Purgat., ch. xix, terc
ex INTRODUCTION.
« — Redresse tes jambes, et lève -toi, frère! répondit- il; ne te « trompe point : comme toi et comme les autres , d'une seule puisce sance je suis le serviteur '. »
Naguère l'orgueil des grandeurs humaines, à cette heure l'égalité de la tombe; entre deux, quoi? dans un instant insaisissable, un désir vide que rien n'a pu remplir.
a — Ya maintenant, ajoute l'ombre, je ne veux pas que tu farce rêtes davantage, car ta présence gène le pleurer avec lequel je a mûris ce que tu as dit. »
Ce mort a laissé sur la terre une famille illustre , riche , puissante : en quoi cela le touche-t-il ? De ceux qui furent ses proches , aucun ne lui est présentement de rien, aucun ne l'aidera, hors peut-être sa nièce Alagia; bonne de soi, pourvu, dit-il, que l'exemple de notre maison ne la rende pas mauvaise.
« Elle seule m'est restée là2. »
Quelle tristesse dans ce mot simple, bref, qui termine le récit du pape , comme la vie se termine , par la solitude et le vide !
La passion politique ressaisissant le Poëte, même en ces lieux calmes où viennent s'éteindre les bruits du monde, il évoque Hugues Capet pour mettre en sa bouche la satire de ses descendants . de cette mauvaise plante , qui tellement de son ombre couvre la terre chrétienne, que rarement il s'y cueille un bon fruit'0. Toujours, en effet, leur intervention dans les affaires de l'Italie fut fatale au parti gibelin ; depuis Charles d'Anjou, vainqueur de Manfred, jusqu'à cet autre Charles, qui s'empara de Florence, sans armée, seul avec la lance avec laquelle jouta Judas4. Jamais l'indignation n'eut de langage plus âpre, le mépris d'ironie plus amère. La parole , brûlante comme un fer rougi , court sur cette race maudite, exécrée par son auteur même. Le dégoût, Thorreur que lui inspirent les crimes des siens, éclatent en imprécations, jusqu'à ce qu'enfin de sa poitrine oppressée, haletante, sorte ce cri sublime, cri de haine sans doute, mais d'une haine sainte, de cette haine qui a sa racine dans un amour immense du juste et du bien :
0 Signor mio quando sarô io lieto