‹ uvres posthumes de F. Lamennais (volume 2)Chapitre 47 sur 131 · Ibid., terc. 44 et · texte numérisé non relu

Ibid., terc. 44 et

INTRODUCTION. ci

« suis Sordello, de ton pays ; et ils s'embrassèrent l'un l'autre '. »

La solitude de cette ombre retirée à l'écart , sa contenance altière, le lent mouvement de ses yeux , saisit d'abord l'imagination , et le tableau s'achève par ce trait :

« Elle ne disait rien , mais nous laissait aller, regardant seule- « ment , comme le lion lorsqu'il repose. »

N'y a-t-il pas dans ce regard quelque chose qui fascine? Et comme la grandeur formidable de cette apparition solitaire, muette, ajoute au pathétique, quand, au seul nom de Mantoue, l'ombre, soudain s'élançant vers Virgile , s'écrie :

« 0 Mantouan, je suis Sordello, de ton pays; —et ils s'embras- « sèrent l'un l'autre. »

Quoique dans un ordre de sentiments un peu différent, cette scène rappelle celle où Joseph, seul aussi en terre étrangère , plein encore des souvenirs du doux pays natal , des premières émotions, des premières tendresses de son cœur d'enfant sous la tente, se fait reconnaître de ses frères :

« Et il dit à ses frères : Je suis Joseph , que vous avez vendu pour « l'Egypte... Et se penchant sur le cou de Benjamin , et l'embras- « sant, il pleura; et lui pareillement se pencha sur le cou de Joseph « en pleurant. Et Joseph baisa tous ses frères et sur chacun d'eux « il pleura2. »

Le récit de la Genèse vous- transporte au milieu de la famille patriarcale et de ses affections. Dans le récit de Dante éclate un autre amour, plus général et non moins profond , l'amour de la patrie. Il déborde de l'âme du Poëte, et lui inspire quelques-uns de ses accents les plus passionnés.

« Hélas! serve Italie, séjour de douleur, navire sans pilote dans une « grande tempête, non maîtresse de provinces mais bouge infâme.

« Au seul doux nom de sa patrie, ainsi fut prompte cette noble « âme à accueillir son citoyen :

« Et en toi maintenant jamais ne sont sans guerre tes vivants , « et se dévorent l'un l'autre ceux qu'enferment un même mur et « un même fossé.

« Cherche, malheureuse, sur les rivages que baignent tes mers, « puis regarde, en ton sein, si de toi aucune partie jouit de la paix3.»

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