloire prépare pour ses vertus. A son « départ. Dante ressentit une affliction si profonde, si poignante. « il versa tant et de si amères larmes, que ses amis crurent qu'elles « n'auraient d'autre terme que la mort seule, et que rien ne pour- « rait le consoler2. »

Ce funeste événement contribua peut-être à développer en lui le fonds de mélancolie qu'il semble avoir apporté en naissant. Quoi qu'il en soit, jamais Béatrice ne sortit de son souvenir. Il la célébra dans ses premiers vers pleins d'amour et de douleur, et l'immortalisa dans le poëme devenu l'immortel monument de sa propre gloire.

Brunetto Latini, renommé par ses deux ouvrages, le Tesoro et le Tesoretto, fut son premier guide dans l'étude des lettres et de la philosophie. Ce fut à ce maître, qui jamais ne cessa de lui être cher 5, qu'il dut la connaissance des poètes anciens, objet pour lui d'une admiration presque religieuse. Il dut aussi beaucoup à l'amitié de Guido Cavalcanti. Le goût de la peinture et de la musique le lia également avec Giotto, avec Oderici de Gubbio, célèbre par ses miniatures, et avec Casella. qui mit en chant plusieurs de ses cansoni. La science ne l'attira pas moins que les arts et les lettres.

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